Trente ans après l'adoption de la Charte, qui fait de la liberté de presse une liberté fondamentale, les journalistes ne sont toujours pas libres d'action dans tribunaux canadiens. Un travail d'éducation s'impose auprès des juges pour qu'ils respectent la liberté de presse, ont martelé plusieurs participants à un colloque qui se tenait la semaine dernière à l'Université Ryerson, à Toronto.

Voir aussi: Interdiction de filmer dans les tribunaux et Liberté de presse: droit et devoir

Trente ans après l'adoption de la Charte, qui fait de la liberté de presse une liberté fondamentale, les journalistes ne sont toujours pas libres d'action dans tribunaux canadiens. Un travail d'éducation s'impose auprès des juges pour qu'ils respectent la liberté de presse, ont martelé plusieurs participants à un colloque qui se tenait la semaine dernière à l'Université Ryerson, à Toronto.

Les journalistes sont libres de circuler dans la plupart des palais de justice du pays, y compris dans les salles d'audience. Néanmoins, ils sont priés de laisser leurs caméras, leurs microphones et leurs enregistreuses dehors et, bien souvent, ils sont obligés d'éteindre les fonctions de transmission de leurs téléphones. La diffusion d'enregistrements officiels des audiences est également proscrite.

En Ontario, depuis 1974, les caméras sont complètement interdites dans l'enceinte des tribunaux. Les cameramen sont relégués sur le trottoir. Au Québec, depuis 2005, il est interdit de filmer les témoins et les accusés au sortir des salles d'audience ou de les interviewer dans les corridors des palais de justice. Néanmoins, des endroits spécifiquement aménagés sont disponibles pour des entrevues.

Les journalistes doivent par ailleurs demander la permission de tweeter pendant un procès. Très souvent, cette autorisation leur est refusée sous prétexte que les téléphones intelligents interfèrent avec le matériel de transmission légal, a déploré Me Christian Leblanc, vice-président de l'Association canadienne des avocats de médias. Dans ces conditions, les reporters doivent sortir des salles d'audience pour envoyer leurs tweets, comme ça a été le cas récemment pendant le procès Shafia.

Pour les juges, il s'agit de protéger les témoins et les victimes, et de veiller au bon déroulement des procès. Mais, pour le conseiller juridique senior de CBC, Me Daniel Henry, qui est un fervent défenseur de la place des caméras dans les tribunaux, ces règles ne sont ni plus ni moins qu'une entrave à la liberté de presse et au droit à l'information, soit une violation de la Charte canadienne des droits et libertés. «Le public veut voir ce qui se passe dans nos tribunaux et il a le droit de savoir», a-t-il martelé.

La professeure Mary McGuire, de l'Université Carleton, a pour sa part déploré les réticences des juges à l'égard de Twitter. Elle a expliqué que, utiliser comme un outil journalistique, Twitter donne naissance à une toute nouvelle narration journalistique qui enrichit l'information. De plus, contrairement aux transcriptions officielles, chaque journaliste qui tweete pendant un procès donne une perspective différente sur le dossier, contribuant ainsi à une meilleure compréhension des enjeux.

Conseiller juridique du Toronto Star et professeur à l'Université Ryerson, Me Bert Bruser a pour sa part ajouté que ne devrait être frappé d'interdit de publication que les causes de l'ordre de la curiosité publique. Pour lui, même quand il s'agit de causes privées, si leurs implications sont d'intérêt public elles devraient pouvoir être librement rapporter par les médias. Il a précisé que personnaliser un dossier d'intérêt public permet aux médias de toucher davantage le public et les décideurs et de pousser au débat public et à l'action politique et sociale.

Dans cette mesure, Mme McGuire a souligné qu'au lieu de considérer les médias comme des ennemis, les juges devraient les voir comme des alliers pour renforcer la confiance du public à l'égard du système de justice. Dans la foulée, l'avocate Marlys Edwardh, du cabinet Sack Goldblatt Mitchell LLP, a rappelé que «la liberté de presse est une condition essentielle aux autres libertés». «Que vaudrait le droit de vote sans information?», a-t-elle questionné.

L'éditeur du Toronto Star, Michael Cooke, qui participait lui aussi à l'évènement, a quant à lui invité ses collègues à être plus combatifs face aux élites politiques et judiciaires pour les empêcher d'agir derrière des portes closes. «Nous acceptons le mot «confidentiel» alors que nous devrions parler de secret», a-t-il lancé. Dans la même veine, le journaliste Robert Koopmans du Kamloops Daily News, a invité ses collègues à devenir des «avocats guérilleros» pour défendre leurs droits.

 

Voir aussi: Le procès Turcotte vu par une illustratrice

 

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