En septembre dernier, André Pratte a présidé deux tables rondes au Congrès mondial de l'énergie. L'éditorialiste en chef de La Presse n'en était pas à sa première activité du genre. Il anime en effet régulièrement des évènements publics comme plusieurs autres personnalités des médias, dont Yanick Villedieu de Radio-Canada et Valérie Borde de l'Actualité ou encore Pierre Duhamel de Argent.

En septembre dernier, André Pratte a présidé deux tables rondes au Congrès mondial de l'énergie. L'éditorialiste en chef de La Presse n'en était pas à sa première activité du genre. Il anime en effet régulièrement des évènements publics comme plusieurs autres personnalités des médias, dont Yanick Villedieu de Radio-Canada et Valérie Borde de l'Actualité ou encore Pierre Duhamel de Argent.

Interdire ou baliser?

Pourtant, il s'agit d'activités parajournalistiques sensibles, car elles peuvent créer des conflits d'intérêts ou laisser planer une apparence de conflit d'intérêts, explique le professeur Marc-François Bernier, titulaire de la Chaire en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa. C'est pour quoi, «en règle général les codes d'éthique sont clairs: ce sont des activités à éviter pour éviter de se placer en conflit d'intérêts», souligne-t-il.

Le Conseil de presse du Québec (CPQ) conseille en effet «que les médias se dotent d’une politique claire et de mécanismes de prévention et de contrôle adéquats en cette matière» et les appliquent à «l’ensemble des secteurs d’information, que ceux-ci relèvent du journalisme d’information ou du journalisme d’opinion».

Contrairement, à Marc-François Bernier, le secrétaire général du CPQ, Guy Amyot, n'est cependant pas catégorique. Selon lui, il n'y pas lieu d'interdire complètement les activités parajournalistiques. Néanmoins, il faut les baliser. En premier lieu, il préconise que l'activité du journaliste se résume à l'animation du débat, soit à la mise en valeur des opinions du public et non pas des siennes. Deuxièmement, il faut que la rémunération offerte soit au plus symbolique pour que le journaliste ne développe pas une dépendance économique par rapport à cette activité.

Ce sont les balises qui dictent les activités parajournalistiques de plusieurs. Josée Thibeault, la correspondante parlementaire à Québec de Radio-Canada, s'adonne par exemple rarement à ce type d'activités. La remise des prix de l'Université du Québec (UQ) est une des rares exceptions à son agenda . «Je ne le fais pas pour l'argent. Je le fais parce que l'UQ est mon alma mater et que la remise des prix n'a aucune implication politique», explique-t-elle.

Que disent les codes d'éthiques?

À La Presse, c'est du cas par cas. «En règle générale, pour les journalistes, c'est non. C'est une manière de préserver leur objectivité. Cependant, plusieurs sont aussi des spécialistes dans leur domaine, donc ils sont sollicités à titre d'experts. Nous devons rester ouverts à ça», explique le directeur de l'information, Mario Girard. Il précise que les chroniqueurs ont pour leur part plus de liberté, mais que dans tous les cas le journal recommande de refuser toute rémunération.

À Radio-Canada, selon les normes et pratiques journalistiques, les journalistes «ne doivent pas exploiter leur position à la Société ou leurs liens avec elle à des fins personnelles», ni «offrir des services reliés à leur profession ou à leur spécialité dans la Société à des personnes ou à des entreprises de l'extérieur». Dans les deux cas, ils peuvent cependant demander et obtenir des autorisations spéciales pour déroger à la consigne. Comme à La Presse, une évaluation au cas par cas est donc faite.

Une plainte à l'ombudsman de Radio-Canada

La philosophie du «cas par cas» laisse finalement une grande marge de manœuvre aux rédactions et crée un doute au sein du public. En effet, l'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, a déjà reçu une plainte relative à cette question. Un auditeur a en effet mis en doute la neutralité de Françoise Guénette, responsable de la revue de presse matinale de l'émission hebdomadaire Ça me dit de prendre le temps à Québec, mais aussi animatrice régulière de grands débats publics et journaliste pour la publication féministe La Gazette des femmes.

Françoise Guénette a expliqué être «convaincue qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts entre son travail d’animatrice et sa revue de presse, car elle n’est pas intervieweuse à Radio-Canada. Elle ne peut donc se retrouver dans la délicate situation d’interviewer un organisme qui, par ailleurs, la rémunérerait en tant que modératrice de débat», peut-on lire dans la révision de l'ombudsman.

Pour sa part, Julie Miville-Dechêne a invité la société publique à être vigilante, car «les activités extérieures rémunérées des chroniqueurs ou des journalistes peuvent créer une perception de parti pris ou de conflit d’intérêts à l’antenne». Elle n'a cependant pas blâmé la journaliste, car il lui semblait injuste de lui faire porter le poids de cette réflexion étant donné qu'elle n'est à l’emploi de Radio-Canada qu'une journée par semaine.

Pour l'ombudsman, il s'agit d'un dossier délicat a traité du fait, notamment, des statuts très variables des journalistes. Il n'en demeure pas moins important, car «des têtes d’affiche de Radio-Canada font ou ont fait de l’animation rémunérée de colloques et de débats de toutes sortes» souligne-t-elle. Parmi ces têtes d'affiches, on compte Marc Laurendeau, qui jusqu'à récemment était responsable de la revue de presse à l'émission C'est bien meilleur le matin à la Première chaîne. Celui-ci a rejeté notre demande d'entrevue, tout comme André Pratte de La Presse.

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