ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ.

La grève étudiante a amené des journalistes à afficher le carré rouge au travail et à exprimer leurs opinions personnelles sur les réseaux sociaux. Situation conjoncturelle ou volonté de changer les règles du jeu?

ProjetJ, en collaboration avec le Trente, vous présente quelques compte-rendus des ateliers présentés au congrès 2012 de la FPJQ.

La grève étudiante a amené des journalistes à afficher le carré rouge au travail et à exprimer leurs opinions personnelles sur les réseaux sociaux. Situation conjoncturelle ou volonté de changer les règles du jeu?

Invités:

Simon Jodoin, Rédacteur en chef & Directeur développement des nouveaux médias, Communications Voir

Marie-Michèle Sioui, journaliste, La Presse Canadienne

Alain Saulnier, ancien directeur général de l’information, Radio-Canada (2006-2012)

Animation: Myriam Gauthier, journaliste, Le Quotidien

Par Malorie Gosselin

Comme journaliste, comme président de la FPJQ et comme directeur de l’information à Radio-Canada, Alain Saulnier croit avoir toujours défendu la liberté d’opinion. En choisissant le métier de journalisme, il a dû faire une croix sur ses penchants pour le militantisme. Le journalisme lui a tout de même permis de satisfaire ses idéaux de transparence, de justice et de démocratie, affirme-t-il.

Comment faire son travail sans imposer son opinion ? Qu’en est-il du devoir de réserve du journaliste ? Tandis que les éditorialistes et les chroniqueurs doivent prendre position et assumer leur opinion, «un journaliste ne peut militer ou soutenir une cause, aussi noble soit-elle». Lorsqu’un journaliste prend parti, il se coupe du point de vue des opposants à sa cause. Il se disqualifie d’un traitement équitable envers tous les points de vue. Aux yeux du public, il ne pourra jamais rapporter la nouvelle correctement venant du camp opposé.

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«Durant le conflit étudiant, on a tout confondu: journalistes, éditorialistes, chroniqueurs. Or, il s’agit de rôle très différent». M. Saulnier affirme en outre qu’on ne peut dissocier le journaliste d’un média officiel, et ce même individu en tant que propriétaire d’un compte facebook ou twitter. Journaliste le jour, militant le soir ? Attention, danger !

Marie-Michèle Sioui a dû couvrir le conflit étudiant pour la Presse canadienne alors qu’elle était elle-même étudiante en grève. Si elle aurait pu vivre le conflit étudiant en tant que militante, elle a choisit de «vivre cette grève en tant que journaliste». Elle pense que le simple fait de faire ce choix est suffisant pour «tracer la ligne». Est-ce qu’elle a été une journaliste militante déguisée ?

«Absolument pas. La raison est que ce n’était carrément pas nécessaire. N’importe qui qui voulait savoir ce qui se passait dans les assemblées étudiantes n’avait qu’à taper #AFELC ou autres. Donc, pas besoin de me cacher. Et de toutes façons, j’ai pris le chapeau de journaliste et je l’ai gardé.» Elle n’a pas porté le carré rouge, car elle avait l’impression que ce geste engageait la Presse canadienne. Elle croit cependant que «c’est tomber dans la facilité de dire qu’un compte facebook doit rester neutre». À son avis, il serait hypocrite qu’elle efface ce qu’elle a écrit du temps où elle n’était pas journaliste. Un jour qu’elle couvrait une conférence de presse à l’UQAM, qui est son université, elle s’est fait huer en posant une question qui s’inspirait de conversations qu’elle avait eu sur facebook avec des amis qui étaient pour la hausse des frais de scolarité. De se faire huer en exprimant un point de vue «qui n’était évidemment pas le [sien]», elle s’est dit « j’ai bien fait ma job !».

Simon Jodoin, rédacteur en chef du Voir, explique que de mettre le carré rouge sur la Une de son journal était une décision éditoriale, de la même manière que, lors d’élections, des éditoriaux indiquent au public de voter pour tel ou tel parti. Où tracer la ligne ? Son point de vue est que pour des médias de communauté d’intérêt, oui, on peut défendre des gens et prendre position dans une cause. Dans le cas du Voir, le simple fait de parler de culture, c’est la défendre. Les médias qui ont une approche plus généraliste comme Radio-Canada ne peuvent, selon lui, faire la même chose.

Cependant, «le jour où l’on voudra discriminer les journalistes sur la question de la mobilisation, il y en a beaucoup qui ne passeront pas le test», ajoute-t-il. Avec la Grande guignolée des médias, est-ce qu’il n’y a pas une prise de position qui est faite ? Évidemment, tout le monde veut que les enfants mangent à leur faim. C’est tout de même une mobilisation. Il explique que l’événement sous-entend que l’État ne subvient pas correctement aux besoins de ses enfants, qu’il faut pratiquer la charité pour pallier cet échec. C’est une prise de position. Il évoque aussi la mobilisation marketing que font des médias autour de produits qu’ils produisent eux-mêmes. Ou l’utilisation de l’image de journalistes pour vanter un service de nouvelles : «Choisissez-nous, nous sommes les meilleurs !» Tout ça, c’est aussi, selon lui, de la mobilisation. «Où tracer la ligne entre la mobilisation idéologique, politique et commerciale ?», se demande-t-il. «Ne serions-nous pas mieux de reconnaître notre non-objectivité et de dire aux gens que pour participer à la vie publique, ils doivent se renseigner à plusieurs sources ? »