L'audition des témoins dans le procès opposant le président de la firme d'ingénieurs S.M International à La Presse et à son journaliste d'enquête André Noël a débuté aujourd'hui. L'homme d'affaires Bernard Poulin réclame 300 000 dollars au quotidien pour atteinte à la vie privée.

Voir aussi: Intimidation judiciaire: les journalistes dans la mire

L'audition des témoins dans le procès opposant le président de la firme d'ingénieurs S.M International à La Presse et à son journaliste d'enquête André Noël a débuté aujourd'hui. L'homme d'affaires Bernard Poulin réclame 300 000 dollars au quotidien pour atteinte à la vie privée.

En octobre 2009 et en septembre 2010, La Presse et Cyberpresse ont publié des articles de M.Noël dans lesquels il révélait le contenu d'une communication téléphonique privée enregistrée à l'insu de M.Poulin et de son interlocuteur. L'homme d'affaires estime qu'il a été victime d'une violation de son droit à la vie privée et réclame des dommages moraux de 200 000 dollars et des dommages punitifs de 100 000 dollars.

La conversation téléphonique en question portait sur le dossier de la vente des terrains du Faubourg Contrecoeur dans l'est de Montréal. Le groupe S.M International a obtenu le contrat pour évaluer le degré de contamination des terrains. Sur la base de cette évaluation, la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) a soustrait 11 millions de dollars du prix de vente des terrains pour les frais de décontamination.

Or, dans la foulée d'une série d'enquêtes portant sur la collusion entre l'industrie de la construction et le milieu municipal, La Presse a révélé que les terrains étaient deux à trois fois moins contaminés que l'affirmait l'évaluation. Ils ont donc été vendus en deçà de leur valeur à l'entreprise Construction Frank Catania, qui s'en est portée acquéreuse en 2007. Le groupe y a érigé 1800 unités d'habitations avec l'aide de la Ville et de la SHDM.

La poursuite de M.Poulin est tombée le 18 octobre 2010. Depuis, dans le cadre de l'interrogatoire avant procès, l'avocat de La Presse, Me Raymond Dorais, a notamment tenté de savoir si l’homme d’affaires a déjà eu des relations d’affaires avec Tony Accurso et quel est le nombre et le montant des contrats obtenus par sa société avec la Ville de Montréal ou la SHDM. Il a fait valoir que le contexte entourant la conversation téléphonique est important et qu’il devait avoir une grande latitude afin d’amasser un maximum d’information pour la défense.

Mais la juge Dionysia Zerbisias a écarté les questions de Me Dorais y voyant «une tentative flagrante de violer la vie privée et d’obtenir illégalement des informations personnelles». Elle a également estimé que le journal utilisait cet interrogatoire pour pousser plus loin son enquête journalistique sur l'industrie de la construction. La Presse a porté cette décision en appel, mais sans succès.

Depuis le dossier du Faubourg Contrecoeur, d'autres conversations téléphoniques impliquant le président de S.M International sont parvenues aux médias. Pendant la dernière campagne électorale fédérale, un enregistrement impliquant M.Poulin et deux personnes présentées comme étant Tony Accurso et le sénateur conservateur Leo Housakos est tombé entre les mains des journalistes. Impliquant l'ancien attaché de presse du premier ministre Harper, Dimitri Soudas, les interlocuteurs y discutaient de nominations partisanes au Port de Montréal.

Les enquêtes journalistiques sur l'industrie de la construction valent de nombreux prix de journalisme aux enquêteurs québécois depuis 2010, mais aussi leur lot de poursuites. En mars dernier, Alain Gravel de l'émission Enquête à Radio-Canada a gagné une bataille juridique contre Construction Louisbourg. La firme tentait de forcer le journaliste à dévoiler l'identité de sources anonymes. Les tribunaux ont jugé cette poursuite abusive. Il s'agissait de la quatrième intentée par la firme de Tony Accurso contre le réseau public.

 

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