La direction de CBC/Radio-Canada a annoncé ce midi qu’elle abolirait 657 postes équivalents temps plein d’ici deux ans. Du côté francophone, 312 employés, dont 90 membres du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), devront ainsi quitter le diffuseur public et recevront leur lettre d’abolition de poste d’ici la fin du mois. C’est le service des sports qui paie le plus lourd tribut, avec 65 départs sur les 75 employés.

La direction de CBC/Radio-Canada a annoncé ce midi qu’elle abolirait 657 postes équivalents temps plein d’ici deux ans. Du côté francophone, 312 employés, dont 90 membres du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), devront ainsi quitter le diffuseur public et recevront leur lettre d’abolition de poste d’ici la fin du mois. C’est le service des sports qui paie le plus lourd tribut, avec 65 départs sur les 75 employés.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

La faute notamment à la perte par le réseau anglais CBC de la diffusion des matchs de la ligue nationale de hockey, qui en novembre dernier a annoncé céder ses droits à Rogers pour les douze prochaines années. Les rentrées d’argent que devait générer l’arrivée de la publicité sur les chaines musicales du diffuseur public n’ont pas non plus été à la hauteur des attentes. Résultat net des comptes, la direction doit trouver le moyen de faire près de 130 millions d’économie pour équilibrer son budget 2014-2015, 82 millions du côté anglophone et 42 millions dans le réseau francophone.

Des économies qu’elle vient donc chercher en coupant dans les effectifs. Après les 650 licenciements opérés il y a seulement deux ans suite aux compressions budgétaires du gouvernement Harper, c’est 657 employés de plus qui quitteront le réseau public, dont 312 pour le seul service en français.

«Pour mon syndicat, c’est au total, à la grandeur du Québec et à Moncton, 90 postes qui seront coupés, rapporte Alex Levasseur, président du SCRC. Ce sont des journalistes, des animateurs, des gens qui préparent les émissions. Nous n’avons pas plus de détails pour l’instant. Nous ne savons pas encore quelles émissions seront touchées.»

Des annonces auxquelles les employés étaient préparés depuis début février, le PDG du diffuseur public, Hubert Lacroix, leur ayant envoyé une note interne annonçant des «nuages sombres» et des «décisions difficiles» dans les prochains mois.

«C’est certain que les  chiffres sont gros, commente Alex Levasseur, mais vu la manière dont le diffuseur public est financé, on pouvait s’y attendre. Ça a été la même chose en 2009, en 2012, aujourd’hui. Et ce sera pareil dans un an si on ne fait rien.»

Le service des sports anéanti

Les employés de CBC/Radio-Canada ont appris ces mauvaises nouvelles, réunis en assemblée générale à Montréal, à Toronto et en visioconférence. Peu de services seront épargnés. Du côté du réseau francophone, les coupes auront lieu aussi bien en région qu’au siège de Montréal et toucheront aussi bien les programmes de divertissement que d’information. Le service des sports sera quant à lui réduit presqu’à néant, 65 des 75 employés perdant leur poste, selon le SCRC.

«Il n’y aura plus de bulletin de nouvelles sportives en tant que tel, confirme Alex Levasseur, et les nouvelles sportives seront donc relayées dans les  bulletins plus généraux. Il ne s’agira plus non plus de tenter de concurrencer le privé pour aller chercher des droits de diffusion, et la couverture du sport amateur sera réduite. »

Le radiodiffuseur public espère cependant pouvoir continuer à diffuser les Jeux olympiques.

La direction a également prévenu que les finances de l’entreprise ne permettaient pas de mettre en place un plan incitatif de retraite volontaire. Face à un paysage médiatique en constante évolution, elle a également souligné ne pas pouvoir prédire l’avenir et ne pas promettre que ce plan de licenciement serait le dernier avant longtemps, mais elle a admis que les décisions prises n’étaient pas seulement propres à combler le déficit budgétaire de 130 millions de dollars, mais aussi à ne pas avoir à renouveler l’exercice tous les deux ans.

«Cette grosse bureaucratie vorace et fort couteuse»

De son côté, le syndicat accuse la direction, nommée par le gouvernement Harper, de ne pas mettre la pression sur le Fédéral pour obtenir un financement adéquat.

«Le gouvernement fédéral a créé de part la loi un diffuseur public et il a l’obligation de le financer adéquatement, ce qu’il ne fait pas, estime Alex Levasseur. Or l’administration de Radio-Canada ne se plaint pas, ne lui demande pas un sou noir. Elle préfère se transformer en une entreprise privée financée par le marché publicitaire. Or, on voit bien aujourd’hui que ça ne fonctionne pas. Sur les 130 millions qu’il manque pour boucler le budget, 60 millions proviennent d’un manque à gagner du côté des annonceurs.»

Et M. Levasseur de répéter qu’il aurait été préférable d’aller couper dans «cette grosse bureaucratie vorace et fort couteuse, avant d’aller toucher à la production, qui elle vient affecter le contribuable, les Canadiens et les Canadiennes.»

À ce sujet, le journal La Presse révélait ce matin qu’entre mars 2008 et mai 2013, les effectifs de Radio-Canada étaient passés de 11 464 à 10 826 employés, alors que durant la même période, le nombre de cadres permanents augmentait de 932 à 977.

«En pleine période de compressions, fustige Alex Levasseur. Imaginez-vous qu’il y a 24 avocats au service juridique de Radio-Canada! Il y a des grands cabinets privés qui n’ont même pas ça!»

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