Il y a maintenant 15 jours, le correspondant parlementaire de CTV à Québec, Kai Nagata, tournait le dos au journalisme avec fracas jugeant que ce métier, tel qu'il est pratiqué à la télévision particulièrement, se vide de son sens. Depuis, plusieurs journalistes ont réagi, témoignant leur passion renouvelée pour la profession, dont Mike Armstrong de Global et Sandra Thomas du Vancouver Courrier.

Il y a maintenant 15 jours, le correspondant parlementaire de CTV à Québec, Kai Nagata, tournait le dos au journalisme avec fracas jugeant que ce métier, tel qu'il est pratiqué à la télévision particulièrement, se vide de son sens. Depuis, plusieurs journalistes ont réagi, témoignant leur passion renouvelée pour la profession, dont Mike Armstrong de Global et Sandra Thomas du Vancouver Courrier.

Contrairement à Kai Nagata, Mike Armstrong a plusieurs années d'expérience sous la cravate. Entré chez Global en 1997, il a notamment couvert la crise du verglas, la guerre en Afghanistan, l'ouragan Katrina et, dernièrement, le tremblement de terre en Haïti. Selon lui, les critiques de son jeune collègue sont méprisantes à l'égard de professionnels passionnés qui, parfois, mettent leur vie en danger pour servir l'intérêt public.

Même son de cloche du côté de Sandra Thomas selon qui Kai Nagata n'a pas saisi la raison d'être de la profession: le service à la communauté. «Je ressens une responsabilité profonde à l'égard des lecteurs qui prennent le temps de nous téléphoner ou de nous écrire parce qu'ils sont victimes d'injustices. (…) en tant que journaliste, j'ai l'obligation de trouver et de publier la vérité peu importent les pressions ou les risques que cela implique», écrit-elle.

Concernant la superficialité que Kai Nagata attribue à la télévision, Mike Armstrong admet que toutes les histoires racontées au petit écran ne sont pas «incroyablement importantes», mais il estime que ce médium permet de raconter des choses que les autres ne peuvent pas. «Vous pouvez écrire une histoire marquante sur les inondations du printemps, mais montrer quelqu'un manœuvrant un bateau sur sa rue, ou une mère éplorée, ça parle beaucoup», écrit-il.

Le stéréotype du journaliste télé superficiel

Mais pour la professeure Colette Brin, qui enseigne le journalisme à l'Université Laval, ces réponses n'ont pas réussi à contrecarrer le cri du cœur de Kai Nagata. Selon elle, le journalisme télévisuel doit faire bien plus que de travailler sur l'émotion. Or, le récit de Mike Armstrong perpétue «le stéréotype du journaliste télé un peu superficiel» accolé à ce média, en particulier dans les entreprises privées, sans répondre aux préoccupations éthiques de l'ex-journaliste de CTV.

Selon elle, c'est notamment pour ces préoccupations que le texte de Kai Nagata a eu un tel impact et que beaucoup de journalistes s'y sont retrouvés. Elle précise cependant que les critiques et inquiétudes du jeune homme ne sont pas inédites. En effet, en 1958, Edward R. Murrow de CBS s'inquiétait déjà, devant un comité du Congrès américain, de la superficialité des médias électroniques, du poids des faits divers et du divertissement. Lui aussi mettait notamment en cause la pression des annonceurs sur l'indépendance des salles de rédaction.

L'année dernière, le correspondant parlementaire de TVA, Alexis Deschênes, quittait lui aussi la profession, désabusé. «Ça faisait longtemps que je me demandais si j'aimais vraiment ma job. Ce n'est pas normal quand on a un peu l'impression de passer à côté de sa vie», déclarait-il au Soleil. Il se disait alors inquiet quant aux conditions de pratique du journalisme. «La liberté de la presse est mise à mal. J'ai fait mes batailles au quotidien, mais j'ai constaté que ce n'est pas un combat qui est terminé», déclarait-il en se lançant dans des études de droit.

Gare à ceux qui veulent changer le monde

Colette Brin confie avoir des anciens étudiants qui luttent avec leurs idéaux sur le marché du travail, car ils sont face à des employeurs dont ils ne partagent pas les orientations éditoriales et éthiques. «Ils ne sont pas d'accord avec leurs assignations, mais ne parviennent pas à négocier avec leur patron pour faire les choses autrement. Dans ce contexte, ils deviennent des exécutants. C'est triste.»

L'enseignante estime cependant que tourner le dos à la profession est loin d'être une solution. Inquiète de la persévérance des jeunes sur le marché du travail, elle les encourage à s'accrocher «pour brasser la cage de l'intérieur». Pour y parvenir, cette ancienne journaliste conseille d'entretenir «une certaine modestie sur ce qui est possible d'accomplir en faisant ce métier, pour atteindre un équilibre entre la passion et la lucidité». «Ceux qui veulent changer le monde seront inévitablement déçus», prévient-elle.

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