Par Hugo Prévost

La presse québécoise en a pris pour son rhume, cette semaine, alors que l’on annonçait, coup sur coup, la fermeture ou la disparition de certaines éditions de sites d’informations et de divertissement, en plus de journaux hebdomadaires. Alors que le Québec pouvait s’estimer relativement épargné en termes de publications fauchées par la crise des médias, voilà que la réalité rattrape la province à vitesse grand V.

Voir aussi: Rogers ferme Branchez-Vous! et Réactions partagées à la fermeture de Branchez-Vous!

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Par Hugo Prévost – Originellement publié sur pieuvre.ca – Du même auteur sur Voir.ca: Ouf

La presse québécoise en a pris pour son rhume, cette semaine, alors que l’on annonçait, coup sur coup, la fermeture ou la disparition de certaines éditions de sites d’informations et de divertissement, en plus de journaux hebdomadaires. Alors que le Québec pouvait s’estimer relativement épargné en termes de publications fauchées par la crise des médias, voilà que la réalité rattrape la province à vitesse grand V.

Rogers ferme ainsi huit de ses sites Internet (dont Branchez-Vous! et Showbizz.net), tandis que Voir fait disparaître ses éditions papier de Saguenay et de Mauricie, en plus de mettre la clé sous la porte pour Hour Community, déjà sur le respirateur artificiel. Nightlife Magazinea également annoncé, dans la foulée, que son édition du mois de mai serait la dernière en format papier.

Du côté de chez Rogers, les fermetures des huit sites (B-V!, Showbizz.net, Info Matin, Info Techno, Jouez, Sweetspot.ca, Sweetspot.qc.ca et Canadian Parents) entraîneront l’élimination d’une vingtaine de postes. Ces sites, acquis lors de l’achat de BV Media en 2010 au coût de 25 millions $, laissent donc place à une «meilleure intégration des plateformes», indique-t-on chez le géant des télécommunications. La structure publicitaire demeure quant à elle en place.

Ce retrait du secteur de l’«information minute» et des dépêches est certainement lié à des questions de revenus publicitaires. Les sites de Rogers attirait un lectorat se chiffrant en plusieurs centaines de milliers d’internautes, mais les coûts associés à une telle opération étaient sans doute trop importants aux yeux de Rogers. L’entreprise en profitera peut-être pour recentrer son offre en matière d’information autour de L’Actualité et de ses autres magazines, qui possèdent leurs propres portails web. L’Actualité, par exemple, dispose également d’une importante présence sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Twitter.

Chez VOIR Communications, la maison-mère des hebdomadaires à saveur culturelle Voir et Hour (devenuHour Community), la disparition de deux éditions papier régionales et la mort du Hour Community papier sont laconiquement expliquées dans un bref communiqué diffusé jeudi par l’entreprise. Le responsable est bien entendu la baisse des revenus publicitaires et le désintérêt des annonceurs pour les versions papier des médias. Saguenay/Alma, la Mauricie et la communauté anglophone de Montréal ne perdront cependant pas leurs versions du Voir et de Hour Community, qui demeureront actives sur le web, où VOIR Communications espère certainement récolter quelques deniers publicitaires.

«Le dynamisme de Voir sur Internet va perdurer puisque toutes les publications demeurent en ligne et vont continuer de témoigner de la vie culturelle partout au Québec ainsi que des débats d’actualité», explique-t-on dans le communiqué qui a été publié, ajoutant que si les «médias changent, bougent à une vitesse fulgurante avec bien sûr Internet et les réseaux sociaux, Voir (…) a toujours su s’adapter».

Pour le journaliste et blogueur Steve Faguy, toutefois, il ne s’agit pas là d’une surprise en ce qui a trait à la disparition de la version papier de Hour Community. Dans un billet publié il y a tout juste un peu plus d’un an, M. Faguy célébrait tristement la «mort» de Hour, alors que VOIR Communications venait tout juste d’annoncer le licenciement de l’ensemble des employés de cette publication, la réduction du nombre de pages de l’hebdomadaire et le changement de nom, avec l’ajout du Community.

«Après avoir mis tous les employés à la porte, ils ont continuer à faire vivre le journal, pratiquement comme un Publi-Sac, avec quelques articles, un ou deux éditoriaux ou chroniques, et une poignée de publicités, mais sans plus», dit-il, soulignant que le temps était compté depuis belle lurette.

«Le journal était très, très mince… 12, 16 pages, comparativement à Hour, qui en faisait 48, voire 52. Il était clair, il y a un an, que Hour était sur une pente descendante, mais peut-être espéraient-ils obtenir des publicités «par défaut».»

Steve Faguy ne ferme pas non plus la porte à la possibilité d’un «tassement» du marché, où le Mirror de Québecor occupe désormais tout l’espace des journaux culturels hebdomadaires anglophones en version papier. La disparition du Ici – la réponse de Québecor au Voir, il y a quelques années, et son intégration au sein du 24 Heures, résulte certainement de circonstances semblables, soit des revenus publicitaires et un contenu en baisse par rapport à une publication concurrente.

«Il y a aussi la question de la gestion à prendre en compte dans la disparition du Hour Community. On dirait que les responsables l’ont laissé mourir. C’est du moins l’impression que j’en ai.»

La partie n’est cependant pas gagnée pour Quebecor, soutient M. Faguy. «La situation est différente aujourd’hui. Avant, vous n’aviez que des journaux culturels pour vous informer sur ce domaine. Désormais, vous avez quantité de sites Internet et de blogues qui occupent aussi l’espace. Les médias traditionnels touchent aussi aux artistes indépendants et underground. Il ne faut pas oublier, enfin, que la population anglophone de Montréal est moitié moindre que la population francophone…»