Par Claudia Guerra

Journaliste à Coaticook, mais originaire de Montréal, Josée Marie-Lise Robillard a pu découvrir les deux côtés de médaille au cours de sa jeune carrière: la précarité de la pige et la stabilité du journalisme à contrat. Et depuis peu, elle explore une autre facette du métier: être à la tête de son propre journal électronique. Retour sur ses expériences.

Par Claudia Guerra – paru dans L'Indépendant de l'AJIQ

Journaliste à Coaticook, mais originaire de Montréal, Josée Marie-Lise Robillard a pu découvrir les deux côtés de médaille au cours de sa jeune carrière: la précarité de la pige et la stabilité du journalisme à contrat. Et depuis peu, elle explore une autre facette du métier: être à la tête de son propre journal électronique. Retour sur ses expériences.

Où travaillez-vous et depuis quand faites-vous de la pige?

Je vis dans la MRC de Coaticook depuis 2005, d'abord à Compton, puis maintenant dans la ville de Coaticook, et je fais de la pige depuis 2007.

Qu'est-ce qui vous a amené vers le journalisme indépendant?

J'ai fait de la massothérapie pendant 11 ans, mais j'étais tannée. Après une mûre réflexion, j'ai décidé de retourner à l'université. Je complète présentement un baccalauréat multidisciplinaire et un certificat en langues et lettres françaises. Au départ, je me dirigeais vers la rédaction de texte, la révision, la recherche en histoire du livre. Je suis dans le journalisme vraiment par hasard.

C'est-à-dire?

J'ai d'abord obtenu des contrats en France et en Belgique par le biais d'une de mes amies journalistes, qui habite en France. Elle m'a refilé des piges qu'elle ne pouvait pas faire. J'écrivais des articles intemporels sur des sujets qui touchent la famille, mais je n'ai pas renouvelé mon contrat parce que c'était compliqué de me faire payer. Puis l'an dernier, j'ai soumis au journal local de Coaticook un article que j'avais écrit sur une troupe scoute pour laquelle j'étais animatrice. Le rédacteur a pris mon article et m'a demandé mon CV. Je l'ai rencontré quelques semaines plus tard pour une entrevue et j'ai été engagée sur contrat pour faire du remplacement durant l'été. Par la suite, j'étais sur appel.

Que faisiez-vous pour le journal local?

C'était assez rock and roll, il fallait vraiment que ça roule. Je pondais jusqu'à 22 articles par semaine, de 1 feuillet et demi à 2 feuillets. Un certain nombre, c'était de la réécriture de communiqués de presse, mais plusieurs de ces articles étaient des reportages, je me rendais sur les lieux, je faisais des entrevues.

Quels types de sujets couvriez-vous?

Je touchais pas mal à tout, autant la politique que la vie sociale, culturelle et sportive. Ça m'est arrivé, des fois, de vouloir m'arracher les cheveux parce que, par exemple, je ne connais rien au football et que je devais écrire un article sur le sujet… j'ai beaucoup appris! Par contre, je déplore le fait que, de façon générale, les journaux locaux sont très nombrilistes et n'ouvrent pas les horizons vers l'extérieur. Par exemple, ils ne parlent pas de la loi 78, ni de la grève étudiante.

Pourquoi, d'après vous?

Je ne sais pas… j'ai l'impression que c'est une question de vase clos. Chacun est dans son petit patelin, on se concentre sur nous, et ce qui se passe dans les différentes villes, ça ne nous touche pas et ça ne nous regarde pas, alors que c'est complètement faux. Même chose au sujet des changements sur l'assurance-chômage. La ville est dans une situation économique qui ne va pas très bien. Les industries ferment ou fonctionnent à temps partiel, les restaurants ferment… et le journal n'en parle pas. Ça m'agace.

Quelles sont les difficultés d'être en région?

Être très polyvalent et capable de parler de n'importe quel sujet. Aussi, tout le monde se connaît. Il faut savoir dire les vraies choses et pointer les problèmes, mais avec diplomatie. Il faut savoir faire passer le positif et le négatif, de manière à ce que les gens l'acceptent et qu'on ne se fasse pas mettre de côté et qu'on arrête de nous donner de l'information. Il y a aussi l'aspect monopole, il n'y qu'un journal local dans la région et les gens ne sont pas toujours satisfaits.

Et les avantages?

Une fois qu'on a établi son réseau et qu'on est connu, c'est assez facile de travailler. Par exemple, on peut tomber sur le chef d'une entreprise en faisant son épicerie, on se met à parler et voilà, on obtient une primeur.

Comment entrevoyez-vous l'avenir du journalisme à la pige?

De façon positive, parce que les possibilités sont nombreuses pour quelqu'un qui veut se spécialiser, en journalisme agricole par exemple. Personnellement, je ne connais strictement rien dans ce domaine, je n'écris donc pas pour des magazines spécialisés en agriculture, mais il y a de l'ouverture dans ce secteur pour des correspondants à l'extérieur. Pour les spécialistes en foresterie aussi il y a de la place, mais moins pour les généralistes qui font de l'actualité, politique, sportive, culturelle.

Vous avez mis sur pied Au/Pignon, un journal électronique. Qu'est-ce qui vous a amené à sa création et de quoi s'agit-il?

C'est un journal exclusivement sur le web, avec notamment des extraits sonores et de la vidéo. C'était l'idée de mon conjoint Jason Lévesque, qui en est l'éditeur. Au début, on voulait simplement tester la réaction des gens. On a fait une première tentative cet automne, mais sans succès. On était mal organisé. Mais on l'a refait lors de la semaine de la santé mentale et la réponse a été très positive et ça nous encourage à continuer. On a parlé de l'implantation d'une piste cyclable, puis de la semaine québécoise des personnes handicapées. On aborde autant les points positifs que négatifs, ce que le journal local ne fait pas nécessairement et on se confine pas au régional, on fait du provincial et du national aussi. Les gens sont contents de lire quelque chose qui est complètement hors de l'ordinaire.

Comment comptez-vous le rendre rentable?

Je suis présentement en congé de maternité et pour passer le temps, je me suis lancée dans ça à temps plein. Là, on est au stade de rendre le tout viable au plan financier. On veut vraiment que ça fonctionne. On est en lien avec un ami qui fait du marketing, pour savoir comment charger en publicité et pour se faire connaître. Aussi, on a une entente avec la radio coopérative de Coaticook, CIGN FM. La radio nous donne des scoops, et on couvre ces nouvelles pour eux, on se soutient mutuellement. C'est un contrat qui avait été offert au Progrès de Coaticook, mais il n'a jamais donné de suite, alors ils se sont tournés vers nous. C'était facile, car Jason fait déjà de la radio avec eux. C'est sûr que je vais continuer à temps plein Au/Pignon. C'est vraiment ce que j'ai envie de faire comme journaliste.

 

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