Si la campagne officielle pour les futures élections municipales ne démarre que le 20 septembre prochain, force est de constater que certains candidats dans les grandes villes sont déjà dans les starting-blocks… et les journalistes aussi. Mais qu’en est-il en région? Éléments de réponses avec Stéphane Tremblay, journaliste qui couvre la scène municipale dans le Bas-Saint-Laurent, pour le compte de CIMT TV (Groupe TVA).

Si la campagne officielle pour les futures élections municipales ne démarre que le 20 septembre prochain, force est de constater que certains candidats dans les grandes villes sont déjà dans les starting-blocks… et les journalistes aussi. Mais qu’en est-il en région? Éléments de réponses avec Stéphane Tremblay, journaliste qui couvre la scène municipale dans le Bas-Saint-Laurent, pour le compte de CIMT TV (Groupe TVA).

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Pour l’instant, rien n’a démarré, affirme Stéphane Tremblay. Ou si peu. Au moins dans les petites municipalités, je ne vois rien bouger. Et on commence même à se faire du souci. Avec tout ce qu’on entend ici sur le maire de Laval, les maires de Montréal, etc., aura-t-on des candidats dans toutes les municipalités? Rien de moins sûr! Ce n’est pas très à la mode en ce moment la job de maire…»

Et encore moins dans le comté des Basques, depuis que le village de Saint-Médard, 200 habitants au compteur, a été placé sous la tutelle de la commission municipale du Québec en avril dernier, la mairesse et quatre de ses conseillers ayant donné leur démission. Les policiers de l’UPAC y ayant même fait une petite incursion en juillet dernier.

«Est-ce que quelqu’un va vouloir reprendre dans ces conditions?, se demande Stéphane Tremblay. En tout cas certainement pas des gens de qualité. Je couvre une région de tous petits villages. À Montréal et dans les grandes villes, on s’offusque des sommes faramineuses que gagnent les maires. À Rivière-du Loup, le maire gagne environ 20 000 $, mais dans la plupart des villages ici, ils sont tous bien en dessous de 10 000 $ par année. Du coup, la fonction n’attire que des retraités qui préfèrent passer leur journée à la mairie plutôt qu’avec la femme qu’ils ont depuis 50 ans. Ou des fermiers qui sont dans leurs champs toute la journée et qui le soir venu, mettent une chemise propre et vont régler quelques dossiers.»

Agression et intimidation

Une réalité qui pose problème à Stéphane Tremblay lorsqu’il est temps pour lui de faire une demande d’entrevue. À tel point qu’il a été victime d’une agression et d’intimidation à la sortie d’un conseil municipal à Saint-Jean-de-Dieu au mois de juin dernier.

«J’avais en ma possession un document susceptible de les mettre dans l’embarras et j’ai averti les élus que je le rendrai public et qu’ils avaient tout intérêt à répondre à mes questions, explique-t-il. Ils ont capoté, m’ont menacé et ont fini par m’empoigner. J’aurais pu porter plainte, mais je ne l’ai pas fait parce que j’assume les risques qui viennent avec mon métier.»

«Et puis, je ne crois pas que ce maire soit dangereux, poursuit-il. Il fait son travail, il consacre peut-être 70 heures par semaine à sa municipalité. Mais il ne sait pas comment gérer les médias et il est persuadé qu’il n’est absolument pas obligé de me répondre. C’est complètement puéril! Je suis en face d’un maire qui se cache littéralement pour ne pas me parler!»

«Pas le niveau»

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«Après l’incident, poursuit-il, ils ont convoqué une réunion pour en discuter avec moi. Ils voulaient m’amadouer. J’ai été obligé de leur expliquer mon rôle et leurs devoirs en tant que personnages publics. Voilà ce qui arrive quand la rémunération proposée aux élus n’attire que des gens qui n’ont pas le niveau.»

Stéphane Tremblay court le Bas-Saint-Laurent depuis dix-huit mois. C’est donc sa première campagne pour les municipales. Avant cela, il travaillait au Journal de Montréal.

«J’arrive avec tout ce bagage, raconte-t-il. J’ai l’habitude de brasser des affaires, d’être sur le terrain, de sortir des grosses histoires. Je travaille de la même façon depuis que je suis ici. Je fouille, j’enquête. Mais les maires n’ont pas l’habitude que des journalistes viennent mettre leur nez dans leurs petites affaires.»

Qui sont d’ailleurs souvent en réalité les petites affaires des Directeurs généraux, à en croire le journaliste.

10 000 angles différents

«Ce sont eux qui gèrent les gros dossiers en réalité, estime-t-il. Les maires s’en tiennent à faire ce qu’ils leurs demandent. Eux, ont les compétences, de bons salaires et c’est leur métier. Parce qu’à la décharge des maires, les municipalités ont tellement de choses à gérer et de responsabilités! C’est énorme tout ce que les gouvernements ont pelleté dans leur cour.»

La campagne n’a pas encore démarré et Stéphane Tremblay n’a pas vraiment réfléchi à la manière dont il va l’aborder. Mais ça ne l’inquiète pas.

«Rien qu’en vous parlant, je m’aperçois qu’il y aurait 10 000 angles différents, lance-t-il. Dans notre coin par exemple, il y a forcément des conflits d’intérêt parce que tout le monde est de la même famille dans un village. Est-ce qu’un maire doit donner un contrat à l’entreprise du village voisin, donc défavoriser sa municipalité, parce que la compagnie installée sur son territoire, appartient à son fils ou à son beau-frère?»

«Ailleurs, poursuit-il, j’ai un maire qui doit démissionner parce que la nouvelle loi sur l’éthique municipale interdit à un élu de faire de la collecte de fonds. Or, il travaille pour Centraide. Il va falloir choisir les sujets, mais une chose est certaine, on va avoir du travail!»