La chasse aux journalistes se poursuit
en Côte d’Ivoire, près de trois semaines après l’assermentation du
nouveau président Alassane Ouattara. Le Comité ivoirien de
protection des journalistes (CIPJ) a appris samedi l’exécution du
journaliste Sylvain Gagnetaud de la radio de proximité de Yopougon,
à Abidjan.

La chasse aux journalistes se poursuit
en Côte d’Ivoire, près de trois semaines après l’assermentation du
nouveau président Alassane Ouattara. Le Comité ivoirien de
protection des journalistes (CIPJ) a appris samedi l’exécution du
journaliste Sylvain Gagnetaud de la radio de proximité de Yopougon,
à Abidjan.

Son corps criblé de balles a été
retrouvé le 8 mai, parmi des dizaines d’autres, dans un charnier de
ce quartier densément peuplé particulièrement touché par les affrontements entre les
Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara et les
miliciens fidèles au président déchu, Laurent Gbagbo. Des
journalistes locaux rapportent que Sylvain Gagnetaud a été tué par
des éléments des FRCI alors qu’il fuyait Yopougon avec sa famille.
D’autres soulignent que sa profession et son origine ethnique – il
était Bété comme l’ex-président Gbagbo – sont directement en
cause.

Membre
du bureau de l’Organisation des journalistes professionnels de Côte
d’Ivoire, Sylvain Gagnetaud était rédacteur en chef adjoint et
animateur à Radio Yopougon, station qui a été pillée et incendiée
par les FRCI début mai. Selon le CIPJ, il était réputé
modéré dans son travail et avait collaboré dans le passé à
plusieurs publications de divers bords politiques. Pour sa part,
Reporters sans frontières (RSF) estime plutôt qu’il était proche
du Front Populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo.

«l’heure
est aux règlements de compte»

L’organisme
souligne que «la capacité des forces de l’ordre à faire la
lumière sur ce crime aura valeur de test pour les autorités
nouvellement investies» et constate que «l’heure
semble plus que jamais aux règlements de compte en Côte d’Ivoire».
En effet, outre l’assassinat de Sylvain Gagnetaud, le CIPJ signale
que plusieurs journalistes continuent de recevoir des menaces de
mort.

(paragraphe modifié post-publication) De plus, la directrice des ressources humaines du
groupe de presse Cyclone, Nina Bolou, a été arrêtée
puis relâchée hier par des hommes des FRCI. Elle est éditrice du quotidien d’opposition Le
Temps
et des hebdos
Le Temps Hebdo
et Prestige Mag.
Toutes ses publications sont dirigées par Nadi Bamba, deuxième
épouse de l’ex-président Gbagbo ; plusieurs journalistes y
travaillant sont en exil ou vivent cachés.

Comme
RSF, le Comité
pour la protection des journalistes
(CPJ) appelle le gouvernement
ivoirien à respecter ses promesses de restaurer l’État de droit.
«Le
président Ouattara avait promis de demander des comptes à toutes
les personnes sous son autorité qui seraient responsables d’abus.
Il doit donc agir immédiatement pour discipliner ses forces et faire
respecter la règle de droit», martèle le coordonnateur du
plaidoyer pour l’Afrique du CPJ, Mohamed Keita.

«la
justice n’est pas au mieux de sa forme»

Cet
appel à la justice survient alors même que le nouveau président de
la Cour suprême ivoirienne, Mamadou Koné entre en poste. Le
magistrat originaire du nord du pays – région contrôlée par les
forces pro-Ouattara depuis 2002 – a prêté serment hier. À cette
occasion, le président ivoirien a concédé que la
justice de son pays n’était pas «au mieux de sa forme» et
renouvelé son engagement de garantir les droits et libertés de tous
les citoyens.

Pour
respecter ses promesses, outre la nomination d’un nouveau président
de la Cour suprême, Alassane Ouattara a mis en place une commission
«Dialogue, Vérité et Réconciliation» comme l’avaient fait
l’Afrique du Sud après l’apartheid et le Rwanda après le génocide.
Cette commission sera présidée par l’ancien gouverneur de la Banque
centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et ex-Premier ministre
sous Laurent Gbagbo, Charles Konan Banny. Il devra faire la lumière
sur les événements dramatiques qui secouent la Côte d’ivoire
depuis plus d’une décennie et qui ont pris une tournure
particulièrement violente au cours des six derniers mois.

Amnesty
International a rendu public aujourd’hui un rapport faisant le bilan
des six derniers mois. L’organisme estime que les hommes de
Ouattara autant que ceux de Gbagbo ont commis des crimes de guerre et
des crimes contre l’humanité. Il souligne que «le fait qu’Alassane
Ouattara n’ait pas condamné ces actes pourrait être perçu par de
nombreux membres de ses forces de sécurité et d’autres éléments
armés combattant à leur côté comme un feu vert pour continuer de
les perpétrer». Le rapport en vidéo (attention ces images peuvent choquer):

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