Une centaine de participants a assisté hier aux états-généraux du journalisme indépendant à l’appel de l’AJIQ, qui célébrait en grande pompe son vingt-cinquième anniversaire. Une journée pour réfléchir à l’avenir de la profession, avec pour fil conducteur, la négociation collective.

Une centaine de participants a assisté hier aux états-généraux du journalisme indépendant à l’appel de l’AJIQ, qui célébrait en grande pompe son vingt-cinquième anniversaire. Une journée pour réfléchir à l’avenir de la profession, avec pour fil conducteur, la négociation collective.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Pas une personne invitée à prendre le micro hier au Hilton Bonaventure de Montréal qui ne l’ait évoquée. Encouragée par les résultats d’un sondage mené en aout auprès des journalistes indépendants et affirmant que 74% des répondants voyaient la négociation collective comme l’une des principales solutions pour sortir la profession de la précarité, l’AJIQ n’a cessé de marteler qu’elle se battrait bec et ongle pour obtenir ce droit.

«Il s’agirait pour les journalistes indépendants de nommer des représentants qui négocieraient en leur nom des conditions plancher, a rappelé Nicolas Langelier, ex-président de l’AJIQ et fondateur du magazine Nouveau Projet. Ces conditions pourraient comporter un contrat type avec des critères sur la rémunération, les possibilités de republication, des clauses concernant les droits d’auteur et les droits moraux, etc.»

«Les artistes l’ont obtenue, mais aussi d’autres professions comme les techniciens en cinéma ou en télévision ou encore les éducatrices en milieu familial, a-t-il ajouté. Pourquoi les journalistes indépendants, au regard du rôle qu’ils jouent dans la société, en seraient-ils privés?»

Bugingo, Payette et Corriveau

Une revendication soutenue par les trois invités d’honneur de l’événement.

«La situation du journalisme est pathétique et ce n’est pas la loi du marché qui va régler le problème, a plaidé Dominique Payette, professeure, auteure d’un rapport sur l’avenir de l’information au Québec. Il y a un déséquilibre sérieux entre les journalistes et les entreprises de presse. C’est très difficile de négocier des clauses professionnelles adéquates même pour les journalistes syndiqués. Alors, imaginez un pigiste! Ils doivent pouvoir négocier collectivement des conditions décentes.»

«Je ne suis pas de ceux qui pensent que la pauvreté est une vertu dans notre métier, a surenchéri François Bugingo, présentateur de 30 sur le radar à LCN et qui se définit lui-même comme un journaliste indépendant. La précarité est au contraire l’ennemie de l’indépendance. Si nous voulons rester indépendant dans notre tête, dans notre façon d’exercer notre métier et avoir ainsi le courage de proposer des changements pour la société, nous devons tous avoir un niveau de vie décent.»

Quant à Raymond Corriveau, ex-président du Conseil de presse du Québec, il a raconté avoir lui aussi été un temps de ceux que l’on congédiait le vendredi soir pour les réembaucher le lundi matin afin qu’ils ne soient pas permanents.

«Votre combat est loin d’être d’arrière-garde, a prévenu celui qui a quitté le journalisme pour enseigner à l’université. Au contraire, il en va de l’avenir de toute la profession car les modèles d’affaires des entreprises de presse font en sorte qu’il y aura de moins en moins de permanents dans le futur.»

«Aidez-nous à vous aider!»

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La négociation collective est le fer de lance de l’AJIQ depuis sa création il y a vingt-cinq ans. Les présidents successifs de l’association ont pris ce dossier à bras le corps sans grand succès jusqu’à ce jour.

«À chaque fois que nous avons rencontré les ministres, nous nous sommes fait dire que rien ne leur assurait que c’était véritablement une demande appuyée par toute la profession, a affirmé Nicolas Langelier. Aujourd’hui, nous avons un sondage qui dit que nous sommes trois sur quatre à penser que c’est la meilleure solution. Il faut  battre le fer pendant qu’il est chaud et faire aboutir ce dossier.»

«Aidez-nous à vous aider!, a lancé l’actuelle présidente de l’AJIQ, Mariève Paradis. Faites du bruit sur les réseaux sociaux, montrez que vous existez et que vous voulez que ça change. Et nous, on va faire la job. Pour avoir le public derrière nous, il faut bien lui faire comprendre que de notre précarité découle forcément une information de moindre qualité, ce qui n’est pas sans conséquence sur notre démocratie.»

Vaste étude

Une conviction largement partagée dans la salle Mont-Royal du Hilton Bonaventure, sans pour autant pouvoir s’appuyer sur des études susceptibles de convaincre les plus sceptiques et les moins enclin à faire en sorte que les conditions de pratique des journalistes indépendants changent.

À ce sujet-là, Guy Amyot, secrétaire général du Conseil de presse, a pris la parole pour annoncer qu’une étude qualitative avait été menée sur le sujet par son équipe. Étude dont il ne pouvait révéler hier les résultats mais que son Conseil d’administration a jugés assez intéressants pour aller plus loin et lancer cette fois une étude quantitative. Pour ce faire, l’ensemble des journalistes québécois, indépendants, permanents ou autres, recevront ainsi d’ici quelques semaines, un vaste questionnaire.

Sûr que l’AJIQ sera impatiente d’en connaître les conclusions, espérant pouvoir s’appuyer sur elles pour obtenir enfin gain de cause dans ce dossier de la négociation collective.

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