Les langues se délient du côté de La Presse. Après avoir annoncé que l’application pour tablette serait lancée le 18 avril prochain, on sait maintenant qu’elle sera… gratuite!

 

Les langues se délient du côté de La Presse. Après avoir annoncé que l’application pour tablette serait lancée le 18 avril prochain, on sait maintenant qu’elle sera… gratuite!

Par Hélène Roulot-Ganzmann                    

C’est sous la signature de Guy Crevier lui-même, d’abord par voie de communiqué mercredi soir, puis hier matin dans les colonnes de son journal, La Presse, que la nouvelle est tombée. Une double page, rien de moins! Comme prévu, l’application La Presse+ arrivera sur les tablettes le 18 avril prochain. Mais contre toute attente, elle sera gratuite

« C’est aujourd'hui avec plaisir que nous annonçons que l’abonnement à La Presse+ sera offert gratuitement, écrit M. Crevier. La gratuité de l’information est bien ancrée dans les habitudes de consommation numériques et ce phénomène est, à notre avis, irréversible. [La tablette] est l’outil de communication qui connaît le taux d'adoption le plus rapide de l’histoire des nouvelles technologies. C’est pourquoi offrir gratuitement l’abonnement sur cet outil permettra à La Presse+ de se positionner rapidement comme un nouveau média de masse au Québec. »

Alors que tout autour de la planète, les uns après les autres, les journaux se tournent vers le web payant, alors qu’il se susurrait qu’une tablette serait offerte pour tout abonnement, payant, de trois ans à La Presse+, Gesca prend le contrepied en faisant le pari de la publicité. « Nous voulions que La Presse+ soit un outil publicitaire performant et efficace, affirme Guy Crevier. Misant sur les possibilités offertes par la tablette numérique, une équipe s’est exclusivement consacrée à la création de 1300 annonces publicitaires afin de concevoir des publicités présentant différents niveaux d'interactivité. »

40 millions de dollars

Cette fois, on en apprend un peu plus sur la révolution numérique, en marche du côté de la rue Saint-Antoine. Une révolution qui aura été préparée en secret durant les trois dernières années, qui aura coûté 40 millions de dollars, 15 de plus que ce qui avait été initialement prévu, et aura occupé une centaine de personnes à temps plein. L’ambition est à la hauteur de l’investissement, permettre « aux utilisateurs de consulter une édition numérique quotidienne proposant l’expérience d’information la plus complète jamais offerte par la plus grande salle de nouvelles au Québec (…). Pour y arriver, nous avons réuni le meilleur des médias imprimés, du web et de la vidéo afin d'offrir à nos lecteurs une expérience intuitive et interactive qui met en valeur et approfondit l’information comme jamais auparavant. »

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Gratuit, mais pour combien de temps? Gesca serait-il en train d’appâter au tout gratuit… quitte à faire payer l’abonnement plus tard, lorsque les lecteurs du journal papier auront accepté l’idée de la tablette et s’en seront équipé? Il est encore trop tôt pour le dire, mais force est de constater que le groupe se lance dans une véritable opération séduction, à laquelle les journalistes se prêtent d’ailleurs volontiers sur les réseaux sociaux. François Cardinal était en grande discussion hier, après avoir posté ce statut : « La Presse devient gratuite, sur iPad. Le journal au grand complet, tous les jours de la semaine, même le dimanche, offert pour… zéro cenne! Zéro. C'est une révolution, mais aussi un pari audacieux. Vous y croyez? Vous embarquerez? »

Le journaliste répond ensuite à ses « amis » ventant, sous couvert de questionnement, le choix judicieux de son employeur: « Les paywalls et les applis payantes confinent les médias de masse à des médias confidentiels. La Presse tente l'aventure inverse… » Une conversation parfois houleuse, tous ne partageant pas le même enthousiasme que le journalisme et se questionnant sur la crédibilité d’une information entièrement financée par la publicité. Légèrement dépassé, M. Cardinal en vient à avouer qu’il n’est pas la personne la mieux placée pour répondre, admettant du même coup avoir su, pour la gratuité de La Presse+, quelques minutes seulement avant que le communiqué officiel ne tombe.

En passant, il confirme à demi-mot que l’objectif est, à terme, un abandon pur et simple du papier: « Le but, justement, est de transférer les lecteurs du papier à l'appli, afin que cette dernière remplace le journal. Non pas d'ajouter une autre plateforme à l'offre de La Presse. » Une éventualité que Guy Crevier s’interdit pour l’instant d’évoquer sur la place publique.

 

Voir aussi:

La Presse: la révolution numérique est en marche