Marco Bélair-Cirino, journaliste au Devoir, est arrivé à Lac-Mégantic il y a tout juste une semaine pour prendre la relève de sa collègue Marie-Andrée Chouinard. Après avoir vu les images en boucle à la télévision, il prend alors toute la mesure de la tragédie.

Marco Bélair-Cirino, journaliste au Devoir, est arrivé à Lac-Mégantic il y a tout juste une semaine pour prendre la relève de sa collègue Marie-Andrée Chouinard. Après avoir vu les images en boucle à la télévision, il prend alors toute la mesure de la tragédie.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«Je suis arrivé le jour où le président de la Montréal, Maine and Atlantic Railway avait annoncé sa venue, raconte Marco Bélair-Cirino. Il y avait une certaine frénésie. Les journalistes le cherchaient, la population également, qui en attendait des excuses. Tout le monde voulait voir, entendre, invectiver l’ennemi public n°1. En réalité, c’était mission impossible pour lui d’apaiser la douleur.»

Dans ce contexte, le journaliste du Devoir doit prendre ses marques, apprivoiser les lieux, l’environnement. Et commencer à parler aux gens.

«J’ai la chance d’être un journaliste de presse écrite, estime-t-il. Je me promène avec mon calepin. C’est moins intimidant pour les résidents que lorsque d’autres arrivent avec micro et caméra. L’approche est plus facile.»

Exaspération et frictions

Principale difficulté sur le terrain, être partout à la fois. Marco Bélair-Cirino est seul pour sa publication. Il faut recueillir des témoignages tout en ne manquant aucun des nombreux points de presse: la sécurité civile, l’agence de la santé et des services sociaux, la mairesse Colette Roy-Laroche, la Sûreté du Québec, les politiciens qui s’invitent sur le terrain, etc., tout le monde y va de sa déclaration.

«Il faut jongler avec tout ça. Les points de presse permettent de savoir où en est la nouvelle, mais parfois, on perd un peu patience, raconte-t-il. Certains journalistes posent des questions à rallonge, en commençant par un long commentaire. D’autres, notamment les médias internationaux qui ne sont pas forcément là depuis le début et donc pas complètement au fait, reviennent parfois sur les premiers éléments. Quand ça fait trois, quatre, cinq jours, une semaine que tu es là, toi, tu veux juste les derniers éléments. Ça peut parfois engendrer de l’exaspération, voire certaines frictions.»

Se faire confiance

Marco Bélair-Cirino évoque également des différences culturelles entre journalistes de pays différents.

«Au Québec, on a nos habitudes, explique-t-il. On sait qu’un point de presse est bilingue, qu’il démarre en français, puis en anglais. Nous avons trouvé un équilibre fragile. La présence des médias internationaux bouscule nos façons de faire. Les questions-réponses en anglais arrivent plus vite. Il y a une véritable pression à ce niveau-là, notamment de la part d’un journaliste de la BBC».

En dehors des points de presse, Marco Bélair-Cirino observe et déambule. Il écoute ce que disent les gens, à la recherche d’un angle qui n’aurait pas encore été abordé. Il lit les articles de ses confrères.

«Il y aurait tellement de choses à écrire sur ce qui se passe ici mais j’ai une limite en termes de place, raconte-t-il. Il faut absolument que l’on retrouve les nouvelles du jour dans mes textes tout en explorant des angles nouveaux. Pour cela, il faut rester très attentif, avoir les yeux grand ouverts et un certain instinct pour la nouvelle. Bref, se faire confiance et ne pas avoir peur de changer complètement de sujet au besoin.»

Donnant-donnant

Sur le terrain, Marco Bélair-Cirino parle d’une information contrôlée.

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«Les autorités sont accessibles, nous sommes libres de leur poser toutes les questions… et elles sont libres de répondre ce qu’elles veulent», estime-t-il.

«Avec la population en revanche, il y a une sorte de donnant-donnant qui s’instaure, poursuit-il. La communauté méganticoise espère avoir des informations de notre part. Et nous, nous avons besoin d’elle pour raconter la petite histoire de la catastrophe.»

Mais parfois la douleur est trop vive. Le journaliste raconte avoir vu une jeune femme sinistrée regagnant son appartement près de la zone interdite.

«Elle a monté l’escalier, s’est donc retrouvée en hauteur et lorsqu’elle s’est retournée, elle a pu voir toute l’étendue des dégâts. Elle s’est effondrée en larmes et comme il s’agit d’une rue passante, plusieurs photographes se trouvaient là et l’ont prise en photo sans le lui demander. On assiste parfois à de véritables manifestations de détresse.»

Les médias quittent

Depuis une semaine que Marco Bélair-Cirino est arrivé sur le terrain, la pression médiatique s’est sensiblement amoindrie. La plupart des réseaux internationaux ont quitté les lieux et poursuivent leur couverture via les agences de presse.

Hier, les journalistes ont pu visiter pour la première fois la zone interdite. En début de matinée, le journaliste du Devoir pensait sortir du human et orienter son papier du jour sur l’aide économique apportée aux entreprises. La visite du site aura eu raison de cela. Ce matin, dans les pages du quotidien, il compare le «champ de désolation» que le train a laissé derrière lui à «une toile surréaliste semblable à celles peintes par l’Espagnol Salvador Dalí».   

 

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