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Année record pour La Presse et La Presse+, qui comptabilisent à elles seules neuf nominations pour les prix Judith Jasmin. Parmi elles, trois reviennent à Isabelle Hachey, dans trois catégories différentes. Une première dans l’histoire de ces récompenses. La journaliste, elle, avoue ne pas encore avoir vraiment réalisé…

Année record pour La Presse et La Presse+, qui comptabilisent à elles seules neuf nominations pour les prix Judith Jasmin. Parmi elles, trois reviennent à Isabelle Hachey, dans trois catégories différentes. Une première dans l’histoire de ces récompenses. La journaliste, elle, avoue ne pas encore avoir vraiment réalisé…

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Isabelle Hachey n’est toujours pas redescendue de son petit nuage. Quand elle a appris la semaine dernière, qu’elle serait finaliste par trois fois lors de la remise des prix Judith Jasmin, elle n’en a pas cru ses oreilles.

«J’en en revenais pas et je n’en reviens toujours pas d’ailleurs!», lance celle qui, en un peu plus de quinze ans de carrière, a parcouru la terre entière et a déjà reçu en 2009, le prix Jules-Fournier, remis par le Conseil supérieur de la langue française à un journaliste maniant particulièrement bien la langue.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Isabelle Hachey a toujours voulu être journaliste. Et même journaliste de presse écrite. Pari gagné. Après des études au Cégep de Jonquière, elle obtient un stage au Devoir, puis travaille pour le quotidien montréalais en tant que surnuméraire et pigiste. L’été suivant, elle décroche le fameux stage de La Presse. Elle s’y fait remarquer et dès sa sortie, se voit proposer un poste. Nous sommes en 1997.

Direction Londres

«J’ai commencé comme tout journaliste par les faits-divers, puis j’ai été affectée sur la Rive Nord, raconte-t-elle. Ce qui est drôle, c’est que déjà en 1999, j’avais fait un reportage sur les affaires de corruption pointant notamment des irrégularités lors d’élections à Laval. Ça avait fait pas mal de bruit, à tel point que le directeur des élections avait enquêté. Quinze ans plus tard, on entend parler des mêmes gens, ce sont les mêmes noms qui reviennent… espérons que cette fois, on fasse vraiment le ménage.»

De Laval, Isabelle Hachey fait ses valises et part au bureau de La Presse à Londres. Quelques mois seulement avant le 11 septembre 2001.

«Jusque-là, La Presse était très centrée sur les affaires montréalaises, explique la jeune femme. Les attentats du 11 septembre ont ouvert la rédaction. Il y aussi eu du changement chez les patrons à ce moment-là. Toujours est-il que depuis Londres, c’est moi qui étais envoyée en Europe, en Asie, au Moyen-Orient. J’étais toujours dans mes valises.»

Dans sa bulle

Elle couvre ainsi la Deuxième Intifada dans les territoires occupés. Mais surtout le conflit irakien.

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«La guerre n’avait pas commencé lorsque je suis entrée sur le territoire, raconte-t-elle. Je suis arrivée par la Turquie, la frontière nord. Nous étions plusieurs journalistes, venus là officiellement pour couvrir une conférence. Mais nous savions tous que la guerre s’en venait et notre intention était de rester. Avant de traverser la frontière, j’avais des papillons dans l'estomac. Je savais que ce serait difficile de ressortir, il fallait que je sois sure que c’était bien ce que je voulais. Mais j’avais fait ce métier pour cela, alors j’ai foncé. J’ai tellement appris là-bas. J’ai côtoyé de nombreux journalistes qui avaient bien plus d’expérience que moi.»

Elle reste trois mois à Bagdad. Et lorsqu’elle revient à Londres, c’est le choc. Elle est encore dans sa bulle et ne parvient pas comprendre que pendant tout ce temps passé en Irak, à Londres la vie a continué comme si de rien n’était.

Enquêtes de longue haleine

«C’est toujours très difficile de se réacclimater, avoue-t-elle. J’ai ressenti un peu la même chose lorsque je suis revenue à Montréal en 2004. À Londres, j’étais seule. Et puis j’ai débarqué dans une rédaction de cent cinquante journalistes. Il faut faire sa place sans marcher sur les plates-bandes des autres.»

À La Presse, elle fait maintenant partie du bureau des enquêtes. Les trois articles en nomination pour les prix Judith Jasmin sont tous des travaux de longue haleine. L’un porte sur les conditions de vie dans la prison de Bordeaux, le deuxième sur les conséquences pour les populations locales de l’extraction minière opérée par les firmes canadiennes à l’étranger.

«Et le troisième, peut-être celui qui me tient le plus à cœur parce qu’il m’a demandé beaucoup d’investissement et que le sujet vient me toucher, porte sur la sexo-sélection en Inde et en Chine. Je suis partie plus d’un mois pour ce dossier, raconte la jeune mère de famille, qui avoue dans le même temps que depuis qu’elle a des enfants, elle n’accepte de partir loin que lorsque ça en vaut, selon elle, vraiment la peine. J’y suis allée avec un vidéaste. Nous avons rapporté des choses hallucinantes. Nous sommes notamment allés en Chine sur une ile où il y a des villages entiers d’hommes célibataires, parce que la politique de l’enfant unique à poussé les couples à se faire avorter de toutes les filles!»

Chanceuse

Isabelle Hachey s’estime très chanceuse d’avoir le temps de développer ses sujets dans un contexte où les nouvelles vont vite. Très chanceuse également de travailler pour La Presse+, un très joli produit, selon elle. Et cela, même si ça lui demande plus de travail et si cette amoureuse de l’écrit a dû se mettre à faire aussi des reportages vidéo.

«Ce qui effraie certains à la rédaction, c’est que la vidéo prenne le dessus, avoue-t-elle. Mais en l’état actuel des choses, ça me va. Surtout si ça peut mener à notre salvation! Nous savons tous que le papier est voué à disparaître à plus ou moins long terme. Chez nous, les patrons ont pris un virage radical et on espère tous que ça va fonctionner. Mais il y a des discussions tous les jours à ce sujet. Est-ce qu’il faut écrire plus long, plus court? Faire des grands dossiers, offrir plus de capsules? Qui peut prédire où notre profession en sera dans deux, cinq, dix ans?

Dans  dix jours en tout cas, Isabelle Hachey, comme un grand nombre de professionnels des médias, sera au gala annuel de Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) au Château Frontenac à Québec, pour assister à la remise des prix Judith Jasmin. Nul ne peut prédire combien de fois elle montera sur scène, mais quoi qu’il en soit, ses trois nominations sont déjà une bien belle consécration.