ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ.

Les journalistes méritaient-ils motions de méfiance votées par les associations étudiantes? Ont-ils été trop proches du pouvoir ou des grévistes ou ont-ils servi de punching bag aux deux parties? Ont-ils trop mis l'accent sur les manifestations au détriment des enjeux de fond?

ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ.

Les journalistes méritaient-ils motions de méfiance votées par les associations étudiantes? Ont-ils été trop proches du pouvoir ou des grévistes ou ont-ils servi de punching bag aux deux parties? Ont-ils trop mis l'accent sur les manifestations au détriment des enjeux de fond?

Invités : 

Daniel Giroux, Secrétaire général du Centre d’études sur les médias. Il présentera les résultats d’une vaste étude sur la couverture de la grève étudiante.
Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole de la CLASSE
Pierre Tourangeau, ombudsman, Radio-Canada.
Animation: Alec Castonguay, chef du bureau politique, L'actualité

Par Guillaume Lepage, surnuméraire à la Presse Canadienne

Publié originellement dans l'infolettre du Trente.

L’ancien porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, et l’ombudsman de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, étaient de passage au congrès de la FPJQ afin de faire un retour sur la couverture médiatique du printemps dernier. À leurs côtés, Daniel Giroux du centre d’étude sur les médias de l’Université Laval, a présenté les résultats d’une vaste enquête sur la couverture des médias montréalais durant le conflit étudiant.

L’étude a voulu démontrer la position des quatre quotidiens montréalais (La Presse, Le Journal de Montréal, Le Devoir et The Gazette) pendant la crise. Les chercheurs ont pris en compte les articles favorables, défavorables et neutres envers un ou l’autre des protagonistes (gouvernement, étudiants s’opposant à la hausse et étudiants qui acceptent la hausse) de chaque journal entre le 13 février et le 23 juin 2012.

À la lumière de cette recherche, c’est le quotidien La Presse, pourtant fort critiqué par certains groupes de manifestants durant la crise, qui a offert le plus d’articles jugés neutres avec un taux de 60%. Le Devoir vient au dernier rang dans cette catégorie avec un taux de 51%.

Sans grande surprise, on a conclu que la majorité des chroniques parues dans le Journal de Montréal étaient favorables à la position du gouvernement alors que celles publiées dans Le Devoir étaient favorables aux étudiants.

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On a aussi jugé que les grands réseaux d’information montréalais avaient offert une place équivalente aux deux protagonistes au cours de leurs émissions d’affaires publiques.

M. Tourangeau a d’ailleurs affirmé n’avoir observé une telle susceptibilité de la part du public que lors des référendums de 1980 et de 1995. Il a raconté avoir reçu de nombreuses plaintes, dont certaines qui comportaient une vision opposée du même reportage. Selon lui, les gens ne comprennent pas le rôle des médias et ils ignorent son fonctionnement.

M. Nadeau-Dubois a quant à lui affirmé son désaccord avec les mandats de méfiance qui ont été adoptés à l’endroit des grands médias par certaines associations étudiantes durant le conflit.

Même s’il n’est pas en accord avec ces positions, il dit comprendre le fond du raisonnement. Selon lui, les manifestants voyaient un fossé entre l’expérience qu’ils vivaient sur le terrain et celle qui était rapportée dans les médias.

L’incompréhension du mode de fonctionnement de la CLASSE et des «Black Bloc», la «solidarité structurelle entre les médias et le gouvernement» et les guerres de mots (grève vs boycott) ont aussi contribué à alimenter les nombreuses critiques envers les médias, selon l’ancien porte-parole.

M. Nadeau-Dubois aurait aussi aimé que les médias accordent plus d’importance aux enjeux de fond qu’à la couverture quotidienne des manifestations.  L’étude du CEM a d’ailleurs conclu que les grands quotidiens n’ont accordé qu’entre deux (JdeM) et sept (The Gazette) pour cent de leur couverture à des articles d’analyse.

Certains journalistes ont toutefois rappelé à l’ancien porte-parole que le nombre important de manifestations ont elles aussi contribué à diluer le message.

Même si on ne s’entendra jamais unanimement sur la question de départ, il est certain que les médias québécois ont encore des leçons à tirer de la crise étudiante du printemps dernier.