Deux ans après la fin du conflit, le lock-out au Journal de Montréal fait encore couler beaucoup d’encre. De passage au Québec, le professeur à l’Université de Rennes et coordinateur du Réseau d’études sur le journalisme (REJ), Denis Ruellan, a posé son regard sur la situation lors d’un séminaire à l’UQAM le 4 février dernier.  

Deux ans après la fin du conflit, le lock-out au Journal de Montréal fait encore couler beaucoup d’encre. De passage au Québec, le professeur à l’Université de Rennes et coordinateur du Réseau d’études sur le journalisme (REJ), Denis Ruellan, a posé son regard sur la situation lors d’un séminaire à l’UQAM le 4 février dernier.

Par Audrey Desrochers et Étienne Dupuis

Les deux bras appuyés sur la table de conférence, Denis Ruellan pèse chacun de ses mots. À ses yeux, la stratégie de Québecor, lors du conflit de 2009, était soigneusement préparée: l’entreprise de presse souhaitait précariser le statut de ses journalistes.

« Ils n’ont pas fait tout cela par hasard, avance lentement le professeur, encore sous l’effet du décalage horaire. Ça entrait dans un rapport de force qui a eu des conséquences sur le salaire et, surtout, sur l’organisation du travail. » Selon lui, l’inaction des institutions, comme le CRTC et le gouvernement, a permis à Québecor d’installer ce bras de fer. Ce qui a pour effet d’affaiblir la mobilisation des professionnels de l’information.

« Avant, les journalistes pouvaient se battre. Maintenant, ils se moulent davantage aux intérêts des propriétaires d’entreprises de presse, souligne quant à elle la professeure à l’École des médias de l’UQAM, Chantal Francoeur, qui participait à la discussion. Donc le ton, par exemple, conservateur ou à droite du Journal de Montréal ne reflète pas nécessairement les intérêts ou les alliances des journalistes qui sont là, mais plutôt les intérêts du propriétaire. » **

Denis Ruellan a d’ailleurs pu observer cette tendance en France au cours des dernières années. « Les conflits de travail ont apporté d’importantes conséquences sur le prestige et la rémunération des journalistes », note-t-il. Pour le coordinateur du REJ, les deux dernières décennies ont été particulièrement marquées par l’érosion des garanties d’emploi dans l’Hexagone. Il estime que la proportion des journalistes en situation instable est passée de 5% à 20% en 20 ans. Le professeur observe également que les syndicats sont moins combatifs qu’avant par rapport à ces journalistes ayant un statut précaire. « On remarque donc un phénomène selon lequel les jeunes accèdent maintenant au métier en traversant une phase de précarité », juge-t-il.

Étudiant au doctorat en communication à l’UQAM, Marc-Olivier Goyette-Côté constate ce phénomène chez Québecor, où il y aurait deux classes distinctes de journalistes. « Il y a les jeunes journalistes qui se retrouvent par exemple chez QMI ou au 24h, qui sont des écoles de formation aux conditions incertaines, explique-t-il. Les meilleurs seront ensuite amenés vers le vaisseau amiral qu’est le Journal de Montréal. »

Cette séparation entre les deux classes de journalistes a des effets sur les relations de travail. « Ça élimine la socialisation entre les vieux et les jeunes journalistes, ce qui atténue aussi toute mobilisation pour contrer la précarité, déplore-t-il. Fini les discussions autour de la machine à café! »

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Sur le journalisme

Après une discussion animée de trois heures autour du terme de la convergence, Denis Ruellan et sa collègue, Florence Le Cam, se sont finalement souvenus du but de leur visite. Ils sont de passage au Québec pour promouvoir la revue scientifique multilingue Sur le journalisme. Comme l’équipe est composée de comités européen, sud-américain et nord-américain, les deux chercheurs souhaitent élargir leur réseau de collaborateurs dans la Belle Province.

L’éditeur au Québec est le directeur du programme de 3e cycle au département d’information et de communication à l’Université Laval, François Demers.

 

**Mise au point: À l'origine, ce paragraphe se lisait comme suit:

« Avant, les journalistes pouvaient se battre. Maintenant, ils se moulent davantage aux intérêts des propriétaires d’entreprises de presse », souligne quant à elle la professeure à l’École des médias de l’UQAM, Chantal Francoeur, qui participait à la discussion. Voilà pourquoi, selon elle, le contenu au Journal de Montréal est dorénavant plus à droite. Elle ne cache toutefois pas que cette tendance s’applique de plus en plus aux autres médias québécois.  

Or, après réécoute de l'enregistrement, nous avons modifié ce paragraphe, parce que les deux dernières phrases ne reflétaient pas la teneur des propos de Mme Francoeur, qui répondait à la question d'un étudiant.