Alors que son deuxième mandat à la tête de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s’achève, Brian Myles a décidé de ne pas se représenter dimanche. Pour Projet J, il revient sur quatre années très mouvementées au sein de l’industrie et sur son rôle en tant que président de l’association la plus représentative des journalistes québécois.

Alors que son deuxième mandat à la tête de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s’achève, Brian Myles a décidé de ne pas se représenter dimanche. Pour Projet J, il revient sur quatre années très mouvementées au sein de l’industrie et sur son rôle en tant que président de l’association la plus représentative des journalistes québécois.

Propos recueillis par Hélène Roulot-Ganzmann

Projet J : Vous avez été élu au congrès de Sherbrooke en 2009 après deux jours seulement de campagne… pourquoi avoir décidé de vous présenter ainsi, sur le tard?

Brian Myles: Il y avait des conflits importants à l’interne à la FPJQ il y a quatre ans. Le lock-out au Journal de Montréal divisait les gens et la Fédération était très critiquée pour certaines de ses positions. De mon côté, je croyais qu’il était possible de retrouver une certaine unité et qu’il fallait chercher le moyen d’être un peu plus présent sur la place publique. Je n’avais pas l’intention de me présenter en tant que président mais le candidat que j’épaulais, Martin Bisaillon, a dû se retirer à la dernière minute. Pour moi, il était évident qu’il devait y avoir un débat au sein de la FPJQ et que ce débat ne pourrait pas se faire en dehors d’une élection. Je me suis donc présenté face à François Cardinal et j’ai été élu. Ce qui signifie qu’il y avait un vent de changement et une volonté de faire différemment.

Sur quels enjeux avaient porté vos deux jours de campagne?

Ce que j’avais vite réalisé sur le plancher de Sherbrooke il y a quatre ans, c’est que les journalistes voulaient une fédération qui veille à leurs intérêts, qui parle en leur nom quand ils ne peuvent pas le faire, parce qu’ils sont trop occupés ou qu’ils seraient en apparence de conflit d’intérêt. On ne peut pas dénoncer nous-mêmes les atteintes dont nous faisons l’objet. Ce que j’avais promis, c’était de prendre des positions avec du mordant, d’être interventionniste et critique sur la place publique. Je peux dire mission accomplie de ce point de vue. Que ce soit en matière de protection des sources, d’entrave dans l’exercice du journalisme ou d’atteinte à la liberté de presse, j’ai été de tous les combats.

Vous parlez d’un désir de faire les choses différemment. Comment cela s’est concrétisé, par exemple sur le premier grand dossier qui vous attendait, à savoir le lock-out au Journal de Montréal?

On a réussi à se faufiler sur une prise de position difficile. La glace était mince. Historiquement, la FPJQ ne se mêle pas des conflits de travail. On ne négocie pas à la place des syndicats ou des pigistes, les conditions de travail. On s’y intéresse cependant lorsqu’il y a des enjeux professionnels. Dans le cas du lock-out, nous sommes allés jusqu’à la commission sur la révision du code du travail, pour modifier les dispositions anti-briseurs de grève. On est venu dire que le monde médiatique avait changé radicalement depuis l’adoption de la loi et qu’il fallait considérer la définition d’établissement de travail à la lumière de notre époque. Donc concevoir que dès qu’on a un téléphone entre les mains, on peut très bien transposer son bureau d’un endroit à un autre. Malheureusement, aucun gouvernement n’a songé à modifier cette clause, ce qui signifie que si nous revivons un jour un conflit comme celui qui a duré deux ans au JDM,  la partie patronale sera de nouveau avantagée. On considère encore la notion d’établissement de travail comme au temps des usines.

Autre gros dossier de votre présidence, le cafouillage autour de la création du titre professionnel. La ministre Saint-Pierre accuse la FPJQ d’avoir fait achopper le projet, contre l’avis même de ses membres…

Christine Saint-Pierre a dit que toutes les planètes étaient alignées pour créer le titre… moi, ce que je lui réponds, c’est qu’elle ne vit pas dans la même galaxie que nous! C’est une vision idéalisée. Le référendum que nous avons mené a donné effectivement une vaste majorité au oui. Mais ça ne représentait en fait que 600 ou 700 personnes. En dehors de la FPJQ, les échos que j’en avais étaient négatifs, les anglophones pratiquement unanimement contre. Un seul patron de presse s’est prononcé en sa faveur, Éric Latour chez Astral. Une à l’éditorial, Josée Boileau au Devoir. Le principal syndicat de journalistes au Québec, le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), était contre. À La Presse, il y avait une indifférence totale. L’enjeu passait bien chez une certaine partie des membres de la FPJQ, pigistes, surnuméraires, journalistes en région, mais on ne peut pas faire avancer un projet comme celui-là lorsqu’il n’y a pas un consensus plus large.

La FPJQ a donc décidé de laisser tomber les plus précaires?

C’est sûr que les journalistes faisant partie des gros conglomérats, qui ont les coudées franches pour travailler, ne comprenaient pas l’intérêt de ce titre. Les précaires y voyaient un premier pas pour avoir des clauses professionnelles plus acceptables. Parce que le rapport Payette prévoyait de conditionner à ce titre tout un tas de privilèges allant du crédit d’impôt au rehaussement du tarif au feuillet, en passant par le droit à la négociation collective pour les pigistes. Or, petit à petit, ces recommandations sont tombées une à une.

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Sur quoi la FPJQ était prête à signer?

Clairement sur un projet d’autorégulation. Nous voulions d’un titre protégé, et uniquement pour ceux qui le voulaient. On était contre l’hégémonie au nom du titre. Ça veut dire qu’on était prêt à cohabiter dans un univers à deux vitesses, mais aussi qu’il n’était pas question de conditionner l’accès à l’information de type gouvernemental, voire à la tribune de la presse, à la détention du titre. Ce qui veut dire aussi que nous, professionnels de l’information, serions les seuls à déterminer qui est journaliste et qui ne l’est pas. Or, ce n’est pas vers ça que nous nous en allions. Non seulement, on nous présentait comme incontournable, le fait de créer un nouvel organisme relevant de l’État, mais on commençait à entendre par exemple de la part des fonctionnaires que les recherchistes n’étaient pas des journalistes… au final, ça aurait échappé au monde journalistique, et rapidement.

Sur ce dossier, la FPJQ a souvent eu maille à partir avec le Conseil de presse. Quels sont vos rapports aujourd’hui?

J’ai été très déçu par le Conseil de presse ces dernières années. Il y a de graves problèmes de gouvernance. Concernant le titre, le Conseil est venu défendre un  mémoire proposant tout un univers coercitif… mémoire que son conseil d’administration n’avait même pas approuvé. Depuis qu’il a obtenu un financement accru de la part du gouvernement, je le trouve moins à l’écoute des préoccupations du monde journalistique. Il a un quasi monopole sur la déontologie au Québec. Il a même un pouvoir d’autosaisie. Et il statue sur quarante-trois dossiers par an! Il y a un problème de notoriété d’une part. Mais on aimerait aussi voir un peu plus d’ardeur et de mordant.

Quels sont les accomplissements dont vous êtes le plus fier?

Le dossier noir sur l’information municipale, notre combat en faveur de la protection des sources, la liberté de la presse et l’accès à l’information. Ce sont des dossiers sur lesquels nous avons tenu notre bout. Mais nous avons en face des gens, qui malgré toutes les belles paroles, ne souhaitent pas mettre plus de transparence dans leurs affaires. Ce sont des combats et une vigilance de tous les jours. Mais nos membres nous suivent là-dessus puisque nous sommes passés en quatre ans, de 1 700 à 2 000 adhérents.

Et votre principal regret à quelques jours du départ…

D’avoir voulu avancer sur le titre professionnel. C’est pas vrai que L’État est là dans ce débat pour nous aider. Il est là parce qu’il estime qu’il faut mettre de l’ordre dans la maison journalistique. Or, on n’est pas en Angleterre, ici. On n’a pas eu les scandales à la News of the World. Il se pratique un journalisme diversifié. Derrière tout interventionnisme étatique, il y a toujours une rectitude politique. Il y a toujours un journalisme un peu plus fouineur qu’on veut museler. Or, ce que nous voulons, nous, c’est au contraire préserver et encourager la diversité des voix.

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