L'éditrice de l'hebdomadaire indépendant Accès Laurentides, Josée Pilotte, n'en démord pas. Dix jours après avoir accusé Quebecor d'asphyxier l'information régionale, elle récidive. Dans une seconde lettre adressée au patron du conglomérat, Pierre-Karl Péladeau, elle lui reproche de faire du dumping pour s'accaparer les annonceurs et éliminer ainsi les journaux concurrents.

L'éditrice de l'hebdomadaire indépendant Accès Laurentides, Josée Pilotte, n'en démord pas. Dix jours après avoir accusé Quebecor d'asphyxier l'information régionale, elle récidive. Dans une seconde lettre adressée au patron du conglomérat, Pierre-Karl Péladeau, elle lui reproche de faire du dumping pour s'accaparer les annonceurs et éliminer ainsi les journaux concurrents.

«Comment pouvez-vous «donner» des pages publicitaires à 150 ou 300$ alors qu'elles étaient 1 200$, voire 2 000$ à certains endroits sur le territoire québécois il y a un an à peine? Êtes-vous en train de dire aux annonceurs, qui sont le seul carburant des hebdos régionaux, que vous les avez arnaqués pendant des années?! Bien sûr que non, vous ne les avez pas arnaqués, puisque ces prix étaient justes. Ce sont vos nouveaux prix, destinés uniquement à vous accaparer le marché et occuper seul l'espace médiatique en région, qui sèment un doute sur votre logique d'affaires», écrit-elle.

Dans sa lettre précédente, elle écrivait: «Tu sais bien que l'on ne vit QUE de la vente de publicités, sans subventions ni autres revenus; nous ne sommes pas des journaux vendus, mais des journaux gratuits, pour le bien de notre communauté. Alors, comment peux-tu vendre tes pages de publicité dans des hebdos gratuits 10 fois moins chères qu’il a y 10 ans, bien que tous nos coûts de production ne cessent de grimper?». Mais, dans la réponse qu'elle lui a adressée, la vice-présidente exécutive pour le Québec de Sun Media – filiale de Quebecor –, Lyne Robitaille, n'a pas répondu à cette question qui touche au cœur de la guerre qui se joue sur le terrain des journaux locaux.

En entrevue à ProjetJ.ca fin août, Mme Robitaille se défendait de se livrer à une quelconque guerre déloyale. «Notre objectif n'est pas de créer une guerre de prix. On est habitué à travailler dans des marchés où il y a de la compétition. Par le passé, il y avait des marchés sans compétition, dans ce contexte de monopole les prix sont différents. Avec la concurrence, les prix sont fixés en fonction du marché, je pense que c'est ce qui est le plus sain et profitable pour les annonceur», expliquait-elle ajoutant que c'est en offrant aux annonceurs un accès à une vaste gamme de plateformes que Sun Media souhaite se démarquer.

Pourtant, Josée Pilotte n'est pas seule à dénoncer une guerre des prix. Sa première lettre a en effet suscité des centaines de réactions sur le site d'Accès Laurentides, dont celle de Jean-Claude Chamberland qui répond: «Je vis le même problème avec les journaux que je représente dans la région où j'habite. C'est effectivement une guerre très déloyale aux conséquences très importantes. J'en suis rendu à me demander si l'association des journaux du QC ne devrait pas demander au gouvernement de trancher en bon père de famille et imposer un prix plancher à la tarification des publicités». Roger Carrier écrit pour sa part: «Nous vivons la même situation dans les Bois Francs… Nous voyons arriver le bulldozer dont vous parlez. D'ici quelques années je m'attends à perdre mon emploi. Et peut-être avant…».

Globalement, les hebdomadaires accaparent aujourd'hui 13,1% des recettes publicitaires au Québec, selon le Guide annuel des médias Infopresse 2011 publié en septembre. Ils font donc mieux que les magazines (6,7%), la radio (6,3%) et l'affichage (5,6%). Sun Media possède aujourd'hui 32% des parts du marché en terme de tirage, selon l'association Hebdos Québec. Le groupe talonne ainsi le géant du secteur, Transcontinental, qui en détient 48%. À leurs côtés, les indépendants éditent 32 titres et assurent 20% du tirage.

 

Voir aussi:

Hebdo: une éditrice indépendante fustige Quebecor

 

 

 

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