Lors de l’accident impliquant un autobus et un train le mois dernier à Ottawa, une fois le premier choc passé, la première question que nous nous sommes posés à l’intérieur de la salle des nouvelles, c’est comment couvrir les funérailles des six personnes décédées dans la tragédie du 18 septembre. Étant donné l’attention médiatique engendrée par le crash, tant au niveau local que national, il était clair que nous devions être présents.

Par Matthew Pearson, reporter à l’Ottawa Citizen – traduction d’un article paru sur J-Source le 2 octobre 2013

Lors de l’accident impliquant un autobus et un train le mois dernier à Ottawa, une fois le premier choc passé, la première question que nous nous sommes posés à l’intérieur de la salle des nouvelles, c’est comment couvrir les funérailles des six personnes décédées dans la tragédie du 18 septembre. Étant donné l’attention médiatique engendrée par le crash, tant au niveau local que national, il était clair que nous devions être présents.

Je pense toutefois qu’il est toujours nécessaire, à la fois pour les éditeurs, les rédacteurs en chef et les journalistes, de discuter de l’opportunité ou non de se rendre à de tels événements, particulièrement lorsque les personnes décédées ne sont pas des personnages publics. Si j’en juge à mon expérience, ces décisions sont prises au cas par cas. Quelles qu’en soient les raisons, certains événements tragiques capturent tellement l’attention du public que les funérailles des victimes semblent passer de la sphère privée à la sphère publique. À Ottawa, le récent crash, ainsi que la mort, il y a quelques années, une jeune cycliste, sont deux exemples qui me viennent à l’esprit. Mais nous ne couvrons pas toujours les funérailles des victimes d’actes criminels, ni même d’accidents de la circulation, même si nous les rapportons.

Couvrir des funérailles n’est jamais facile. Il y a toujours une profonde tristesse, ce qui ne signifie pas que certaines ne soient pas aussi empreintes de joie, de célébrations et d’humour. Le raconter requiert une belle plume, de celles capables de prendre le pouls de l’assistance et de le retranscrire avec des mots.

Bien que les trucs et astuces que j’offre s’applique particulièrement à la couverture des funérailles de personnes privées dont la mort soudaine a capturé l’attention des médias, la même logique prévaut pour des obsèques de personnages publics. Dans les médias, nous oublions parfois que si la personne décédée avait choisi d’avoir une vie publique, ce n’est pas le cas de son conjoint, sa famille et ses amis, et qu’ils méritent donc notre plus grand respect et toute notre empathie dans ce moment de chagrin.

1. Demandez si vous pouvez être présent

Joignez la famille au téléphone, présentez-vous et demandez-lui si elle accepte votre présence aux obsèques. J’étais assigné à la couverture de funérailles récemment et la famille avait statué que les médias n’y seraient pas les bienvenus. J’ai quand même appelé pour expliquer qui j’étais et quel était mon objectif et elle a accepté. Elle m’a alors dit qu’elle avait apprécié le fait que je le lui demande à l’avance, au lieu d’ignorer sa volonté en me pointant.

2. Habillez-vous bien

Montrez votre respect en faisant un effort vestimentaire. Le costume froissé qui traine sur le plancher ou le short que vous portiez au club samedi ne sont pas appropriés à la situation. Portez des vêtements de cérémonie, de préférence de couleur sombre.

3. Arrivez tôt pour vous réserver une bonne place dans le fond

Vous devez être capable de tout voir et tout entendre mais vous ne devez pas prendre une place qui aurait dû revenir à un membre de la famille ou à un ami proche. Trouvez une place dans le fond, de préférence du côté de l’allée, vous verrez ainsi la procession lorsqu’elle entrera et sortira du lieu de culte.

4. Laissez votre téléphone dans la voiture

Certains rédacteur en chef ne seront pas d’accord, mais vous n’en avez pas besoin et vous pouvez être tenté de le consulter ou d’envoyer un texte durant l’office, ce qui n’est pas une bonne idée.

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5. Soyez discret lorsque vous prenez des notes ou enregistrez

La famille a accepté que vous assistiez à l’office, vous devez traiter le sujet avec autant de professionnalisme que tout autre mandat. Enregistrez et prenez des notes, mais il est inutile de noircir des pages et des pages et surtout, ne faites pas de bruit.

6. Éviter les clichés, chercher des détails

Parfois, lorsque quelqu’un s’exprime à l’occasion de funérailles d’un être cher, il emploie des clichés de langage : «il était un saint parmi les saints», «elle est morte en faisant ce qu’elle aimait». Ce sont des sentiments honnêtes, mais vous devez plutôt focaliser sur des anecdotes, des petites histoires qui procurent à la personne décédée une certaine dimension. Prêtez attention à tous les détails qui pourraient être dits durant les éloges et durant tout l’office lui-même. Par exemple, si la personne décédée adorait  le jardinage et que le parterre est maculé de fleurs, trouvez de quelle sorte il s’agit. Ce genre de détails connecte la victime avec ses obsèques.

7. Faites attention à l’orthographe des noms

Si le programme n’indique pas les noms de chacune des personnes s’exprimant lors du service, vous devez trouver la personne qui sera en mesure de vous les fournir. Traquer l’officiant ou un employé des pompes funèbres après les obsèques afin d’obtenir tous les noms bien orthographiés. Certes la famille a accepté que vous assistiez, mais ce n’est pas le genre de choses avec lequel vous devez l’ennuyer.

8. Lorsque le service est terminé, quittez les lieux

Si les funérailles ne sont pas immédiatement suivies par la mise en bière, généralement la famille offre une petite réception dans l’église. Mieux vaut partir à ce moment-là. D’une part les obsèques vous ont certainement donné assez de matière pour avoir de quoi écrire, d’autre part, la réception est un moment que la famille souhaite partager avec les gens qui ont assisté à l’office. Si vous avez tout ce qu’il vous faut, il n’y a aucune raison de prolonger votre présence.

9. Commencez à écrire tout de suite

Sur le chemin du retour, commencez à penser à votre chapô et aux anecdotes et détails qui se tiennent le mieux. Si vous avez enregistré l’office, écoutez-le et retranscrivez les passages clé. Une de mes collègues réécoute également les chansons qui ont été jouées durant l’office afin de recréer l’ambiance dans son esprit, une fois de retour dans la salle des nouvelles.

10. Soyez humain

L’objectivité et la sensibilité ne sont pas complètement antinomiques et il y a peu de mandats qui nous demandent d’être aussi sensibles que la couverture de funérailles. La musique, les éloges ou la vue de certaines personnes peuvent nous plonger dans un profond désespoir qui nous fera monter les larmes aux yeux. Ce n’est pas un problème. Mais gardez à l’esprit que ça ne vous concerne pas et que vous êtes là pour faire votre travail. Lorsque vous écrivez, pensez que certains détails et anecdotes pourraient être mal comprises par certains lecteurs. La dernière chose que vous souhaitez est de nuire encore plus à la famille endeuillée en incluant des détails propres à dénigrer la personne décédée.

Matthew Pearson est titulaire de la maîtrise en journalisme de l’Université de Carleton. Il couvre les affaires provinciales pour l’Ottawa Citizen