Sur la scène, le lauréat du Pulitzer, Richard Ford. À ses côtés, un professeur d’université mal sélectionné pour interviewer cet auteur. Plus de quatre cents personnes se sont récemment déplacées pour venir voir Richard Ford à Halifax. Mais avant même que l’entrevue ne commence, la sonnette d’alarme s’est déclenchée: le discours d’introduction fait par le professeur a en effet duré plus de dix minutes et a porté principalement sur lui-même, non sur l’invité, Richard Ford. L’entrevue qui allait suivre allait être sur le même modèle.

Par David Swick, professeur associé à l’école de journalisme du King’s College d’Halifax. Traduction d’un article initialement publié sur J-Source le 24 mars 2014.

Sur la scène, le lauréat du Pulitzer, Richard Ford. À ses côtés, un professeur d’université mal sélectionné pour interviewer cet auteur.

Plus de quatre cents personnes se sont récemment déplacées pour venir voir Richard Ford à Halifax. Mais avant même que l’entrevue ne commence, la sonnette d’alarme s’est déclenchée: le discours d’introduction fait par le professeur a en effet duré plus de dix minutes et a porté principalement sur lui-même, non sur l’invité, Richard Ford. L’entrevue qui allait suivre allait être sur le même modèle. Les questions étaient longues et ressemblaient plus à des monologues décousus concernant les derniers livres que le professeur avait lu, les États des États-Unis qu’il avait visités et les philosophes qui ont construit sa pensée.

Il est grand temps de crever un tabou et de décortiquer pourquoi ce genre d’entrevue en direct sont la plupart du temps terriblement ennuyeuses. Pourquoi revoyons-nous encore et encore la même chose, à savoir des rencontres durant lesquelles l’interviewer croit, de manière erronée, qu’il ou elle est tout aussi important que son invité.

Quelques-uns d’entre eux font bien évidemment du très bon travail. Mais ils sont malheureusement trop peu nombreux. J’ai montré à mes étudiants en journalisme la vidéo du romancier Joan Didion, interviewé par un professeur californien qui ne faisait que parler, parler et encore parler, jusqu’à évoquer l’histoire politique de sa famille.

L’audience n’en avait rien à faire, elle souhaitait juste entendre Joan Didion, qui lui, restait poli et silencieux, alors que les minutes s’égrenaient.

C’est aussi ce que fit Richard Ford durant les trente premières minutes de l’entrevue à Halifax. Mais alors, il choisit une autre approche: il se retourna pour faire face à son audience, et non plus au professeur qui se trouvait dans le fauteuil d’à côté, et commença à répondre en prenant lui-même tout son temps. Grâce à cette tactique et aux questions en provenance du public, l’interviewer a été soigneusement éviter pour le reste de la soirée.

En de rares occasions, les interviewers sont eux tout aussi attractifs que l’invité. Mais dans la plupart des cas, il n’en est rien. C’est ainsi que j’ai intégré un nouveau sujet de discussion à mes classes de journalisme, à savoir comment réaliser une bonne entrevue devant public, et son corolaire, comment bien animer un panel.

Voici quelques points concernant l’entrevue devant public:

1. L’audience ne s’est pas déplacée pour vous, mais pour l’invité.

2. Votre rôle et d’aider l’invité à se révéler au public.

3. Les meilleures entrevues ressemblent à des conversations intimes. Ce qui ne signifie pas que vous devez parler la moitié du temps.

4. Comme pour toute entrevue, les bonnes questions apportent de bonnes réponses. Faites des recherches, établissez une liste de questions que vous allez peaufiner jusqu’à ce qu’elles soient précises, concises et placées dans le bon ordre.

5. Pendant l’entrevue, écoutez. Soyez prêts à sortir des questions que vous avez préparées pour en poser une qui permettra à l’invité de se livrer plus profondément. Dans cet exercice, «que voulez-vous dire» est toujours une bonne question.

6. Jouez bien votre rôle, de manière discrète, et votre audience constatera votre intelligence brillante.

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