Aujourd’hui, la première plateforme est devenue Twitter. Non seulement, nous publions d’abord sur Twitter, mais en plus, nous utilisons ce réseau pour trouver du contenu et des sources. Nous posons des questions à notre audience et nous écoutons sa réponse pour explorer de nouvelle histoires. Parfois, les réponses deviennent elles-mêmes des histoires.

Par Diana Pereira, éditrice web pour 680News et CityNews et professeure de journalisme à l’Université Ryerson.

Traduction d’un article initialement paru sur J-Source le 1er avril 2014

Dans un mois environ, je célèbrerai mes quinze ans dans l’univers du journalisme numérique, une industrie en constante évolution. Dernièrement, j’ai d’ailleurs demandé à ma classe d’étudiants en maitrise à l’école de journalisme de l’Université Ryerson de venir assister à une conférence avec moi. Son titre avait attiré mon intention…

«En quoi la mort de la page d’accueil est bénéfique pour le journalisme numérique?» Voilà donc comment été intitulée cette communication donnée par l’ex-directeur des services numériques à Global News devenu depuis conseiller numérique de l’éditeur du Boston Globe, David Skok. Vous pouvez lire ici le live blog de l’événement mis en ligne par Jeanie Tran, un de mes étudiants, ainsi que toute la communication de M. Skok, ici.

Le titre m’a amenée à réfléchir et je me suis alors rendu compte à quel point la production de l’information a changé durant la dernière décennie. Bien plus que je ne l’avais remarqué. Retour en 1999. Je suis employée par le globeandmail.com en tant productrice web pour ajouter des fonctionnalités telles que des sondages ou des forums de discussion. Nous ne pouvions pas aller beaucoup plus loin à cette époque, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, les breaking news fassent leur apparition et que les sites soient mis à jour plusieurs fois par jour. Même chose lorsque j’ai démarré un nouvel emploi à 680News.com en 2006. À ce moment-là, le site n’était mis à jour que quelques fois par jour. J’ai fait en sorte qu’il le soit obligatoirement au moins une fois par heure.

Le processus n’a cessé d’évoluer depuis lors, de manière extraordinaire. À cette période, ceux qui écrivaient pour les supports numériques et leurs éditeurs n’avaient jamais à penser à la façon dont les textes seraient distribués, en dehors du site de leur employeur.

Aujourd’hui, la première plateforme est devenue Twitter. Non seulement, nous publions d’abord sur Twitter, mais en plus, nous utilisons ce réseau pour trouver du contenu et des sources. Nous posons des questions à notre audience et nous écoutons sa réponse pour explorer de nouvelle histoires. Parfois, les réponses deviennent elles-mêmes des histoires. CityNews, pour qui j’ai également travaillé, a un segment entier intitulé the 5, dédié à ce qui se dit sur Twitter. CBC propose ne émission similaire. De plus, nous sommes toujours à la recherche de photos et de vidéos publiées sur Twitter et susceptibles d’illustrer un de nos papiers.

Et ça ne s’arrête pas là. Il y a quelques mois, lorsqu’un officier de police a été abattu dans un tribunal de Brampton en Ontario, je me suis mise à rechercher sur Twitter toutes les pages évoquant l’histoire, avec des mots-clics tels que «Brampton» ou «tribunal». J’essayais de comprendre qui était le tueur.

Retour en 1999. Partager une histoire revenait à l’envoyer par courriel à ma mère. Maintenant les journalistes les mettent d’abord sur Twitter. Ensuite seulement, ils les envoient à leur mailing list et les postent sur Facebook. Votre reporter musique s’entretient avec Justin Bieber? C’est à vous de trouver ses fan pages sur Twitter et Facebook pour partage l’entrevue. Plus il y a d’yeux, mieux c’est!

La page d’accueil reste cependant importante. Elle n’est pas morte, mais elle se repositionne. Une fois que l’histoire a touché son public via les réseaux sociaux, ceux qui sont intéressés vont chercher à obtenir le contexte. Et c’est alors là que ça se passe. On y trouve plusieurs couches d’informations. Car la page d’accueil, c’est bien plus que cent quarante caractères, et ça permet de faire tenir des photos, des entrevues, des commentaires, des éléments de contexte, du contenu en relation, etc. Bref, bien plus de choses que l’on ne pourra jamais en mettre sur Twitter.

Les journalistes font maintenant du marketing et ils doivent gérer des événements. J’enseigne le journalisme à Ryerson à temps partiel et tous mes étudiants doivent à un moment ou un autre faire de la gestion d’événement en ligne et en direct. Ils doivent organiser des panels avec des personnes participants à des questions-réponses et les commenter en direct. Ce marketing de soi – réaliser des affiches,  inventer des mots-clics, promouvoir les événements via les réseaux sociaux, écrire des communiqués de presse –  oblige les journalistes à acquérir des techniques et des compétences qu’on aurait jamais imaginé devoir enseigner dix ans en arrière.

La page d’accueil n’est pas morte. En revanche, la façon que nous avons de nous informer via la page d’accueil a sensiblement changé.

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