Dès les premières heures du drame, les témoignages de résidents se sont multipliés dans les médias. Comme pour exorciser leur peine, plusieurs d’entre eux allaient d’eux-mêmes à la rencontre des reporters pour raconter ce qu’ils faisaient le soir de l’explosion, la chance qu’ils avaient d’être encore là, l’épreuve qu’ils traversaient. Dix jours plus tard, ils redoutent que le départ des journalistes ne fasse sombrer leur petite communauté dans l’oubli.

Dès les premières heures du drame, les témoignages de résidents se sont multipliés dans les médias. Comme pour exorciser leur peine, plusieurs d’entre eux allaient d’eux-mêmes à la rencontre des reporters pour raconter ce qu’ils faisaient le soir de l’explosion, la chance qu’ils avaient d’être encore là, l’épreuve qu’ils traversaient. Dix jours plus tard, ils redoutent que le départ des journalistes ne fasse sombrer leur petite communauté dans l’oubli.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Deux jours après l’explosion du train au centre-ville de Lac-Mégantic, la journaliste du Devoir Marie-Andrée Chouinard rapportait «ce besoin de parler» qu’éprouvaient les Méganticois.

«Vous êtes journaliste? Vous voulez savoir ce qui m'est arrivé? Alors qu'on pourrait imaginer que le micro et la caméra des hordes de reporters venus des États-Unis et du Canada commencent à importuner les Méganticois, eh bien, force est d’admettre qu'il y a dans la confession brûlante sans doute une forme d'exutoire, écrivait-elle. «Moi j'ai tout vu, tout vu depuis mon balcon», raconte Jean Gauthier, qui a eu la chance incroyable d'être au bon endroit, même s’il était tout près, à côté de la marina. «Vous voulez voir?» Il a tout filmé. Son vidéo est troublant tant le brasier qu’on y voit est immense.»

Servir d’exemple

Dix jours plus tard, «cette armée de journalistes» ne semble toujours pas importuner les résidents de Lac-Mégantic, au contraire.

«C’est très important pour nous qu’il y ait une telle couverture, affirme Gilles Fluet, qui se trouvait à l’extérieur du Musi-Café au moment de l’explosion. C’est une telle tragédie! Nous avons tant de blessures à panser, au sein de la population, du point de vue de l’environnement, de l’économie. Si tout ça s’était déroulé dans un pays du Tiers-Monde, loin des médias, on aurait tout rasé au bulldozer et on aurait ramené une autre communauté. Nous nous sentons soutenus. Nous avons payé très cher à Lac Mégantic, mais nous espérons que la couverture médiatique mette le doigt sur le danger que courent toutes les populations qui vivent à côté d’une voie ferrée sur laquelle passe de véritables bombes. Et sauve ainsi des milliers de vies.»

Même  analyse de la part de Renée Bernier. Elle vit à l’extérieur du site et dit ne pas avoir été importunée par les journalistes.

«La couverture qu’en fait les médias sensibilise les gens, qui sont ainsi plus prompts à aider la population en détresse, estime-t-elle. Il y a des gens ici qui se plaignent, qui voudraient pouvoir faire leur deuil tranquillement. Mais s’ils ne veulent plus en entendre parler, qu’ils ferment leur poste de télévision et qu’ils ne lisent pas les journaux! Peut-être que si j’avais quelqu’un de proche décédé là-dedans, j’aurais un autre point de vue. Mais ce n’est pas le cas, alors je me dis que tout ce focus, ça ne peut être que bon pour la reconstruction de Lac-Mégantic.»

Pas de harcèlement

Rolin Fortier, un autre Méganticois, avoue avoir entendu certains résidents accuser les journalistes d’être envahissants. Mais lui ne partage pas ce sentiment.

«C’est sûr qu’ils sont nombreux, qu’ils sont partout, qu’ils se déplacent en bande, raconte-t-il. Mais il y a tellement de monde ici en dehors des journalistes: les sauveteurs, les enquêteurs, les services sociaux, des psychologues, etc. Il ne faut pas croire que lorsque les médias seront repartis, notre petite vie va reprendre comme avant.»

«Je n’ai pas vu, ni entendu parler d’abus extrêmes de la part de journalistes, ajoute Gilles Fluet. Ils sont polis, présentent leurs sympathies, nous approchent de façon humaine, avec respect. Ils demandent avant de faire une entrevue. Si certains résidents ne se sentent pas capables parce qu’ils sont trop troublés ou pas à l’aise devant un micro ou une caméra, ils n’insistent pas. Personne ne m’a dit avoir été harcelé par un journaliste.»

Bientôt le départ des journalistes?

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La plus grande peur des Méganticois réside plutôt dans le futur départ des journalistes. Si le drame est toujours la nouvelle la plus citée dans les médias tant au Québec que dans le reste du Canada, elle ne fait plus la une de l’actualité internationale depuis plusieurs jours. Et un à un, les médias commencent à quitter les lieux.

«Il va y avoir d’autres choses dans l’actualité et d’ici quelques jours, on entendra moins parler de nous, croit Gilles Fluet. J’espère qu’on ne nous abandonnera pas totalement. J’espère que les journalistes reviendront voir ce qui se passe ici, comment se déroule la reconstruction. Que ce ne sera pas comme en Haïti. C’est important que tous les Québécois sachent comment sont dépensées les sommes qui ont été allouées par le gouvernement ainsi que l’argent qu’ils ont donné à la Croix-Rouge.»

Mais selon Renée Bernier, il est impensable que ce drame tombe dans l’oubli médiatique.

«Ça va jaser encore très longtemps parce qu’il y a tellement de questions auxquelles il faudra répondre, estime-t-elle. Le tracé de la voie ferrée, les conséquences économiques, environnementales, les responsables, etc. C’est sûr que les journalistes vont finir par partir et alors là, ceux qui vivent le drame personnellement avec la perte d’un être cher vont se sentir peut-être un peu moins supportés. À ce moment-là, ce sera à nous, la communauté méganticoise, de les aider à panser leurs plaies».

 

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