Par Éric Martin

Le mouvement altermondialiste tente de se faire entendre dans un espace médiatique occupé par le discours économique dominant et vidé de sa dimension symbolique. Devant la tendance du discours journalistique à formater les événements de façon à favoriser le point de vue dominant, les militants du mouvement altermondialiste ont développé différentes tactiques. La première implique de ruser avec les médias de masse en utilisant les relations publiques. La deuxième rejette toute interaction avec les médias corporatifs.

Voir aussi: GGI – Les manifestants s'en prennent aux médias et Occupons Wall Street à la Une

Par Éric Martin, originellement paru dans la revue Relations de novembre 2009

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Le mouvement altermondialiste tente de se faire entendre dans un espace médiatique occupé par le discours économique dominant et vidé de sa dimension symbolique.

Pour le mouvement altermondialiste, ou «mouvement pour la justice globale», les événements entourant la rencontre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle font figure de moment fondateur. D’une part, celui-ci y a affronté la répression de l’appareil d’État. D’autre part, à la violence s’est ajoutée celle, plus pernicieuse, du matraquage symbolique des médias capitalistes qui présentent les manifestants comme violents, irrationnels ou encore ridicules.

Un article du USA Today décrit les manifestations comme un «étrange jamboree où l’on trouve des gros-bras du monde syndical et des écolos (tree-huggers)». Le texte débute ainsi: «Le président Clinton veut mettre un “visage humain” sur le libre-échange, mais d’autres veulent plutôt lui faire un œil au beurre noir. [Un] immense fossé […] sépare ceux qui veulent harnacher la globalisation de ceux qui tiennent plutôt à l’arrêter.»

Infantilisés, ridiculisés ou associés au terrorisme, les altermondialistes tentent de faire entendre leur voix dans cet espace public médiatique conformiste et verrouillé. D’un côté, les médias insistent à satiété sur l’acceptation raisonnée du caractère naturel de l’économie capitaliste et sur l’inéluctabilité de la globalisation. De l’autre, ils mettent en scène des saboteurs peu crédibles, prêts à user de la violence. Les catégories à partir desquelles l’information est interprétée et livrée survalorisent le point de vue des sources officielles et tendent à marginaliser celui des contestataires, traités comme des mineurs dont le discours ne vaudrait pas la peine d’être entendu puisqu’il s’énoncerait depuis un lieu situé en dehors de la raison.

En 2007, le film Battle of Seattle, de Stuart Townsend, offre un récit moins méprisant et plus juste des événements. Malgré tout, les manifestants y sont encore une fois présentés comme des personnages unidimensionnels. Des faits que les militants ont tenu à rectifier à travers une «histoire populaire»: la Real Battle of Seattle

Sortir du cadre

Devant la tendance du discours journalistique à formater les événements de façon à favoriser le point de vue dominant, les militants du mouvement altermondialiste ont développé différentes tactiques. Celles-ci s’appuient sur un constat commun: les médias de masse ont un pouvoir de mise en forme symbolique qui détermine les catégories à partir desquelles sont rapportés et jugés les gestes publics. Ce pouvoir «gère» aussi les interrelations à la manière d’un gardien à un poste de contrôle, distribuant les autorisations d’accéder à l’espace public et d’y être jugé crédible en vertu de critères dictés par la reproduction de l’idéologie et de l’ordre social dominants.

 

Pour lire la suite de ce texte, rendez-vous sur le site de la revue Relations

 

Politologue et journaliste de formation, Éric Martin étudie la pensée politique au doctorat en science politique à l'Université d'Ottawa.