Les salariés de Québecor Media ont payé le plus lourd tribut cette année avec des coupures annoncées du côté de TVA et de Sun Media. TC Media s’est également vu amputer de quelques journalistes sur l’Ile de Montréal. Et si Gesca s’est séparé d’une dizaine de surnuméraires, il n’en reste pas mois que La Presse+ a généré une centaine d’embauches. Du côté des syndicats, les yeux sont cependant déjà rivés sur 2014, année de toutes les incertitudes.

Les salariés de Québecor Media ont payé le plus lourd tribut cette année avec des coupures annoncées du côté de TVA et de Sun Media. TC Media s’est également vu amputer de quelques journalistes sur l’Ile de Montréal. Et si Gesca s’est séparé d’une dizaine de surnuméraires, il n’en reste pas mois que La Presse+ a généré une centaine d’embauches. Du côté des syndicats, les yeux sont cependant déjà rivés sur 2014, année de toutes les incertitudes.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Les mauvaises nouvelles sont arrivées en cascade au printemps. D’abord TC Media, qui annonce fin avril, se séparer de onze de ses vingt-deux journalistes œuvrant dans les hebdomadaires montréalais. Puis TVA Groupe, qui coupe quatre-vingts dix postes, tout service confondu, début juin.

Vient alors le tour de Sun Media, qui dans le cadre de son plan de restructuration et d’optimisation, abolit d’abord trois cent soixante postes, à la grandeur du Canada, en plein milieu de l’été, avant de se résoudre à en couper deux cents de plus la semaine dernière. Rappelons que le groupe, propriété de Québecor Media avait déjà procédé à cinq cents licenciements en novembre 2012. Et si l’on ajoute à cela la vente, la semaine dernière, de ses soixante-quatorze hebdomadaires régionaux au Québec, au profit de TC Media, soit six cents salariés qui changent de mains, les effectifs canadiens du groupe passe de 5 000 à 3 200 employés en deux ans, soit une baisse de plus d’un tiers.

Une restructuration chez Sun Media, qui coûte cher humainement. Au Québec, trois hebdomadaires  régionaux ont disparu durant l’été, mettant à pied une trentaine de journalistes. Et si la plus récente vague de coupures ne touche pas les salles de nouvelles québécoises, à l’échelle du pays, c’est une cinquantaine de postes à l’éditorial qui va disparaitre.

Le cas de La Presse

Comparée à ce tableau plutôt morose, la situation chez Gesca semble bien plus rose. Si La Presse s’est séparée de neuf surnuméraires durant l’été, il n’en reste pas moins que la salle des nouvelles du quotidien montréalais est passée de  deux cent vingt cinq à trois cent cinquante journalistes, soit une augmentation de plus de 50%. En entrevue à Projet J, le mois dernier, Guy Crevier, président et éditeur de La Presse, assurait qu’il n’y aurait pas de vague de licenciements tant que le papier ne disparaitra pas. Il y aura alors un pupitre de trop, puisque les éditions de La Presse et La Presse+ sont fabriquées par deux équipes distinctes.

«Dire que la situation est rose est cependant exagéré, nuance Frédéric Murphy, président du Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse. Les défis sont grands avec La Presse+. Du point de vue patronal, on peut apparemment dire mission accomplie. D’un point de vue syndical, c’est plus complexe. Depuis juillet, c’est en fait une vingtaine de personnes qui ont quitté, mais il reste une centaine de surnuméraires à l’emploi, embauchés dans le cadre du plan iPad. Nous avions accepté cette précarité, parce que les inconnues étaient immenses à l’époque, tout en stipulant qu’on devrait statuer sur leur sort d’ici novembre 2014. Pour l’instant ils travaillent tous à temps plein dans l’entreprise, trente-cinq heures par semaine, et même plus. Si les patrons veulent se séparer de certains, c’est sûr qu’ils le feront avant novembre 2014, parce qu’après, ce sera plus difficile, ils auront à justifier le licenciement.»

Mais au-delà des mises à pied, les différents syndicats insistent sur la détérioration des conditions de travail, la précarité et la surcharge.

À Radio-Canada, les deux parties négocient le renouvellement de la convention collective depuis dix-huit mois. Un médiateur, nommé par le Fédéral, est venu à la rescousse à l’automne mais la dernière offre patronale a été rejetée à l’écrasante majorité de 94,5% par les syndiqués.

Augmentation de la charge de travail

«Il y a plusieurs points sur lesquels nous ne pouvions pas transiger, explique Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC). Le texte obligeait notamment les surnuméraires et les contractuels, à qui Radio-Canada n’offre pas un temps plein, à demander l’autorisation pour aller travailler ailleurs. C’est un irritant majeur pour nos membres précaires, et ils sont de plus en plus nombreux.»

«Les pertes d’emploi s’accumulent depuis 2009, depuis que les compressions budgétaires fédérales ont commencé et que dans le même temps, les revenus publicitaires chutent, ajoute M. Levasseur. Au syndicat, nous avons perdu pas loin de deux cents membres en quelques années. Surtout, la tendance que l’on observe, c’est que l’on a de moins en mois de gens qui ont le statut de permanent et de plus de statuts précaires, contractuels ou surnuméraires.»

Même constat du côté de TVA, où le syndicat des employés assure pourtant que les quatre-vingts dix coupures annoncées au printemps ont été complètement transparentes du côté des artisans de l’information.

«Aucun permanent n’a perdu son poste à ce moment-là et nous n’avons pas entendu parler de temporaires qui auraient perdu des heures de manière significative ou qui n’auraient pas été rappelés, assure Marc Portelance, vice-président information du syndicat. Mais ce qui nous inquiète, c’est la précarisation des employés. Aujourd’hui, 50% sont des temporaires à la salle des nouvelles. C’est un des points sur lesquels les discussions achoppent dans le renouvellement de notre contrat de travail. Nous souhaitons que les gens qui travaillent effectivement à l’année à TVA obtiennent le statut de permanent.»

Réintégrations chez TC Media

Une situation qui n’a rien d’anodin, puisqu’elle impacte la charge de travail, donc la qualité de l’information, assure-t-on à la SCRC.

«D’un côté, vous avez des coupures de postes, de l’autre une multitude de nouveaux médias sur lesquels il faut être présent, explique son président. La charge de travail s’est terriblement alourdie, ce qui n’est pas sans conséquence sur le stress, l’absentéisme, la démotivation, voire même l’invalidité.»

Surcharge également à La Presse, où s’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver un journaliste mécontent de travailler pour le format tablette, nombreux sont ceux qui soulignent cependant avoir plus de travail depuis l’arrivée de La Presse+.

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«Un comité conjoint, avec des représentants des employeurs et des employés, se penche d’ailleurs sur la question, avoue Frédéric Murphy. De notre côté, nous regardons les heures supplémentaires de chacun pour établir un portrait de la situation. C’est sûr que si tout le monde travaille quarante-cinq heures, il va falloir trouver des solutions.»

Surcharge encore du côté de TC Media, notamment depuis la perte de onze journalistes sur l’Ile de Montréal au printemps.

«Devant le tollé que cette annonce a généré, l’employeur a cependant décidé d’en réembaucher une poignée, explique Benoit Leblanc, président du Syndicat de l’information de Transcontinental. Il commençait notamment à y avoir de la grogne du côté des annonceurs, qui trouvaient moins intéressant de passer de la publicité dans un journal sans information.»

Gel des embauches?

«Cela dit, nous sommes parvenus à un accord avec la direction, et nous avons une nouvelle convention collective depuis une dizaine de jours, poursuit Benoit Leblanc. Nous en sommes plutôt satisfaits, mais notons tout de même que nous avons accepté de travailler deux heures hebdomadaires supplémentaires. C’est le gros morceau sur lequel nous avons reculé, en plus de céder tous nos droits d’auteur à l’employeur. Malgré cet accord, c’est une année difficile pour nous. Voir partir des collègues, ce n’est jamais facile. Et, même si cette politique n’est pas officielle, ce que nous voyons venir à l’horizon, c’est un gel des embauches. C’est à l’étude présentement. Maintenant, avec l’acquisition des titres de Sun Media, c’est très difficile de savoir de quoi sera fait l’avenir.»

Une politique de gel des embauches qui a cours ailleurs, notamment au Journal de Québec, où les journalistes qui partent à la retraite ne sont pas remplacés, sauf s’il faut respecter le plancher négocié, qui est de cinquante postes de rédacteurs et huit photographes, expliquait Sébastien Goulet, responsable des communications du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), à Projet J au printemps dernier.

Les salariés du Journal de Québec, comme ceux de TVA, eux aussi membres du SCFP, sont d’ailleurs actuellement en train de renégocier leur convention collective. Des négociations difficiles, à en croire Denis Bolduc, secrétaire général du SCFP, justifiant ainsi le fait de ne pas vouloir commenter.

«À TVA, nous sommes sans contrat de travail depuis le 31 décembre dernier, explique quant à lui Marc Portelance. En fait, l’année n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle aurait juste était meilleure si nous étions parvenus à nous entendre sur une nouvelle convention collective avec l’employeur. Mais nous sommes confiants d’y parvenir d’ici le printemps.»

2014, année de toutes les incertitudes

Du côté des différents syndicats, les yeux sont donc déjà tournés vers 2014, tant l’incertitude est grande. Si TC Media et La Presse sont arrivés cette année à une entente, plusieurs autres grands médias devront poursuivre la renégociation de leur convention collective, quand d’autres devront amorcer les discussions.

«C’est le cas au Devoir, mais surtout au Journal de Montréal, où les salariés travaillent aujourd’hui encore avec le contrat négocié au moment du lock-out», explique Pierre Roger, président de la Fédération nationale des communications (CSN-FNC), centrale qui représente le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal.

«C’est un dossier que nous allons suivre, ajoute-t-il. Mais 2014 sera aussi une grosse année parce que nous n’avons aucune idée de ce que TC Media va faire avec les hebdomadaires régionaux qu’il vient d’acquérir. Y-aura-t-il des disparition de titres, des fusions, des mises à pied? C’est assez prévisible. Nous allons beaucoup regarder de ce côté.»

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