Voilà qui vient clore ce que l’on peut appeler un maudit mois de mai pour l’industrie des médias au Québec. 24 heures, Gesca, la Presse Canadienne… les mauvaises nouvelles se sont en effet succédé ces dernières semaines. Un tableau sombre que la perspective d’un accord entre les salariés et la direction de Radio-Canada sur le renouvellement de la convention collective et la fin de la saga judiciaire des ex-employés de la chaine TQS, viennent éclairer d’une toute petite lueur d’espoir.

Voilà qui vient clore ce que l’on peut appeler un maudit mois de mai pour l’industrie des médias au Québec. 24 heures, Gesca, la Presse Canadienne… les mauvaises nouvelles se sont en effet succédé ces dernières semaines. Un tableau sombre que la perspective d’un accord entre les salariés et la direction de Radio-Canada sur le renouvellement de la convention collective et la fin de la saga judiciaire des ex-employés de la chaine TQS, viennent éclairer d’une toute petite lueur d’espoir.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Si l’industrie des médias croyait avoir eu son lot de mauvaises nouvelles en avril avec l’annonce de la suppression de 657 postes à CBC/Radio-Canada, dont une centaine à l’information francophone, le mois de mai a continué dans la même veine, chaque jour ou presque apportant son lot de secousses.

Dernière en date, hier, avec l’abolition du poste de directeur de l’information à 24 heures, le quotidien gratuit du groupe Québecor, qui, comme le révélait ProjetJ au début du mois, avait déjà supprimé du jour au lendemain les postes de chef de pupitre et d’adjointe a la direction de l’information, en plus des deux infographistes.

Nicolas Dubois a en effet fait ses cartons hier soir et ne fait plus partie de Québecor Média. Il ne reste donc maintenant plus aucun cadre dans la salle de nouvelles de 24 heures. Salle de nouvelles qui n’existe d’ailleurs plus physiquement puisque les journalistes ont été dispatchés dans les locaux du Journal de Montréal et de l’agence QMI.

24 heures, vitrine du JDM?

Martin Tremblay, vice-président, affaires publiques de Québecor Média, parle pour sa part de la poursuite du plan de restructuration mis en place par le groupe dans un contexte de crise de la presse écrite. Il s’agit ainsi, selon lui, de faire des coupures dans les dépenses immobilières et de réorganiser la production tout en protégeant la cueillette des informations. En entretien avec ProjetJ, il assure d’ailleurs qu’un nouveau poste de chef des nouvelles sera prochainement affiché. Est-ce que cette annonce fera taire les rumeurs qui veulent que 24 heures ne deviennent plus qu’une vitrine gratuite pour le Journal de Montréal? Rien n’est moins sûr.

À peine remis de cette nouvelle, ce sont les frères Desmarais qui embrayent. À l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de Power Corporation, propriétaire de Gesca, ils annoncent que oui, le papier disparaitra bel et bien, non seulement pour La Presse, mais aussi pour les six quotidiens régionaux du groupe, qui devront d’ici-là avoir fait leur transition vers la plateforme de La Presse+.

Dans Le Devoir, Stéphane Baillargeon affirme que le support papier disparaitra d’ici deux ans. «La dématérialisation se fera graduellement, mais rapidement, écrit-il. Les premières diminutions massives des tirages et de la distribution toucheront La Presse dès le début de 2015. La mutation en cours aura des conséquences énormes sur la nature et le nombre des emplois. Des évaluations préliminaires envisagent la disparition des trois quarts des postes de tout le réseau, des centaines d’emplois au total. Les transformations récentes au Journal de Montréal, après un long conflit de travail, ont été dans les mêmes proportions.»

Gestion de la décroissance à la Presse Canadienne

Quelques jours plus tard, une nouvelle bombe explose, cette fois du côté de la Presse Canadienne, qui annonce qu’un plan de départ volontaire (PDV) sera proposé à ses employés d’ici le 1er juin afin de «gérer la décroissance». Une mesure qui ne touchera d’ailleurs que le Québec… aucune coupe n’étant à prévoir à Toronto, ni dans l’Ouest.

«À travers le pays, plusieurs de nos clients majeurs ont annoncé leur intention de modifier drastiquement leur modèle d’affaires, ce qui entraîne des changements dans la façon dont ils se procurent du contenu, et dans certains cas, il en résulte des réductions d'effectifs», justifie le président Malcolm Kirk.

Dans un courriel envoyé mercredi à l’ensemble des employés et dont ProjetJ a obtenu copie, le syndicat assure ne pas encore connaitre le nombre de postes qui seront supprimés, mais que s’il y a assez de départs volontaires, il n’y aura pas de mises à pied. Bref, tout dépendra en fait surtout du nombre de départ à la retraite.

«Les employés acceptés au PDV toucheront la même indemnité de départ qu’un employé mis à pied, précise le mémo. Le programme ajoutera quelques incitatifs, qui pourraient comprendre des sommes additionnelles ainsi que la continuation de certains avantages sociaux pendant plus longtemps que la normale. Les versements en vertu du PDV se feront normalement sous forme de continuation du salaire régulier, plutôt que par somme forfaitaire.»

Victoire des ex-TQS

Quoi qu’il en soit, selon une source à l’interne, le moral est bien bas dans la salle de nouvelles, même si personne ne s’exprime très ouvertement à cause de la présence du patron dans les locaux.

«Depuis plusieurs mois, les employés ne sont pas remplacés lorsqu’ils partent en vacances, en congés maternité ou même qu’ils quittent leur poste, raconte un autre témoin. La campagne électorale a été couverte avec des économies de bout de chandelle… même chose pour les Olympiques.»

Quant aux surnuméraires, qui ont déjà vu leurs heures diminuer depuis un an, ils ne s’attendent à rien de bon pour eux.

Devant tant de mauvaises nouvelles, dont on ne mesure pas encore complètement l’impact sur toute la profession, la victoire des ex-employés de TQS dans la bataille judiciaire qui les opposait à V-Interaction, est presque passée inaperçue.

Trois  millions de dollars seront pourtant versés aux deux cents salariés visés par le recours collectif dans un délai de soixante jours… ce qui met fin à une saga judicaire ayant débuté… en 2008.

TC Média doit vendre des titres

Entente toujours, du côté du diffuseur public cette fois, qui tente depuis près de dix-huit mois de renouveler sa convention collective. Alors que la négociation achoppait jusque-là notamment sur les différences de salaires entre les employés des services francophones et ceux des services anglophones, et sur la titularisation de certains emplois, il semble qu’un accord se dessine enfin.

Le texte, dont la teneur n’a pas été rendue publique, sera présenté aux membres du Syndicat des communications (FNC-CSN) avant d’être soumis au vote au cours d’une assemblée générale extraordinaire qui aura lieu le 14 juin prochain.

Enfin, pour clore un mois de mai que l’on peut qualifier d’intense dans le secteur des médias, le Bureau de la concurrence a approuvé mercredi la vente des soixante quatorze hebdomadaires de Sun Media au Québec, au groupe TC Média. Le Bureau a toutefois exigé que TC mette en vente trente quatre de ses cent cinquante quatre hebdos pour une période de soixante jours, y compris certains faisant l’objet de la transaction avec Québecor. Une condition qui a pour but de préserver la concurrence dans certaines régions du Québec. Toutefois, si les journaux en question ne trouvaient pas preneur dans le délai imparti, ceux-ci pourraient rester aux mains de TC Média.

Là encore, l’impact du rachat des hebdomadaires de Sun Média par TC Média en décembre dernier, sur l’emploi, demeure pour l’instant inconnu.

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