Les enjeux scientifiques et environnementaux peuvent être difficilement compréhensibles pour le grand public car ils sont souvent complexes et font appel à un jargon technique. Les journalistes doivent donc jouer le rôle d’interprètes en utilisant un langage clair et concis et en choisissant des exemples pertinents. Voici les dix conseils du journaliste en environnement, Stephen Leahy.

Traduction d’un article paru sur J-Source le 1er novembre 2013

Les enjeux scientifiques et environnementaux peuvent être difficilement compréhensibles pour le grand public car ils sont souvent complexes et font appel à un jargon technique. Les journalistes doivent donc jouer le rôle d’interprètes en utilisant un langage clair et concis et en choisissant des exemples pertinents. Voici dix conseils glanés dans le chapitre écrit par le journaliste en environnement Stephen Leahy, au sein d’un ouvrage plus global intitulé Reporter’s Guide to the Millennium Development Goals, et publié récemment (International Press institute – Vienne – Autriche).

1. Étudiez les résultats scientifiques sur lesquels vous travaillez de très près et jusque dans les moindres détails, c’est le seul moyen d’écrire naturellement. Faites des recherches approfondies sur le sujet. N’oubliez pas que la science a son propre langage et que, si elle utilise les mots communs, le sens qu’elle leur donne peut être différent. C’est le cas notamment de «théorie» dans les expressions «théorie de la gravité» ou «théorie des changements climatiques».

2. Ne craignez pas de devoir dire que vous ne comprenez pas. C’est le rôle des experts  que d’aider les journalistes à faire leur travail, c'est-à-dire à rendre les recherches et les résultats compréhensibles pour le grand public.

3. Pendant les entrevues, demandez à vos sources comment elles parleraient de leurs résultats si elles devaient les expliquer à leur voisin. Si c’est encore trop compliqué, demandez-leur comment elles en parleraient à un enfant de dix ans.

4. Vous ne pouvez pas tout savoir, mais vous devez vous assurer que vos sources sont fiables et qu’elles n’ont pas un agenda caché. Certains scientifiques ou experts ont des intérêts particuliers ou sont payés par des entreprises ou des lobbies. Cela inclut les gouvernements et les ONG.

5. L’histoire doit répondre à ces quatre questions: pourquoi l’étude ou le rapport est important? En quoi est-ce qu’il affecte le public? Quelles sont les conséquences pour les populations, les territoires? Qu’est-ce qui devrait être fait?

6. Vérifiez le contenu des nouveaux rapports, études ou communiqués de presse avec des sources dignes de confiance. Il existe des organisations payées pour embrouiller les journalistes et promouvoir certains agendas.

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7. Questionnez et mettez en doute toutes les informations, tous les arguments, d’où qu’ils proviennent. Il en va de votre crédibilité.

8. Évitez les histoires qui ne font intervenir qu’une seule source, surtout si son discours contredit la littérature. Demandez-vous ce qui se cache derrière. Par exemple, à peu près tous les climatologues, tout autour de la planète, s’accordent à dire depuis des années que nous vivons aujourd’hui des changements climatiques. Certains médias s’évertuent pourtant à ne donner la parole qu’à des sources affirmant le contraire. Il y aura toujours des points de vue opposés – certains affirment que la Terre est plate – mais pourquoi les faire parler dans un article? Lorsque c’est moins évident, évaluez précisément tous les arguments et décidez lesquels méritent votre attention et lesquels comportent des failles.

9. Sortez et rencontrez les gens qui s’investissent sur les questions liées à l’environnement. Y compris ceux qui en subissent les conséquences.

10. Le local et le global ne sont qu’un. Les changements climatiques, l’eau, la nourriture, la pollution, le développement durable, la biodiversité, etc. Si tous ces enjeux peuvent être regardés sous des angles locaux, ils sont également terriblement globaux. Une problématique locale en matière d’environnement peut potentiellement se retrouver ailleurs dans le monde.

Stephen Leahy a gagné en 2012 le prix du Prince Albert, récompensant un journaliste travaillant sur des enjeux liés aux changements climatiques. Journaliste indépendant canadien vivant en Ontario, il est correspondant science et environnement pour l’Inter Press Service News Agency (IPS) basée à Rome et Montevideo. Son travail est également publié, entre autres, dans les pages du Guardian (Grande-Bretagne) du National Geographic, dans DeSmog Canada, Maclean’s, Al Jazeera et le Toronto Star.

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