ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ. 

Des journalistes font le grand saut et quittent la profession. Pour toutes sortes de raisons, mais parfois parce que le journalisme ne répond plus à leur désir d'influencer le cours des événements dans un monde qui se polarise.

 

ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ. 

Des journalistes font le grand saut et quittent la profession. Pour toutes sortes de raisons, mais parfois parce que le journalisme ne répond plus à leur désir d'influencer le cours des événements dans un monde qui se polarise.

Invités : 

Nathalie Roy, députée de Montarville, CAQ, avocate et ex-journaliste à TQS, Radio-Canada et TVA
Alexis Deschênes, étudiant à l’École du Barreau et ex-journaliste à TVA et à Radio-Canada
Animation: Jean-Hugues Roy, professeur, École des médias, UQAM

Par Malorie Gosselin

Ils étaient au sommet. Bien des journalistes enviaient leur position. Ils ont tout quitté pourtant. Alexis Deschênes, pour les bancs d’école du Barreau. Nathalie Roy, pour tenter le pari de se faire élire députée d’un nouveau parti (pari gagné, ouf !).

«J’ai aimé ça le journalisme. Ça me permettait d’aller à la rencontre de mes concitoyens. Mais plus ça allait, plus un malaise s’installait en moi. J’avais envie d’être plus qu’un arbitre», explique Alexis Deschênes. Il ajoute qu’après douze ans de métier, non seulement il avait le désir de faire autre chose, mais aussi il sentait que c’était de sa responsabilité d’aller vers un rôle plus actif.

Comme avocat, il aura le devoir de prendre parti. «C’est génial !», s’excite celui qui se  dirige vers le bureau du procureur général du Québec, et espère défendre les intérêts du Québec face aux empiétements fédéraux ou poursuivre des industriels qui n’ont pas voulu décontaminer leur site, par exemple.

Nathalie Roy, quant à elle, a vu dans la création d’un nouveau parti un espoir de pouvoir prendre part à un changement. Elle s’est dit : «c’est le temps d’aider directement et d’essayer de changer les choses directement».

[node:ad]

Loin d’être en panne de volonté de servir l’intérêt public, au contraire, ils veulent s’impliquer plus.

Sentiment de futilité, pression éditoriale et conditions de travail

Aussi, c’était devenu moins plaisant. «Je sentais une pression éditoriale un peu plus grande à certains moments. Je me disais : tant qu’à m’engager, je veux choisir moi-même mon parti», raconte l’ancien reporter à la colline parlementaire Alexis Deschênes.

Et puis les sujets lui semblaient souvent dérisoires. «Je  trouvais qu’il y avait des sujets bien plus importants à traiter que des demandes d’excuses : tel ministre demande des excuses, l’autre ministre ne veut pas s’excuser, etc.» Il ajoute que la tendance à s’étirer trop sur une histoire l’agaçait beaucoup. L’uniformisation, aussi. «À la colline parlementaire, quand la grosse histoire c’est ça, ben la grosse histoire c’est ça. Si toi, tu réussis à dénicher quelque chose, que ça sort du champ gauche et que les gens ne l’ont pas vu venir, on n’a pas d’intérêt».

Sans être ce qui les a fait quitter, le changement des conditions de travail a joué le rôle du déclencheur. «Quand j’ai commencé en 1990, j’avais une journée pour faire un reportage de deux minutes», lance Mme Roy, témoin de l’augmentation de la charge de travail. «Toujours plus vite, plus vite, plus vite. On en veut plus ! Donne-nous en encore ! C’est très prenant et dur pour les nerfs parce qu’on se met tous la pression d’arriver à apporter des nuances aux événements, s’il y en a. Il faut être terriblement en forme et avoir un moral d’acier pour faire ce métier. Et au bout du compte, ça devient usant. »

Sans retour

Ils sont catégoriques : une fois que la clôture est sautée, il n’y a pas de retour possible. «La journée où on a annoncé ma candidature, c’est un des moments dans ma vie où j’ai été le plus tendue et stressée. J’étais devant des journalistes. Pour moi, c’était lourd de sens parce que c’était le signe que je me coupais pour de bon du journalisme.» explique Nathalie Roy.

Il faut faire le journalisme selon les règles de l’art, en tendant le plus possible vers la neutralité. Et si le désir de s’engager se pointe le bout du nez, il faut sortir du métier au lieu de tenter de le changer, de conclure M. Deschênes. Advienne que pourra !