Alain Théroux, journaliste |


Vous êtes sur une plage de Malibu et croyez sentir la vibration de votre cellulaire. Vous découvrez alors qu’il s’agit en fait du Big one, le fameux tremblement de terre tant attendu sur la Côte Ouest. Grâce au portable que vous avez justement en main, vous textez rapidement vos impressions sur le monde qui s’effondre autour de vous, par une série de 140 caractères sur le site Twitter :



Alain Théroux, ProjetJ |

Vous êtes sur une plage de Malibu et croyez sentir la vibration de votre cellulaire. Vous découvrez alors qu’il s’agit en fait du Big one, le fameux tremblement de terre tant attendu sur la Côte Ouest. Grâce au portable que vous avez justement en main, vous textez rapidement vos impressions sur le monde qui s’effondre autour de vous, par une série de 140 caractères sur le site Twitter :

La vague vous emporte. Vous avez quand même eu la force d’appuyer auparavant sur «retour». Votre message fera ainsi le tour du monde et l’on se souviendra de vous comme «l’intrépide microjournaliste».
 
Mais peut-on vraiment parler de journalisme? On semble le croire chez les adeptes du site Twitter, un réseau de partage d’information de plus en plus populaire.

La question demeure entière : est-il possible de tirer profit, comme journaliste, de l’organisation d’un compte Twitter. Et si oui, sous quelle forme? On se demandera en quoi les médias du Québec peuvent considérer ce site comme une source. Peuvent-ils, comme on le prétend, trouver leur intérêt à y dévoiler une primeur avant même que l’article ne soit terminé?


Twitter : source spontanée

Lors des derniers mois, la couverture par des adeptes de Twitter de certains événements a changé la donne en matière de mise en perspective des nouvelles en cours de développement. Les attentats à Mumbai, la découverte de colis suspects à l’UQAM et l’escalade du conflit israélo-palestinien, ont véritablement transformé Twitter en flux de nouvelles branché comme jamais auparavant sur le cœur du drame.

Pour Marc Mentre, du site themediatrend.info , on assiste grâce à Twitter entre autres, à la naissance d’un «journalisme de fusion» où se mêlent «multiplication des sources professionnelles ou non, séparation aléatoire du fait et du commentaire, mélange d’information et d’émotion, mise en débat immédiate de l’événement à la fois sur un mode local et global». Face à une tendance qui devient rapidement un fait accompli, il urge, pour M. Mentre, de maîtriser Twitter, «le seul moyen d’être informé en direct et de couvrir l’ensemble du spectre des informations».


Faire œuvre journalistique en twittant ?

Diffuser ses propres nouvelles sur Twitter est l’autre aspect qui vient hanter autant les directions médiatiques que les journalistes eux-mêmes.
Lors du dernier congrès de la FPJQ de décembre 2008, un projet pilote de couverture événementielle a été réalisé par des étudiants en journalisme du l’Université de Montréal. Le but était de saisir la dynamique pouvant lier une équipe sur le terrain qui communique entre elle de même qu’avec un public, par l’entremise de Twitter. L’équipe a innové en manipulant un personnage virtuel, Hebdomatrix, illustré par un petit chien dont la mission était d’aller «chercher pour vous l’info et [vous la rapporter] en battant de la queue».
L’expérience a démontré que subjectivité et émotion prennent rapidement le dessus devant l’obligation de communiquer si rapidement. Toutefois, les étudiants ont découvert qu’en se préparant mieux et en maîtrisant bien la mécanique, ils auraient facilement pu passer de la simple «expression citoyenne» à une réinvention du reportage en direct sous la forme écrite, en respect des normes du métier de journaliste.

Ainsi, Twitter permettrait à des reporters actifs de diffuser, à la façon d’une chaîne de télé en continue avec bande défilante en bas d’écran, une succession de phrases de 140 signes habilement rédigées. Avantage à la clé : Faire la nouvelle sans tout dévoiler.

[node:ad]