La plupart des journalistes doivent maintenant faire plus avec moins de temps et de ressources ce qui augmente inévitablement leur dépendance aux nouvelles préfabriquées par les experts en relation publique. C'est une des conclusions d'un rapport préparé pour MediaWise Trust par cinq chercheurs de l'école de journalisme de l'Université Cardiff en Grande-Bretagne.


La plupart des journalistes doivent maintenant faire plus avec moins de temps et de ressources ce qui augmente inévitablement leur dépendance aux nouvelles préfabriquées par les experts en relation publique. C'est une des conclusions d'un rapport préparé pour MediaWise Trust par cinq chercheurs de l'école de journalisme de l'Université Cardiff en Grande-Bretagne.

Sur la base les témoignages des 42 journalistes et professionnels des relations publiques, les chercheurs tissent un lien direct entre le déclin de l'indépendance des journalistes, le travail multiplateforme, le poids de la technologie et la convergence.

C’est là une des hypothèses que nous confiait récemment la journaliste et chercheuse Chantal Francoeur, qui s'intéresse à l'intégration à Radio-Canada: «J'ai l'impression que, pour alimenter plus de plateformes rapidement, on va utiliser de plus en plus de clips préfabriqués, formatés, prêts à être distribués partout. Des clips à la limite vides, mais bien dits qui viennent en général des professionnels des relations publiques, des groupes de pression.»

Selon l’étude britannique intitulée The Quality and Independance of British Journalism, moins de la moitié des informations véhiculées par les médias sont complètement indépendantes des relations de presse. En Grande-Bretagne, 60% des articles de presse, 34% des nouvelles diffusées par la radio et la télévision et 47% des dépêches des agences de presse sont en partie ou en totalité préfabriqués par des experts des communications publiques. Ceux-ci font donc bien plus qu'orienter l'agenda des médias.

Le phénomène est particulièrement palpable dans les secteurs de la santé, de la consommation, des affaires, du divertissement et des sports. Dans ces domaines, le matériel émis par les relationnistes fait souvent son chemin jusqu'au public sans vérification ni contextualisation profitant du manque de temps des journalistes qui doivent aujourd'hui produire en moyenne trois fois plus de matériel qu'il y a vingt ans et pour plusieurs plateformes.

«Aujourd'hui, nous brassons des histoires plus que nous n'en écrivons. Presque tout est recyclé d'une autre source […]. Le travail a été déqualifié et énormément amplifié dans le volume et non dans la qualité», témoigne le journaliste Nigel Hawkes qui couvre le secteur de la santé pour The Time. Un autre reporter non identifié explique: «quand j'ai commencé, avant la révolution numérique, je produisais une ou deux histoires par jour. Aujourd'hui, il n'est pas rare que j'en couvre cinq ou six. Dans ce contexte, c'est sûr que je dépends davantage des relations publiques.»

En conséquence, les chercheurs britanniques préviennent que le journalisme multiplateforme né de la convergence doit engendrer une réduction de la charge de travail, sinon le déclin de l'indépendance journalistique s'accentuera.

Au Québec près de la moitié des gens ne croient déjà pas à l'indépendance journalistique, selon le Baromètre des médias 2010 de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa. Quand on leur demande s'ils croient que «les journalistes sont indépendants, c’est-à-dire qu’ils résistent aux pressions des partis politiques et du pouvoir politique», 46 % des répondants disent non. 45% répondent également non quand on leur demande s'ils croient que «les journalistes résistent aux pressions de l’argent».

 

 

 

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