Philippe Schnobb se lance aux côtés de Denis Coderre dans la course à la mairie de Montréal. En congé sans solde durant toute la campagne, la convention collective de Radio-Canada prévoit qu’il puisse réintégrer l’entreprise en cas de défaite en novembre. Mais pas en tant que journaliste.

Philippe Schnobb se lance aux côtés de Denis Coderre dans la course à la mairie de Montréal. En congé sans solde durant toute la campagne, la convention collective de Radio-Canada prévoit qu’il puisse réintégrer l’entreprise en cas de défaite en novembre. Mais pas en tant que journaliste.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Après 27 ans de bons et loyaux services en tant que journaliste à la SRC, Philippe Schnobb se lance en politique municipale.

«J’ai passé des années à aider les gens à comprendre le monde, il est temps que je les aide à le changer, explique-t-il en entrevue à Projet J. La politique, c’est une autre façon de servir. L’implication est plus directe surtout sur la scène municipale, où l’on est proche des problèmes de la population. Ce palier de gouvernement est le plus malaimé et pourtant, c’est celui qui m’a toujours le plus intéressé. Peut-être parce que je l’ai couvert pendant plusieurs années.»

Comme l’an dernier, lorsque Pierre Duchesne, alors correspondant de Radio-Canada à Québec, a annoncé sa candidature aux élections provinciales dans les rangs du PQ, se pose la question de l’impartialité. Depuis quand Philippe Schnobb réfléchissait-il? Était-il encore à l’antenne? A-t-il été amené à évoquer la scène municipale ne serait-ce que via sa couverture des réseaux sociaux?

Problème éthique

«Il a prévenu la direction qu’il réfléchissait sérieusement à se lancer en politique le 27 mai, relate Marc Pichette, directeur des communications de la SRC. Il a aussitôt changé d’affectation et a été retiré de l’antenne. Il est d’ailleurs en congé depuis trois semaines. S’il gagne les élections, il devra démissionner. S’il les perd, il pourra réintégrer l’entreprise mais avec une nouvelle affectation qui durera deux ans.»

[node:ad]

«C’est ce qu’on appelle le purgatoire et c’est prévu par la convention collective de Radio-Canada, précise Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire de recherche en éthique du journalisme à l’Université d’Ottawa. Ça peut paraître choquant qu’un journaliste qui a flirté de près avec la politique pendant quelques mois puisse revenir en poste, mais s’il fallait qu’il démissionne, le coût serait déraisonnablement élevé et on verrait peu de gens ayant un bon emploi partir en politique au risque de tout perdre. Ce serait dommageable pour la société.»

M. Bernier ne nie pas cependant le problème éthique que cela peut poser. «Il pourrait apprendre des choses durant la campagne, que par loyauté, il ne révélera pas ensuite, estime-t-il. Admettons que l’équipe Coderre perde les élections et que dans trois ans, ressorte un scandale sur le financement de sa campagne. Il pourrait se voir reprocher par ses collègues et sa direction de n’avoir rien dit.»

Retiré de la salle des nouvelles

Philippe Schnobb, quant à lui, ne veut pas croire en un tel conflit d’intérêts. D’abord parce que son objectif est de gagner, donc de ne pas réintégrer Radio-Canada. «Ensuite parce que si nous perdons, ce qui aura pu être dit ou fait durant la campagne n’aura plus d’intérêt pour personne, considère-t-il. Quoi qu’il en soit, non seulement, je ne reviendrai pas en ondes avant deux ans, mais je n’occuperai pas non plus une fonction journalistique.»

C’est d’ailleurs pour respecter l’éthique et la déontologie que le journaliste a décidé de se retirer de la salle des nouvelles et de partir en vacances quelques jours après avoir averti la direction de ses intentions. Depuis hier, il est congé sans solde.

«On ne peu pas être prisonnier de son passé et il est assez logique de voir des journalistes passer en politique, estime Marc-François Bernier. Ces deux fonctions sont assez proches et se sont longtemps confondues. Au 20ème siècle, on a tenté de bien dissocier les deux mais il y a encore une grande proximité et ce n’est pas malsain tant que le travail n’est pas partisan.

Je ne suis pas inquiet de voir des journalistes devenir politiciens, poursuit-il. Au contraire: ils connaissent généralement bien les dossiers. Je suis en revanche plus troublé de voir des politiciens devenir journalistes. Car on peut toujours se demander s’ils sont là pour rendre service au public ou à leurs anciennes amitiés.»