Le premier hack journalisme s’est tenu à Montréal la fin de semaine dernière. Deux jours pour se familiariser avec le journalisme de données et réaliser son premier projet du genre.

Le premier hack journalisme s’est tenu à Montréal la fin de semaine dernière. Deux jours pour se familiariser avec le journalisme de données et réaliser son premier projet du genre.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Il manque cruellement de journalistes de données au Québec, affirme Julien Brault, journaliste aux Affaires et organisateur avec son confrère de Finance et investissement, Jean-François Parent, du premier hack journalisme montréalais. Il y en a peut-être une dizaine. Or, il y a de plus en plus de données ouvertes, de plus en plus de sujets intéressants à en tirer. Le Pulitzer de cette année, c’est du journalisme de données, ce n’est pas pour rien! L’événement de cette fin de semaine nous a permis d’en apprendre un peu plus sur cette nouvelle façon de faire notre métier.»

Hack journalisme vient de hackathlon, lui-même issu des mots hacker et marathon. Il s’agit en fait d’événements en temps limité au cours desquels des programmeurs se réunissent afin de résoudre des problèmes et développer des projets concrets.

«Notre profession change, assure Julien Brault. La société dans laquelle nous évoluons également. Beaucoup de données sont numérisées, beaucoup de choses s’expliquent par ces données, aussi bien en économie que dans le domaine de la culture, la sociologie, la politique, etc. Je ressentais le besoin d’approfondir mes connaissances en la matière et je pressentais que je n’étais pas le seul. D’où l’organisation de cet événement.»

Travail collaboratif

Une quarantaine de personnes ont participé samedi à la journée de formation et de conférences. Journalistes, statisticiens, développeurs, graphistes. Car la clé, c’est le rapprochement entre ceux qui peuvent décrypter les données – les geeks – ceux qui peuvent les interpréter – les journalistes – et ceux qui peuvent les rendre claires via des tableaux, graphiques et autres applications – infographistes, développeurs.

Une poignée de participants est revenue le lendemain pour l’exercice pratique. Quatre équipes ont ainsi travaillé sur des projets personnels susceptibles ensuite d’être vendus à des médias intéressés.

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Grand gagnant, Nicolas Roberge, président et conseiller stratégique de Evollia, entreprise québécoise de conception et développement de sites et applications web. Son travail porte sur la mise au point d’un  outil permettant de fouiller facilement dans le Système électronique d’appels d’offre (SÉAO), mis en ligne par le gouvernement du Québec la semaine dernière.

«Je suis très impliqué dans le mouvement des données ouvertes, explique-t-il. Le SÉAO permet de tout savoir sur les appels d’offre émis par le service public au Québec. Le fait d’y avoir accès, c’est énorme, et pourtant, c’est passé relativement inaperçu. Certainement parce que, présenté comme telle, la somme d’informations est difficilement digérable pour un  journaliste. L’outil que je développe, et qui sera disponible cette semaine, permettra de faire des recherches beaucoup plus facilement.»

Convaincre les éditeurs

Seul hic, convaincre les éditeurs de la pertinence de laisser un journaliste, parfois plusieurs, une semaine, parfois plus, creuser un sujet sans écrire une ligne quotidiennement. Le journalisme de données est un travail de longue haleine, qui demande des ressources.

«Ça part souvent de la volonté d’un petit groupe, raconte Julien Brault. Au départ, c’est informel. Un journaliste fait ça en plus de son travail. Il persuade un graphiste, un informaticien, etc. Une fois le résultat obtenu, les décideurs sont mis devant le fait accompli. Ils se rendent compte de la qualité du travail et des opportunités d’affaires que cela peut leur procurer.»

En une seule journée dimanche, les candidats sont déjà parvenus à mettre le doigt sur quelques dysfonctionnements, notamment via le fameux Système électronique d’appels d’offre. Participants et organisateurs semblent satisfaits et tout le monde espère se revoir très bientôt et élargir le cercle, afin que le Québec entre véritablement de plain-pied dans l’ère du journalisme de données.

Mise à jour mercredi 19 juin 2013, 12h39:

le SÉAO n'a pas été mis en ligne la semaine dernière, mais en 2004. C'est son contenu qui a été «libéré» la semaine dernière par la publication, par le Conseil du trésor, de plusieurs fichiers xml sur le portail de données ouvertes du gouvernement.