Demain, les syndiqués du Journal de Montréal, en lock-out depuis plus de deux ans, devront se prononcer sur ce qui semble être une offre finale de règlement de conflit. Incapable d'aller plus loin dans le processus de négociation, le médiateur, Jean Poirier, recommanderait en effet d'accepter les conditions de Quebecor, d'après Radio-Canada.

Demain, les syndiqués du Journal de Montréal, en lock-out depuis plus de deux ans, devront se prononcer sur ce qui semble être une offre finale de règlement de conflit. Incapable d'aller plus loin dans le processus de négociation, le médiateur, Jean Poirier, recommanderait en effet d'accepter les conditions de Quebecor, d'après Radio-Canada.

Ce conflit qui dure depuis maintenant 25 mois se terminera-t-il dans la dignité dans les prochaines heures? Il faudra attendre demain pour le savoir, mais les quelques lock-outés qui se sont exprimés jusqu'à présent ne semblent pas très optimistes exprimant même de la frustration à l'égard de leur syndicat. Le journaliste David Patry reproche par exemple à la CSN d'en dire davantage aux médias qu'à ses membres.

Pendant ce temps, ailleurs chez Quebecor, les journalistes du Journal de Québec, rentrés au travail en août 2008 après 16 mois sur le trottoir, se préparent déjà à un nouveau lock-out. Le président du syndicat de la rédaction locale, Denis Bolduc, a tiré la sonnette d'alarme il y a un mois, à l'occasion de la commission parlementaire sur les dispositions anti-briseurs de grève. Selon lui, le conglomérat déclenchera un nouveau lock-out au terme de l'actuelle convention collective, en août 2013.

Le lock-out de 1993

2013… vingt-ans tout juste après le premier lock-out de Pierre-Karl Péladeau au Journal de Montréal. S'il a pris les rênes de Quebecor en 1999, le fils du fondateur de l'entreprise, Pierre Péladeau, y a fait ses débuts en 1985 à la division des communications. Cinq ans plus tard, il propulse l'imprimerie familiale au second rang en Amérique grâce à l'acquisition des imprimeries américaines de Maxwell Graphics.

Dès lors, les choses se corsent. En 1993, il dirige la modernisation des techniques d'impression du Journal de Montréal, le navire amiral de l'entreprise. Un virage qui doit engendrer la mise à pied d'une bonne partie des pressiers. Pour y parvenir, Pierre-Karl Péladeau, qui estime qu'un lock-out est inévitable, élabore un plan de bataille. Son as: une usine désaffectée en Ontario où installer des rotatives entourées de gardes de sécurité et à l'abri de la loi anti-briseurs de grève québécoise.

À l'époque, cependant, Pierre Péladeau a encore la barre du paquebot bien en main. Il stoppe son fils après cinq mois de lock-out et offre aux pressiers licenciés jusqu'à 350 000 dollars. Quant à Pierre-Karl Péladeau, il est envoyé outre-Atlantique pour diriger Imprimerie Quebecor Europe, une nouvelle division du groupe.

La Presse 1971 et 1964

Décédé en 1997, Pierre Péladeau est encore réputé pour avoir toujours entretenu de bonnes relations avec son personnel et avoir développé une allergie aux conflits de travail. Il considérait qu'ils ouvraient la porte à la concurrence. Le Journal de Montréal est en effet lui-même né à la faveur du conflit à La Presse, en 1964, et a pris son essor en 1971 alors que son concurrent était à nouveau en crise.

Comme le lock-out au Journal de Montréal et le précédent au Journal de Québec, ceux qui ont marqué l'histoire du quotidien de la rue Saint-Jacques ont été attribués à l'impact des changements technologiques sur le nombre d'employés. La direction souhaitait en effet introduire de nouvelles technologies afin de réduire son personnel et ses coûts de production. La presse écrite canadienne connaissait alors une période de décroissance avec notamment la fermeture du Montréal-Matin en 1978 et celle du Montreal Star en 1979.

Cependant, contrairement aux lock-outs chez Quebecor, ceux des typographes de La Presse, en 1964 et 1971, ont paralysé le journal qui a complètement cessé de paraître. Les quotidiens de Quebecor continuent, eux, de circuler et même de prospérer, tout comme The Gazette entre 1993 et 2002. Pendant ces neuf années, bien que le quotidien anglophone n'ait pas disparu des kiosques, ses typographes étaient en lock-out. Des 63 mis sur le trottoir en 1993, il n'en restait que 11 en 2002. Ils avaient en moyenne plus de 55 ans.

 

Voir aussi:

Journal de Montréal: les syndiqués voteront samedi

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