Un an après le séisme qui a secoué Haïti, l’attention médiatique consacrée au sort des Haïtiens a beaucoup diminué. Pourtant, la catastrophe a attiré une multitude de journalistes de partout dans le monde, prêts à capter l’ampleur du drame. À l’heure de la reconstruction, les journalistes semblent moins intéressés par Haïti, se déplaçant moins sur le terrain. Ce sont plutôt les catastrophes comme l’ouragan Thomas et le choléra qui ont à nouveau attiré les médias sur place. Une analyse d'Ali Dostie et Joannie Pelletier Marion, étudiants à l'Université Laval.

Collaboration spéciale: Ali Dostie et Joannie Pelletier Marion

Un an après le séisme qui a secoué Haïti, l’attention médiatique consacrée au sort des Haïtiens a beaucoup diminué. Pourtant, la catastrophe a attiré une multitude de journalistes de partout dans le monde, prêts à capter l’ampleur du drame. À l’heure de la reconstruction, les journalistes semblent moins intéressés par Haïti, se déplaçant moins sur le terrain. Ce sont plutôt les catastrophes comme l’ouragan Thomas et le choléra qui ont à nouveau attiré les médias sur place.

Historique des événements

La reconstruction d’Haïti reste oubliée des médias dans la couverture des dernières catastrophes naturelles. Si les médias en parlent, c’est parce que le Québec ou le Canada est impliqué, comme en témoigne l’article «Ottawa satisfait, six mois après» de Radio-Canada en juillet 2010. Le texte explique la contribution financière du gouvernement canadien à la reconstruction d’Haïti: «le gouvernement Harper a le sentiment d’avoir respecté ses engagements. La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, rappelle que le gouvernement a déjà versé 150 millions de dollars pour la phase d’urgence après le séisme».

Durant l’été, les médias n’ont que vaguement parlé d’un retour possible à l’école, ce retour étant décrit comme difficile et non positif, comme il est possible de lire dans l’article d’octobre dernier «Rentrée difficile pour les écoliers haïtiens» sur Cyberpresse. Les médias sont revenus sur Haïti lorsqu’une autre catastrophe naturelle menaçait de s’abattre sur le pays, soit l’ouragan Thomas.

Dans un deuxième article de l'AFP publié sur Cyberpresse, «Haïti: les faits marquants depuis janvier 2010», l’agence fait le décompte des évènements qui se sont passés dans le pays depuis le tremblement de terre. Le décompte se fait en nombre de morts: «8 novembre: Le passage de l’ouragan Thomas sur Haïti fait au moins 21 morts et 36 blessés en 48 heures. L’ouragan provoque de fortes inondations, faisant des milliers de sinistrés et propageant davantage le choléra».

Le passage de l’ouragan ayant été bref, les médias se sont consacrés sur l’épidémie de choléra. «Le choléra se répand vite en Haïti où tous les départements de l’île sont touchés, ce qui montre la nécessité d’efforts urgents pour enrayer l’épidémie, indique un rapport des Centres de contrôles des maladies (CDC) basés aux États-Unis», peut-on lire dans l’article «Le choléra se répand vite en Haïti».

Les élections présidentielles ont ensuite fait la manchette. Les médias ont alors dépeint des élections minées par des émeutes contre les Casques bleus de l’ONU accusés pendant un certain temps d’avoir emmené le choléra, la maladie et les morts sur l’île.

L’après-séisme: contre le silence médiatique

Dans les jours suivant le séisme, les médias ont été critiqués pour leur présence massive sur les lieux. Cela répond pourtant à une demande, comme l’explique Judith Lazar dans Communication (vol 14, no1): «dans une situation de crise, les gens s'intéressent plus aux informations, lisent plus les journaux […] qu'en temps calme». Les médias ont répliqué aux critiques en insistant sur les rôles des journalistes, notamment le rôle humanitaire. Paul Cauchon du Devoir explique que «le silence médiatique serait pire et le nombre de médias sur place est une garantie que l'organisation de l'aide sera surveillée».

Des médias comme observatoires

Ces arguments devraient toujours être valables après la catastrophe. D’autant plus que l’aide est toujours désorganisée. Or, la présence des médias est beaucoup moins marquée (et remarquée) lorsqu’il est question du très lent processus de reconstruction. Ils ont pourtant un rôle à jouer dans les suites moins flamboyantes de la catastrophe. Lors d’une table ronde organisée par l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à l’occasion de la journée de la presse, le 3 mai 2010, il a en effet été rappelé que les médias répondent à un droit fondamental de l’être humain.

Dans la rubrique «Haïti-Reconstruction: le rôle des médias» du réseau d’information haïtien Alter-Presse, Pierre Gotson croit qu’«une information fiable, documentée […] et disponible pour diverses audiences à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, s’avère indispensable pour favoriser l’expression et la vigilance citoyennes sur le processus de reconstruction. […] Nous voyons les espaces médiatiques comme des observatoires de la reconstruction d’Haïti».

Malgré le côté plus sombre de la couverture, il importe de souligner le bon travail de journalistes québécois s’étant déplacés à Haïti afin de témoigner de la reconstruction. Par exemple, le dossier «De l’espoir dans le chaos», d’Yves Therrien du Soleil, contient près de 15 articles parus du 4 au 19 septembre 2010. Ce journaliste s’est éloigné de Port-au-Prince et s’est intéressé, par exemple, au sort des paysans. Certains agriculteurs réussissent d’ailleurs à bénéficier d’un confort économique grâce à une diversité de cultures.

Yves Therrien a aussi alimenté un blogue dans lequel il relate de façon plus personnelle son expérience. Sans faire de reproches directement aux médias, il critique au passage notre vision occidentale d’Haïti: «J’ai pu voir l’autre visage Haïti, celui des paysans, pas celui de Port-au-Prince auquel nous, les Occidentaux, faisons tous référence en pensant qu’il n’y a rien ailleurs. […] C’est un autre visage que je découvre: sécurité, affabilité, confiance et débrouillardise». Évidemment, le bilan de son périple comporte aussi des aspects négatifs, mais le journaliste donne un peu d’espoir quant au sort du pays. Un tel travail mérite d’être souligné, alors que le contexte facilite le sensationnalisme, le découragement et le fatalisme.

Loi de proximité

Malgré les quelques journalistes de terrain, la reconstruction d’Haïti a surtout été traitée par des journalistes adoptant une position plus distante, celle d’observateur. L’intérêt des médias québécois envers Haïti s’explique, entre autres, par la présence d’une importante diaspora haïtienne à Montréal. La question de la reconstruction a été abordée, parce qu’il s’est passé quelque chose au Québec à ce propos. Par exemple, Marc Tison de La Presse a couvert, le 7 octobre dernier, le Forum d’affaires Haïti-Québec dont l’un des principaux enjeux était les intérêts des investisseurs québécois dans la reconstruction d’Haïti. Cet angle avait aussi été abordé le 2 mai par La presse canadienne dans un article traitant surtout des intérêts des entrepreneurs québécois.

C’est aussi par le biais de personnalités québécoises que les médias parlent de la reconstruction d’Haïti. Jacqueline Lessard, qui se consacre à aider les enfants haïtiens, a fait un passage remarqué à Tout le monde en parle afin d’amasser de l’argent pour rebâtir son orphelinat. Michaëlle Jean a également attiré l’attention des médias lors de son entrée en fonction à titre d’envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti. Dans un article paru dans Le Devoir, elle a déclaré qu’«il y a un besoin de coordination et de cohésion dans la foule vertigineuse d’interventions qui sont conduites en Haïti». l’artiste d’origine haïtienne Luck Mervil auprès du Centre d’étude et de la coopération internationale impliqué dans la reconstruction a également attiré l'attention médiatique.

À l’opposé de l’angle local, le point de vue international est aussi privilégié par les médias. En effet, l’argent qu’ont promis les États-Unis et qui tarde à arriver est un exemple de sujet ayant fait la manchette. En date du 29 septembre 2010, Cyberpresse indique que «pas un seul dollar sur les 1,15 milliard $US promis par les États-Unis pour l'aide à la reconstruction d'Haïti n'a été versé». Les enjeux financiers et politiques sont sans doute plus attrayants pour les médias que des bâtiments qui tardent à être construits.

[node:ad]