Le Huffington Post Québec (HPQ) est en ligne depuis tôt ce matin. En visite à Montréal pour l'occasion, la grande patronne du géant américain, Arianna Huffington, s'est défendue de vouloir livrer concurrence aux médias d'ici bien établis. Devant un petit groupe de journalistes triés sur le volet pour une stratégie de communication bien huilée, elle a expliqué ce matin que l'heure n'était plus à la compétition et à la survie, mais à la collaboration et à la recherche de sens.

Le Huffington Post Québec (HPQ) est en ligne depuis tôt ce matin. En visite à Montréal pour l'occasion, la grande patronne du géant américain, Arianna Huffington, s'est défendue de vouloir livrer concurrence aux médias d'ici bien établis. Devant un petit groupe de journalistes triés sur le volet pour une stratégie de communication bien huilée, elle a expliqué ce matin que l'heure n'était plus à la compétition et à la survie, mais à la collaboration et à la recherche de sens.

«Faire une différence dans le paysage médiatique sclérosé»

Selon elle, les médias québécois n'ont pas à craindre l'arrivée de son plus jeune rejeton, car il ne débarque pas en conquérant guerrier, mais en émulateur. En pleine guerre des médias, le HPQ réfère à plusieurs autres sites d'informations dans un encadré situé au bas de sa page d'accueil, une pratique déjà implantée dans les autres satellites HuffPost. Comme partout ailleurs, le site fera également de l'agrégation d'information. Pour offrir à ses lecteurs «le meilleur du web», il les redirigera vers d'autres médias, n'hésitant pas même, à l'occasion, à mettre en une un simple lien vers l'exclusivité d'un autre.

Rejetant l'étiquette de parasite que lui vaut cette pratique, Arianna Huffington y voit une façon de faire qui ne peut qu'être bénéfique à tous. «Je pense que nous devons tous nous ajuster à la façon dont les gens consomment de l'information en ligne», a-t-elle expliqué. «Nous devons générer du trafic, de la valeur, des occasions de monétisation pour nos supposés compétiteurs parce que sur Internet ça ne marche pas comme dans l'imprimé. En ligne, plus les gens passent de temps sur la toile plus ils ont de chance d'atterrir chez nous, il faut donc les alimenter, s'assurer qu'ils restent.»

Selon l'éditeur et rédacteur en chef du HPQ, Patrick White, l'arrivée d'un nouveau joueur crée une concurrence saine «dans le paysage médiatique sclérosé du Québec» (son texte du jour). Néanmoins, il admet que son média ira chercher une part du marché publicitaire diminuant par la même occasion la part des joueurs déjà établis, dont il compte justement agréger les contenus. Notre collaborateur Jean-Hugues Roy s'entretient avec lui:

Les blogueurs: «une tempête dans un verre d'eau»

Impossible de parler des blogueurs sans évoquer la controverse que suscite le modèle d'affaires du HuffPost, qui tire profit du travail de très nombreux blogueurs non rémunérés  – ce qui lui vaut d'ailleurs une poursuite aux États-Unis. Pour Arianna Huffington, c'est «une tempête dans un verre d'eau». Face aux questions insistantes des journalistes, elle a expliqué qu'il s'agit d'un simple échange de bons procédés comparable à quand elle donne des entrevues gratuitement aux journalistes: le média obtient du contenu gratuitement, en échange, elle obtient une plateforme gratuitement. «Voyez-le comme un compte Twitter. Est-ce que vous êtes payé quand vous twittez? Twitter fait de l'argent, Facebook aussi!» À ce sujet, les billets de Marie-Claude Ducas et de Olivier Niquet apportent de l'eau au moulin.

Outre la rémunération des blogueurs, leur fiabilité et leur pertinence ont été vivement discutées. Comment savoir si Bruno Guglielminetti, à l'emploi de la firme de relations publiques National, ne vante pas incognito un de ses clients sur son blogue? Quel est l'intérêt de lire un blogueur militant, donc exprimant des opinions prévisibles? Que faire des blogueurs politiciens en période de campagne électorale? Chaque billet de blogue est revu avant publication et les blogueurs doivent tous respecter des règles strictes en matière d'exactitude, se sont défendus Arianna Huffington et Patrick White.

Quant aux militants, le HPQ n'attend pas d'eux des textes impartiaux, mais un sens de la discussion, donc une capacité à susciter des commentaires qui contrebalanceront leur point de vue et y apporteront de la profondeur. Idem pour les politiciens. Leur filiation politique étant clairement affichée, il ne sera pas nécessaire de les écarter en cas de campagne électorale, selon Patrick White. Reste à voir comment ceci s'articulera avec les règles sur le financement et les dépenses électorales. Pour le directeur des nouveaux médias de l'hebdomadaire culturel Voir, Simon Jodoin, qui a fait plusieurs sorties critiques contre le Huffington Post, il revient plutôt aux partis politiques de payer pour diffuser leur message dans les médias en achetant des espaces publicitaires et non aux médias de leur donner une tribune gratuite.

Interrogés par Jean-Hugues Roy, les chroniqueurs médias Stéphane Baillargeon et Marie-Claude Ducas s'expriment. Fidèle à ses habitudes, le journaliste du Devoir n'a pas laissé son esprit critique au placard, tandis que l'ex-rédactrice en chef d'Infopresse, qui a accepté de tenir une chronique au HuffPost, se montre plus optimiste:

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