Après La Presse, voici que Le Devoir publie une lettre ouverte concernant le statut professionnel des travailleurs de l'information. Richard E. Langelier, docteur en droit et spécialiste des médias, écrit qu'un statut pour les journalistes professionnels s'impose au nom de la protection du public.

Après La Presse, voici que Le Devoir publie une lettre ouverte concernant le statut professionnel des travailleurs de l'information. Richard E. Langelier, docteur en droit et spécialiste des médias, écrit qu'un statut pour les journalistes professionnels s'impose au nom de la protection du public.

Selon lui, «la plupart des gens utilisent encore les médias dits traditionnels (y inclus leur version électronique) pour s'informer, et la protection du public impose qu'ils sachent avec quels standards sont traitées les informations qui leur sont transmises». De fait, il «importe que l'octroi d'un statut légal spécifique soit associé à une obligation de renforcement des normes déontologiques».

Il admet que la certification professionnelle n'est pas une panacée pour résoudre toutes les difficultés qui touchent la profession journalistique. Néanmoins, il estime que «le renforcement des normes déontologiques vaut mieux que de laisser aux seuls tribunaux le soin de fixer indirectement ces normes», car «l'intervention du monde juridique dans l'univers journalistique a présenté des conséquences négatives qui vont d'une interférence dans les politiques éditoriales des médias jusqu'au déclin du journalisme d'enquête».

Richard E. Langelier étant l'auteur d'une étude sur la question du statut des journalistes professionnels pour le Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information dirigé par Dominique Payette, ses conclusions devraient teinter le mémoire que le groupe remettra au gouvernement prochainement. Ce document viendra apporter de l'eau au moulin d'un débat historique récurrent au Québec dans la profession journalistique.

L'idée ne fait pas l'unanimité

En 2002, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait tenté d'introduire la certification professionnelle, mais ses membres avaient massivement rejeté l'idée craignant qu'elle ne mène à un contrôle de l'État sur les médias, donc qu'elle porte atteinte à la liberté de presse. C'est également l'opinion de l'ancien président de Reporter Sans Frontières Canada, François Bugingo.

Dans une entrevue accordée à ProjetJ le mois dernier, il expliquait: «quand on est faible, la tentation est forte de se tourner vers l'État pour régler nos problèmes, mais c'est dangereux parce que ça peut se retourner contre nous. Ce qui nous protège vraiment c'est la confiance du public». Allant dans le même sens, le professeur Pierre Simard de l'École Nationale d'Administration à Québec encourage la profession à innover pour montrer qu'elle demeure indispensable.

Dans une lettre ouverte publiée dans La Presse fin août, il mettait en garde contre une standardisation de la profession. Pour lui, elle conduirait inévitablement «au nivelage du travail journalistique, facilitant encore davantage l'interchangeabilité… jusqu'à la dévalorisation du métier». À ses yeux, il s'agit d'une «solution désespérée de ceux qui sont incapables de survivre dans un marché concurrentiel».

 

Au menu du congrès de la FPJQ

Le débat est donc clairement relancé et huit ans après l'échec du congrès de 2002, les membres de la FPJQ discuteront à nouveau de statut professionnel lors de leur congrès annuel cette semaine. Ils auront cette fois en main les résultats d'une récente consultation qui laisse croire qu'une frange importante de la profession est désormais en faveur d'une réglementation.

En effet, 84,7% des répondants se sont dits favorables à ce que la FPJQ travaille en vue de l'obtention d'une certification professionnelle. Associée à un code de déontologie obligatoire, un titre de journaliste professionnel «donnerait au public une garantie de sérieux et augmenterait sa confiance à l’égard des journalistes», selon 73,2% des répondants.

 

[node:ad]