Par Félix Pilon, étudiant au secondaire

L’information fait partie de notre vie quotidienne. Mais qu’en est-il de la réalité de nos adolescents et de l’information?

La technologie fait partie intégrante de leur vie, mais avec l’arrivée des nouveaux médias dans le monde l’information, ils se tiennent au courant sur l’actualité sur des plateformes numériques.

Selon Diane Pacom, sociologue et professeure émérite à la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa : « On est dans une période vraiment très volatile, les choses vont très vite, les technologies changent pratiquement tous les jours. […] Leur rapport avec le monde passe fatalement par les technologies. », précise-t-elle.

L’Académie de la transformation numérique (ATN) de l’Université Laval appuie l’argument de Mme Pacom en estimant que 36% des jeunes québécois de 6 à 17 ans utilisent plus de quatre appareils électroniques, selon leur rapport de 2020[1]. C’est une augmentation de 21% par rapport à leur rapport de 2019. Ils affirment aussi que 41% des jeunes québécois de 13 à 17 ans passent plus de 15 heures sur Internet en moyenne par semaine[2].

Pierre C. Bélanger, professeur titulaire au département des communications de l’Université d’Ottawa, estime que la notion d’intemporalité est très importante en ce qui a trait à leurs habitudes de consommation médiatique sur Internet.

« [On remarque] l’immense popularité de Disney, Netflix, [et toutes les autres plateformes de visionnement cinématographique] auprès des jeunes… Il n’y a plus de notion que le film est à 20h ce soir et il se termine à 21h, on parle plutôt de [visionnement en rafale]. », explique Pierre C. Bélanger.

L’arrivée des nouveaux médias

« Les nouveaux médias, on les oppose toujours aux médias traditionnels. Ils sont de nouvelles plateformes, de nouveaux mécanismes pour diffuser [le contenu des médias traditionnels]. Tu as des Spotify pour la radio, tu as du TOU.TV pour les émissions de télévision, tu arrives avec du Netflix pour le cinéma et tu as des versions en ligne de tout ce qui est imprimé. », explique Dr Bélanger.

Selon une enquête sociale générale publiée en 2018 par Statistique Canada[3], 92,2% des jeunes de 15 à 19 ans utilisent l’Internet et les médias sociaux régulièrement pour plusieurs catégories d’utilisation, dont pour suivre les nouvelles et l’actualité. Mais pourquoi les adolescents préfèrent-ils consommer du contenu publié dans les nouveaux médias?

M. Bélanger croit que c’est l’accessibilité et la portabilité des nouveaux médias qui attire les adolescents.

« La principale raison [pour laquelle les jeunes préfèrent les nouveaux médias] est la portabilité et l’accessibilité du médium. Peu importe où tu es, tu as accès à de l’information. Et surtout, tu y accèdes au moment que tu veux. Quand tu es coincé avec la télévision traditionnelle, tu as le téléjournal à 18h et à 22h, ce qui n’est plus le cas avec le numérique, puisque tout est accessible par segment, n’importe quand. […] Les jeunes sont aux commandes. », analyse M. Bélanger.

Pour les adolescents, les réseaux sociaux « font maintenant partie des nombreuses façons de socialiser et d’interagir avec le monde. Ça fait partie du développement identitaire des individus de savoir comment être sur ces plateformes-là, et interagir à peu près dans toutes les sphères de leurs vies. », ajoute Nellie Brière, stratège en réseaux sociaux et en communications numériques.

L’ATN indique que 78% des jeunes québécois de 13 à 17 ans ont une page de profil personnel sur un réseau social (p. ex. : Facebook ou Instagram), en 2020.

Désinformation et manque d’information sur les médias sociaux

M. Bélanger affirme que les médias numériques devront mettre en place des mécanismes afin de s’assurer que les adolescents soient bien informés sur les plateformes en ligne.

« On assiste à beaucoup d’important débats aux États-Unis et ailleurs dans le monde. La notion d’imputabilité à l’égard des créateurs des différentes plateformes numériques est très importante. Ces entreprises-là doivent mettre en place des mécanismes pour confirmer la véracité des informations et mettre en place aussi des mécanismes punitifs pour les créateurs de contenu inexact », explique M. Bélanger.

Nellie Brière estime qu’il y a déjà des mesures prises par les géants du Web pour réduire la désinformation sur leurs plateformes : « Le numérique, ça bouge vite. Donc, quand on fait des critiques, ça occasionne des rétroactions, c’est-à-dire que les plateformes n’aiment pas ça se faire critiquer publiquement, donc elles vont faire des correctifs. Par exemple, du côté de Facebook, on voit qu’ils font beaucoup d’étiquetage. […] Alors on va voir apparaître au-dessus de n’importe quelle publication contenant de la désinformation, une petite étiquette qui nous amène vers des sources fiables [pour bien informer l’utilisateur] », ajoute Mme Brière.

Radio-Canada a décidé de contrer cette problématique de désinformation et d’en devenir une solution en instaurant MAJ, qui s’avère être un nouveau média pour les jeunes du secondaire sur Internet, tout en essayant de les intéresser à l’actualité. « MAJ, c’est un projet d’actualité pour les adolescents afin de les aider simplement à s’informer et aussi de les aider à développer un esprit critique », explique Isabelle St-Pierre Roy, une journaliste qui travaille sur le projet MAJ. « C’est pour permettre [aux adolescents], à leur manière, de prendre une place dans la société, et d’aussi peut-être s’engager dans le futur. On veut aussi permettre aux jeunes de se bâtir leur propre opinion. »

Mme St-Pierre Roy pense que si certains jeunes ne veulent pas s’informer, c’est notamment parce que l’information diffusée par les médias plus traditionnels est trop complexe ou n’est pas assez vulgarisée, ce qui causerait une perte d’intérêt pour les jeunes.

« On pense que les jeunes veulent être informés, peu importe le sujet, mais on sait que les ados veulent être simplement informés tout en se tenant aux bases. On essaie de rendre [l’information] la plus sérieuse possible, mais en se faisant du fun. Je pense que MAJ c’est un peu une porte d’entrée vers Radio-Canada », conclut-elle.

Mme Pacom explique que les médias devront s’adapter à la demande des adolescents, qui deviendront des adultes, et seront les nouveaux consommateurs principaux de contenu médiatique.

« Les jeunes d’aujourd’hui ont un univers de connaissances fait sur mesure. Si ça ne les touche pas directement, ça ne les intéresse pas. Donc, ils ont une vision beaucoup plus restreinte du monde alors qu’ils vivent dans un monde très globalisé. Ils sont interpellés spécifiquement par ce qui les affecte. […] Il y aura de grandes transformations, mais qui iront toujours dans ce sens-là, dans le sens de l’information à la carte », croit Mme Pacom.


[1] https://transformation-numerique.ulaval.ca/enquetes-et-mesures/netendances/netendances-2020-la-famille-numerique/

[2] https://transformation-numerique.ulaval.ca/wp-content/uploads/2021/02/NETendances-2020-la-famille-numerique.pdf

[3] https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/36-28-0001/2021003/article/00004-fra.htm?fbclid=IwAR3AdhtXM18VMGlDPpOFfukmXeiPYcTS17K599kWoT8zBsj-7V8UgPqLrKY#n1-refa