QUÉBEC – Invité d’honneur du congrès de la FPJQ, Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem depuis plus de trente ans, est venu partager son expérience de terrain avec des journalistes visiblement captivés. Même si Arabes et Israéliens l’ont tour à tour accusé de favoriser l’autre camp, lui soutient que le secret de sa longévité réside justement dans sa capacité à toujours être resté neutre et objectif.

QUÉBEC – Invité d’honneur du congrès de la FPJQ, Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem depuis plus de trente ans, est venu partager son expérience de terrain avec des journalistes visiblement captivés. Même si Arabes et Israéliens l’ont tour à tour accusé de favoriser l’autre camp, lui soutient que le secret de sa longévité réside justement dans sa capacité à toujours être resté neutre et objectif.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Le jeudi 28 septembre 2000, Ariel Sharon monte sur l’Esplanade des mosquées. C’est un geste de provocation envers Ehud Barak et les négociateurs qui sont à ce moment-là à Washington pour tenter de trouver une entente sur l’avenir de Jérusalem-est, raconte Charles Enderlin devant un auditoire totalement silencieux. Ça se passe à peu près bien. Le lendemain, vendredi, grande prière sur l’Esplanade des mosquées, aucune précaution spéciale, il y a un accrochage: une vingtaine de mômes palestiniens lancent des pierres, qui tombent de l’autre côté, devant le Mur des lamentations.»

«Les flics, casqués et avec des boucliers, montent, poursuit-il. Les mômes lancent des pierres sur la police. Le commandant de Jérusalem s’effondre, il a pris une pierre sur la tête. Et la radio israélienne diffuse une fausse nouvelle, annonçant que le commandant est gravement blessé, que sa vie est en danger. Les officiers perdent le contrôle des policiers, qui ouvrent le feu, à balles réelles, sur l’Esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’islam, le vendredi après la grande prière. Six morts, des dizaines de blessés, des images qui partent partout dans le monde. J’arrive avec mon équipe un peu plus tard et on filme encore des officiers courant derrière des policiers en leur criant, cessez de tirer, cessez de tirer.»

La région s’embrase, c’est le début de la seconde Intifada. Le lendemain, il y a des clash partout, et notamment à Gaza. Un cameraman arabe, travaillant avec Charles Enderlin, filme des images d’un enfant, le petit Mohamed, atteint par balles, et mourant dans les bras de son père.

«On diffuse l’image. Je connais l’endroit, il n’y a pas de doute, les tirs venaient de la position israélienne», ajoute le chef du bureau de Jérusalem de France 2. Un discours qu’il tient depuis plus de dix ans maintenant, devant différentes instances judiciaires, certains Israéliens et juifs de France l’ayant accusé de diffamation, et même d’avoir embrasé la région avec ces images.

«Sans doute qu’il y avait la volonté de miner ma crédibilité, mais ils n’y sont pas parvenus», commente-t-il.

Un  conflit abandonné par les médias

Charles Enderlin est à l’antenne de France 2 depuis 1981. Pour les Français de moins de 40 ans, il incarne le conflit israélo-palestinien. À chaque montée de tension dans la région, la première Intifada en 1987, puis la seconde en 2000 donc, à chaque espoir de voir enfin un accord de paix se conclure, Oslo au début des années 1990, Camp David en 2000, c’est avec lui que les familles françaises passaient le diner et le souper. Et puis de moins en moins, même si le conflit est loin d’être terminé.

«C’est toute la complexité de continuer à soutenir l’intérêt du grand public avec un conflit qui dure depuis près de 50 ans et qui semble insoluble, estime ce franco-israélien, né en France, mais parti s’installer dans en kibboutz en 1968. Dans un contexte médiatique où l’information internationale a de moins en moins de place dans nos journaux télévisés, en France, comme chez vous au Québec, ce conflit a été abandonné par les médias ces dernières années. Je couvre bien plus la révolution en Égypte.»

Ne pas faire de cadeaux

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Une baisse de couverture qu’il compense par l’écriture de livres et le tournage de documentaires sur le sujet. Son dernier récit, paru au printemps et intitulé, Au nom du Temple, fait état d’une nouvelle tendance dans la région, le messianisme juif, qui risque, selon lui, de compromettre tout rêve, pour les Arabes, de constitution d’un État de Palestine.

La force de Charles Enderlin, sa durée. Comment sans cela, parvenir à avoir la confiance des interlocuteurs clés de toute cette longue histoire?

«Sur le terrain, il ne faut faire de cadeaux à personne, affirme-t-il. Je n’ai jamais répété à l’un ce que je savais de l’autre, et vice-versa. Je m’en suis toujours tenu à un rôle d’observateur, mise à part une fois, à la demande des deux camps. Ils cherchaient un terrain neutre à l’abri des regards, et ils ont négocié à mon domicile», explique celui qui aujourd’hui, ne voit malheureusement plus beaucoup d’issues possibles à ce conflit.

Dénoncer les entraves

Malgré le manque d’intérêt des médias, Charles Enderlin continue. Malgré la pression israélienne surtout, mais palestinienne aussi parfois, pour que les journalistes internationaux quittent le terrain, il continue. Et il appelle les grands médias du monde à y renvoyer des reporters.

«Je me suis vite rendu compte, en arrivant sur le terrain, que les choses ne se passaient pas comme on voulait nous les vendre de chaque côté, explique-t-il. Notre présence est fondamentale. Nous devons raconter ce qui se passe réellement, quelles que soient les pressions rencontrées. Il faut dénoncer ces pressions, il faut rapporter tous les problèmes, toutes les entraves à notre travail. C’est surprenant comme le matériel journalistique, les caméras notamment, disparaissent comme par magie à l’aéroport de Tel-Aviv», ajoute-t-il en se coiffant alors de sa casquette de vice-président de l’Association des correspondants de la presse étrangère à Jérusalem.

Pas sûr que son message ne soit cependant entendu par les patrons des grands médias québécois. Radio-Canada a même fermé son bureau de Tel-Aviv plus tôt cette année, pour le relocaliser au Liban afin d’être plus proche du conflit syrien.

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