Samedi 6 juillet 2013. Matin ensoleillé sur la Côte-Nord. Au camp familial où mon conjoint, mes deux filles et moi passons nos vacances, c’est l’heure du déjeuner. La coordonnatrice nous apostrophe : «c’est vous qui venez de Lac-Mégantic?». On connait la suite. Un train fou a foncé dans le centre-ville, la ville est en feu depuis 1h00 du matin.

 

Samedi 6 juillet 2013. Matin ensoleillé sur la Côte-Nord. Au camp familial où mon conjoint, mes deux filles et moi passons nos vacances, c’est l’heure du déjeuner. La coordonnatrice nous apostrophe : «c’est vous qui venez de Lac-Mégantic?». On connait la suite. Un train fou a foncé dans le centre-ville, la ville est en feu depuis 1h00 du matin.

Par Claudia Collard, Journaliste à l’Écho de Frontenac

Samedi 6 juillet 2013. Matin ensoleillé sur la Côte-Nord. Au camp familial où mon conjoint, mes deux filles et moi passons nos vacances, c’est l’heure du déjeuner. La coordonnatrice nous apostrophe : «c’est vous qui venez de Lac-Mégantic?». On connait la suite. Un train fou a foncé dans le centre-ville, la ville est en feu depuis 1h00 du matin. Rapidement, les images circulent partout sur la planète. Tout semble si irréel. Au moment où j’écris ces lignes, la ville qui m’a adoptée voilà 20 ans était bien vivante la dernière fois que je l’ai vue. Malgré toutes les images, les témoignages, les contacts facebook… Même si la tragédie de Lac-Mégantic est sur toutes les lèvres, partout où on passe.« Ah… vous êtes de Mégantic. Bon courage». J’avoue que je ne me sens aucunement courageuse dans la région du Bas-Saint-Laurent que je quitterai dans quelques jours. Pour tout dire, j’ai peur et hâte de revenir en même temps. Lorsque j’arriverai, ce sera vrai.

Hier soir je lisais l’article de mon collègue Rémi sur le site de L’Écho. Jusqu’à maintenant, c’est ce que j’ai lu de meilleur sur le sujet. Du vrai, du terrain, de l’humain. Le drame dans toute son intégrité, sans flafla pour la galerie. Sans analyse ni conclusion hors propos. On vit l’horreur et c’est tout. C’est assez, c’est bien en masse, c’est beaucoup beaucoup trop à vivre dans une seule vie, c’est complètement hors proportion pour notre ville. Ma fille Sara, du haut de ses 7 ans : «Tout le monde parle de Lac-Mégantic parce que la ville a brûlé… Pourquoi ça arrive chez nous à Lac-Mégantic? Elle est petite notre ville! Ce n’est pas juste; en plus elle était tellement belle notre ville.» Je lui dit quoi? Qu’on va reconstruire et que tout sera comme avant? Parce que c’est le genre de message qu’il faut transmettre aux enfants. Nous sommes vivants, la vie doit continuer, ce genre de trucs… Je ne suis tellement pas rendue là! Évidemment, comme parent on amenuise, on évite les bouts sur les personnes qui ont perdu la vie dans cette tragédie. Mais comme Méganticois, on court après les nouvelles, on apprend avec douleur décès sur décès. À travers ça, on parle à la famille et aux amis qui se sont inquiétés pour nous. Pour plusieurs de mes proches demeurant à l’extérieur de Lac-Mégantic, le feu était pris dans ma cour et comme on ne pouvait nous joindre on craignait le pire. En réalité, c’est tout le contraire qui s’est passé.

Nous avons rapidement pris contact avec nos proches méganticois pour s’assurer que tout allait bien. Mal dit! Tout ne peut pas bien aller dans une ville qui nage en plein apocalypse! Voyons! Lu dans un journal : «48 heures après la tragédie, la communauté de Lac-Mégantic est encore sous le choc». Ben oui toi r’garde donc ça! Pas sûr que le choc va réellement passer. Lorsque tous les médias, hauts politiciens, hauts fonctionnaires, experts ou simples curieux auront quitté la ville, le choc sera toujours là. Lorsque les blogueurs, chroniqueurs et colomnistes de ce monde auront cessé de s’intéresser à notre sort, le choc demeurera. Ceux qui en sont morts continueront d’en témoigner. Lac-Mégantic est marquée à jamais.

À l’instar de mon collègue Rémi, j’ai une grande admiration pour la mairesse Colette Roy-Laroche, cette grande dame qui sait à la fois être près des gens et faire preuve de détermination. Mon cœur s’est serré lorsque je l’ai vu s’exprimer aux nouvelles pour la première fois. J’ai envie de la prendre dans mes bras. J’ai envie de prendre Lac-Mégantic dans mes bras.

Je salue aussi la solidarité planétaire à l’endroit des Méganticois, en souhaitant qu’elle mette un baume sur les plaies inguérissables. Les gens d’ici devront vivre très longtemps avec les conséquences de multiples insouciances. Si tous les gens de l’extérieur venus constater l’étendue des dégâts pourront dire plus tard qu’ils étaient là, les Méganticois, eux, resteront sur les lieux. Je n’ai aucun doute qu’ils seront nombreux, sinon dans leur totalité pour aider leur ville à se relever. J’en ferai partie.

Article paru le 16 juillet 2013 dans l’Écho de Frontenac

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