Par Alice Musabende

Le
projet Rwanda Initiative de l’université Carleton célèbre son
cinquième anniversaire. Fondé par l’ancien journaliste du Toronto
Star
et professeur
de journalisme, Allan Thompson, ce projet a envoyé plus d’une
centaine de journalistes canadiens, anglophones et francophones, au
Rwanda pour enseigner le métier. Après cinq ans, le projet est à
la croisée des chemins. Son fondateur se questionne sur sa
pérennité.

Par Alice Musabende

Le
projet Rwanda Initiative de l’université Carleton célèbre son
cinquième anniversaire. Fondé par l’ancien journaliste du Toronto
Star
et professeur
de journalisme, Allan Thompson, ce projet a envoyé plus d’une
centaine de journalistes canadiens, anglophones et francophones, au
Rwanda pour enseigner le métier. Après cinq ans, le projet est à
la croisée des chemins. Son fondateur se questionne sur sa
pérennité.

Que
s’est-il réellement passé pour en arriver là? Je ne le sais que
trop bien. J’ai eu le privilège d’être là, tout au début de
l’aventure. Lorsque j’ai rencontré Allan Thompson à Butare au
sud du Rwanda en fin 2005, il avait cette lumière dans les yeux,
cette façon qu’ont les gens qui croient profondément en ce qu’ils
font. Il voulait commencer à établir des relations avec l’école
de journalisme où je terminais mon baccalauréat. Il voulait les
assister à la formation des journalistes mais aussi à la réforme
liée au curriculum académique ainsi que la facilitation à l’accès
au matériel journalistique, dont l’école était en dire besoin.

La
première école de journalisme du Rwanda, où je terminais mon
baccalauréat était encore jeune et en constant changement.
Plusieurs membres du corps professoral n’avaient pas de formation
journalistique requise et l’école avait besoin d’un appui solide
et à long terme. Le projet Rwanda Initiative arrivait à point
nommé.

Aujourd’hui
Thompson mesure l’impact de l’aventure non pas en observant la
situation actuelle des médias locaux, qui ne sontpas
au meilleur de leur forme, mais en évaluant son impact dans les
vies de toutes les personnes qui y ont participé.

Pour
toutes sortes de raison, mais surtout parce que le journalisme n’a
rien à voir avec le développement international dans son approche
nord-sud habituel. Le journalisme implique un changement de mœurs et
de mentalité et l’apprentissage est bien plus complexe qu’on ne
le voit. Et ça c’est l’idéal, toutes conditions réunies.

Au
Rwanda, ces conditions sont loin d’être réunies.

Au
fil des années, le projet a été confronté à des malentendus et
des problèmes de communications caractérisés par une
incompréhension presque totale du contexte politico-culturel du
Rwanda, une nation différente et journalistiquement blessée.
Enseigner le journalisme dans un pays qui sort d’un génocide est
une tache bien lourde. Et quand les médias ont été parmi les plus
grands instigateurs la tragédie, la tache devient presque
surhumaine.

Le
Rwanda, toutes classes confondues et toutes éthnies
confondues, se bat encore contre les démons médiatiques laissés
par les radios et journaux de la haine, à la veille du génocide des
Tutsis en 1994.

Dans
son allocution lors de l’anniversaire du projet, le général à la
retraite, Roméo Dallaire, a reconnu les difficultés d’enseigner
le journalisme au Rwanda. «Vous avez participé à la construction
de la liberté et la démocratie du pays, dans des conditions souvent
difficiles, et plusieurs de vos anciens étudiants ont des
difficultés à pratiquer ce métier librement, mais cela est tout à
fait prévisible dans un pays qui a été aussi brisé.»

Ce
qui serait déplorable, selon Dallaire, c’est que le Rwanda
Initiative arrête son partenariat avec les journalistes Rwandais
aujourd’hui. Son allocution passionnée a convaincu Thompson de
maintenir le projet pour quelques années encore. Tant que les fonds
le permettront.

Mais
ce genre de projet devrait être vu au delà de la question
financière. Si le but est que les cinq prochaines années soient un
succès, il faut redéfinir la relation du Rwanda Initiative avec
l’école de journalisme local, se concentrer sur des projets
modestes mais qui peuvent donner des résultats tangibles, tel la
réforme du curriculum pour l’adapter aux besoins locaux et au
contexte socio-culturel du pays. Il faudra également revoir comment
assister l’université à définir les notions aussi rudimentaires
que le nombre d’admission d’étudiants en journalisme, peut être
se baser sur les pratiques dans d’autres écoles de journalisme de
la région.

Ces
notions peuvent paraître simplistes, mais il y a malgré tout une
occasion en or de créer et définir les médias au Rwanda, le
terrain est ouvert. Mais il faudra y mettre l’énergie qu’il faut
là où il le faut, utiliser même l’expérience de la formation
canadienne en journalisme pour créer une formation complète et non
intermittente, avec un programme bien défini et adapté. C’est
seulement ainsi que dans cinq ans, on sera moins timide à mesurer
les réalisations du Rwanda Initiative, par la situation du
journalisme au Rwanda. Ou ailleurs.

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