À l’approche des élections, nombreux sont ceux qui hésitent encore: voter utile ou par conviction? Avec son cœur ou sa raison?

En suivant la campagne avec un peu d’assiduité, on peut comparer les programmes des partis et évaluer la confiance qu’on accorde aux chefs pour guider son choix. On peut aussi garder un œil sur les sondages –tout en se rappelant leurs limites. Mais au-delà de la «course de chevaux», des propositions partisanes et de la bulle médiatique (y compris les médias sociaux), la campagne locale, celle des candidats sur le terrain, a encore son importance.

Par Colette Brin, originellement paru sur le blogue Contact de l'Université Laval.

À l’approche des élections, nombreux sont ceux qui hésitent encore: voter utile ou par conviction? Avec son cœur ou sa raison?

En suivant la campagne avec un peu d’assiduité, on peut comparer les programmes des partis et évaluer la confiance qu’on accorde aux chefs pour guider son choix. On peut aussi garder un œil sur les sondages –tout en se rappelant leurs limites. Mais au-delà de la «course de chevaux», des propositions partisanes et de la bulle médiatique (y compris les médias sociaux), la campagne locale, celle des candidats sur le terrain, a encore son importance.

Le facteur de proximité: au-delà du visage sur la pancarte

Un candidat local fera valoir sa connaissance des enjeux locaux et du milieu de vie pour susciter l’adhésion des électeurs, surtout s’il fait face à un adversaire «parachuté». Mais encore faut-il qu’il se fasse voir et entendre.

Car les médias –en particulier la télévision– s’attardent en priorité à la tournée des chefs. Chaque jour, dans des décors soigneusement choisis, entourés de quelques-uns de leurs candidats hochant docilement la tête, ils présentent des éléments de leur programme, critiquent celui de leurs rivaux, réagissent aux incidents de parcours et tentent du mieux qu’ils peuvent d’éviter les gaffes –ou de recoller les pots cassés. Une mise en scène savamment orchestrée, au final assez artificielle et franchement peu imaginative, mais qui se reproduit malgré tout d’une élection à l’autre.

À l’inverse, les candidats locaux sont quasiment invisibles dans les grands médias. À moins que la course soit très serrée, qu’un d’entre eux ait une très forte notoriété –un ministre sortant ou un candidat dit «vedette»– ou commette une bourde majeure. Une des exceptions, la série de reportages du journaliste Patrice Roy, de Radio-Canada, comme celui fait dans la circonscription de Beauce-Sud.

Le porte-à-porte, les épluchettes de blé d’Inde et autres activités communautaires restent des moyens de communication incontournables. Pour les citoyens, les débats entre candidats sont particulièrement utiles, car ils permettent d’évaluer leur habileté à défendre leurs idées face à leurs adversaires et d’examiner les propositions partisanes sous un angle local. Mais rien n’oblige les candidats à y participer, surtout s’ils ont une bonne avance dans les sondages ou s’ils préfèrent éviter les attaques croisées des autres partis.

Je signale à titre d’exemple deux débats dans la région de Québec:

– Candidats dans la circonscription de Lévis à la Première chaîne de Radio-Canada;
– Candidats de la région de Québec, à l’initiative de la CADEUL, le 28 août, diffusé sur la chaîne de webtélé du journal étudiant Impact Campus.

[node:ad]

Les médias locaux ou de proximité, sous leur forme traditionnelle –hebdos, radios et télés communautaires– ou sur Internet, sont une source d’information précieuse pour les électeurs et une vitrine fort appréciée des candidats. Le mandat communautaire des médias locaux fait en sorte que le traitement y est généralement assez favorable aux candidats, tout en maintenant une ligne éditoriale non partisane.

La formule du portrait des candidats y a souvent la cote, comme dans l’hebdo Le Carrefour de Québec et le blogue Monlimoilou.com; le média hyperlocal RueMasson, dans le quartier Rosemont à Montréal, offre une couverture électorale diversifiée.

Les médias locaux ont tout de même certaines faiblesses: les journalistes y sont peu nombreux et souvent peu expérimentés, faiblement rémunérés ou bénévoles; en outre, la dépendance à l’égard des annonceurs et des sources institutionnelles menacerait leur indépendance. En région éloignée, les médias couvrent un très vaste territoire et se trouvent encore plus isolés.

Partis établis et émergents: la «machine» et la fraîcheur

Dans la campagne de terrain, les partis établis ont une longueur d’avance: ressources importantes, expérience électorale, base d’appuis traditionnels, relations bien tissées avec les élites locales, candidats plus visibles dans les grands médias.

Mais les formations émergentes et autres tiers partis peuvent compenser par leur créativité, leur souplesse, l’enthousiasme de leurs bénévoles avides de changement. Leur message tend à être plus cohérent sur le plan idéologique et elles exploitent souvent mieux les nouveaux moyens de communication. Dans la circonscription de Taschereau, une vidéo de Catherine Dorion, candidate d’Option nationale, a connu un certain succès sur YouTube. Grâce à Facebook qui permet de diffuser rapidement des invitations à des événements, on a vu le retour des assemblées de cuisine et autres rencontres informelles avec les candidats.

Ces efforts seront-ils récompensés dans l’urne? Difficile à savoir. Les médias sociaux peuvent favoriser la mobilisation et cultiver un certain esprit de communauté, mais ils exigent beaucoup de temps et d’énergie et atteignent au final un nombre assez restreint d’électeurs. Leur usage est encore au stade expérimental, leur impact reste difficile à évaluer –et ils sont aussi une source de bruit et d’amplification des aspects négatifs de la campagne médiatique.

Par ailleurs, le facteur de proximité n’est pas toujours déterminant. Lors des élections fédérales de 2011, plusieurs candidats néo-démocrates peu expérimentés et peu présents sur le terrain ont été élus à la faveur de ce que les médias ont baptisé la «vague orange». Pour être bien représenté, mieux vaut se renseigner un peu sur la personne avant de lui accorder notre vote.

Voir aussi le Site Web du Directeur général des élections du Québec.

Colette Brin est professeure titulaire au Département d'information et de communication de l'Université Laval et membre du comité éditorial de ProjetJ.