À tout juste 40 ans, David Thumbiano est devenu en avril dernier, le nouveau rédacteur en chef de la télévision publique burkinabé (RTB). Une fonction qui l’éloigne du terrain et l’oblige à faire preuve de diplomatie pour gérer pressions et critiques, qui viennent de toute part.

À tout juste 40 ans, David Thumbiano est devenu en avril dernier, le nouveau rédacteur en chef de la télévision publique burkinabé (RTB). Une fonction qui l’éloigne du terrain et l’oblige à faire preuve de diplomatie pour gérer pressions et critiques, qui viennent de toute part.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

David Thumbiano ne le nie pas, il subit des pressions.

«Mais pas uniquement de la part du gouvernement, comme on pourrait le croire, nuance-t-il. Nous sommes à la croisée des chemins. Nous héritons d’une tradition de télévision pro-gouvernementale ayant un lien ombilical direct avec le ministre de la communication, qui nomme les dirigeants. Dans ce contexte, il nous faut être professionnel afin qu’on ne puisse rien nous reprocher. Veiller à demeurer le plus objectif possible. En ce moment, on est en train de nous coller une étiquette de télévision d’opposition! C’est vrai qu’on lui a laissé beaucoup de temps d’antenne, mais c’est elle qui occupait la scène médiatique pendant que le parti au pouvoir ne proposait rien. Aujourd’hui, il reprend l’initiative, on en parle et c’est l’opposition qui nous critique!»

Des critiques, des tentatives de pression mais pas de censures en tant que telles au Burkina Faso, petit pays d’Afrique de l’Ouest.

L’affaire Norbert Zongo

«Lorsque Kadhafi était au pouvoir en Lybie, un journal burkinabé avait publié une caricature du guide suprême, raconte David Thumbiano. Notre ambassadeur a été convoqué pour s’expliquer. Il a répondu que chaque jour, notre président de la république se fait croquer de la sorte et que personne n’y peut rien. Il faut l’accepter, c’est ça la liberté de la presse.»

Chaque journaliste garde cependant en tête l’affaire Norbert Zongo, du nom du rédacteur en chef de l’hebdomadaire l’Indépendant, pionnier en matière d’investigation.

«Il enquêtait sur la disparition du chauffeur du cadet du président Blaise Campaoré. Il en était arrivé à la conclusion que le frère était mêlé à l’affaire, et voulait le faire condamner. Il a été retrouvé assassiné sur la route de son ranch. L’entourage de la présidence a été suspecté mais il n’y avait pas assez de preuves et l’affaire est pour l’instant classée.»

Mission de service public

C’était il y a quinze ans. «Cette histoire marque d’autant plus la profession que c’est une tâche noire isolée au Burkina Faso, affirme M. Thumbiano. Si vous regardez la télévision, que vous écoutez la radio, que vous lisez la presse, vous vous apercevrez du ton irrévérencieux dont les médias peuvent faire preuve. Il y a une liberté de la presse au Burkina. Je dirais même qu’il y a du laisser-aller. Il y a des précautions que certains journalistes ne prennent pas. C’est parfois de la provocation.»

Des précautions sur lesquelles le Conseil supérieur des communications est sensé veiller. Un comité composé de paires doit également voir le jour pour statuer sur les questions déontologiques. Mais il se fait attendre.

[node:ad]

«Nous en aurions pourtant grandement besoin, estime le jeune rédacteur en chef. Certains journalistes ne sont pas là pour les bonnes raisons. Ils servent leurs propres intérêts, arrivent ici parce que c’est un métier qui a la réputation d’être bien payé. Mais ils ne prennent pas au sérieux leur rôle, leur mission.»

La mission d’informer, d’aider le public à bien connaître l’environnement dans lequel il évolue pour lui permettre de faire des choix en toute conscience. Le nouveau rédacteur en chef a recentré son média sur la proximité, les communautés. Suivre les politiciens, être au cœur des grands événements, oui, mais lui préfère être au cœur des préoccupations des Burkinabés. Une véritable mission de service public.

Effectifs insuffisants

Il n’est pas si loin le temps où David Thumbiano se rendait à l’école le poste de radio vissé à l’oreille.

«J’ai toujours été passionné par l’actualité, se souvient-il. Pendant mes études en journalisme à Ouagadougou, je suis entré à la RTB pour lire les nouvelles dans ma langue traditionnelle. Deux ans plus tard, je faisais mon entrée à la rédaction en langue française. Je suis passé par tous les services, simple reporter, présentateur, animateur du débat politique, et aujourd’hui, rédacteur en chef.»

À demain, il ne veut pas penser. Il a déjà assez à faire chaque jour pour amener son téléjournal en ondes. Les nouvelles technologies et le passage au numérique ont grandement aidé, reste que les effectifs ne sont pas suffisants et pas assez bien formés pour être polyvalents.

«Nous avons un besoin de formation criant, assure-t-il. Moi-même j’aimerais reprendre mes études et passer un Doctorat. Mais pour l’instant, je me concentre pour que chaque jour, nous puissions présenter aux téléspectateurs un journal télévisé intelligent et pertinent.»

 

À lire aussi:

Popoli: les risques du métier

«L'Afrique est en retard en tout sauf dans les nouvelles technologies»