Le président du chapitre montréalais de l'Association canadienne des journalistes (ACJ), Roger-Luc Chayer, a claqué la porte de l'organisation hier. Il accuse, notamment, le comité national de l'association présidée par Hugo Rodrigues d'avoir publié un faux communiqué de presse lundi, à la suite de la conférence de presse de la ministre québécoise de la Culture, des Communications et de la Condition féminine annonçant une tournée de consultation publique en lien avec le Rapport Payette.

Le président du chapitre montréalais de l'Association canadienne des journalistes (ACJ), Roger-Luc Chayer, a claqué la porte de l'organisation hier. Il accuse, notamment, le comité national de l'association présidée par Hugo Rodrigues d'avoir publié un faux communiqué de presse lundi, à la suite de la conférence de presse de la ministre québécoise de la Culture, des Communications et de la Condition féminine annonçant une tournée de consultation publique en lien avec le Rapport Payette.

Dans ce communiqué, l’ACJ indique avoir créé en mai, avec la participation de son chapitre montréalais, un comité pour réfléchir aux recommandations du Rapport Payette et à la création éventuelle d'un titre de journaliste professionnel. Mais selon M.Chayer, le chapitre de Montréal s'est retiré du dit comité, suite à la plus récente réunion de son comité exécutif, le 15 août. De son côté, Hugo Rodrigues réaffirme son engagement à se pencher sur le Rapport Payette et à participer au débat public qu'a lancé cette semaine la ministre Christine St-Pierre. «Nous allons le faire après avoir examiné les recommandations qui viennent de notre comité et la consultation avec nos membres à travers le Canada», indique-t-il.

L'ACJ-Montréal a plutôt décidé «de former un groupe de personnes respectées comme leaders d’opinion au Québec et de publier avec eux, comme signataires individuels, la position des membres à propos [du Rapport Payette]», peut-on lire dans les minutes de la réunion de son comité exécutif du 15 août. Déjà, le vice-président du chapitre montréalais, Beryl Wajsman, s'est vivement opposé à toute régulation des médias québécois via l'adoption d'un statut de journaliste professionnel et la consolidation du Conseil de presse du Québec. Pour lui, le Rapport Payette constitue «un affront à la liberté d'expression» et mérite «un rejet retentissant».

Hugo Rodrigues se dissocie de cette position et indique que l'ACJ n'a pas adopté une résolution définitive: «Toutes les opinions sur la question sont représentées au sein de notre conseil d'administration. Certains sont en faveur de la certification professionnelle, alors que d'autres y sont farouchement opposés ce qui reflète bien, selon moi, l'opinion de l'ensemble des journalistes canadiens.» Avant de trancher, il prévoit consulter ses membres, comme l'a fait la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) au printemps. Un tel exercice est selon lui essentiel, car, bien qu'il s'agisse d'un dossier québécois pour le moment, il aura des répercussions partout au pays si Québec va de l'avant en adoptant une Loi sur le statut des journalistes professionnels.

Accusations d'irrégularités

La crise émanant de l'ACJ-Montréal dépasse cependant le Rapport Payette. Pour justifier sa désaffectation du comité national chargé d'étudier ce dossier, l'exécutif du chapitre de Montréal indique en effet être «confronté à une urgence morale». M.Chayer accuse l'ACJ d'irrégularités graves qui minent sa crédibilité et plombent ses adhésions.

«J'ai été témoin de situations très graves de la part de l'Association canadienne des journalistes, excluant les membres du Comité exécutif de Montréal, et je ne souhaite pas associer mon nom à des irrégularités qui ne font pas honneur à la profession journalistique», écrit-il dans sa lettre de démission. Il estime que les adhésions qu'affiche l'ACJ sont partiellement fictives et que l'association compterait moins de 300 membres d'un océan à l'autre, alors qu'elle en revendique 800. De plus, il indique que la corporation n'ayant pas déposé de rapport annuel depuis 2009 à Corporations Canada, elle est en défaut depuis trois ans.

Hugo Rodrigues se défend de toute irrégularité et soutient que l'AJC compte bel et bien 800 membres, sans toutefois être en mesure d'en fournir la liste exacte. Conscient néanmoins de la fuite de ses adhérents – près de la moitié ont quitté l'association en deux ans –, il indique qu'un plan est en place pour relancer les adhésions, notamment en offrant aux journalistes des services utiles, comme des conférences et des formations. Selon lui, les raisons de l’hémorragie que connaît l'ACJ sont complexes. Interrogé par notre branche anglophone J-Source.ca, il pointe, avant tout, la crise qui a conduit à une réduction du nombre de journalistes salariés au pays depuis trois ans.

Ce n'est pourtant pas une perte d'emploi qui a motivé le journaliste Raphael Melançon à démissionner de son poste de trésorier de l'ACJ-Montréal cet été. «J’ai l’impression que nous sommes tellement obnubilés par les chicanes et les désaccords que nous en sommes venus à nous détourner de notre but premier, soit la défense et la promotion des intérêts des journalistes professionnels. Nous faisons du sur-place et donc j’en suis venu à la conclusion qu’il valait mieux pour moi de quitter cette organisation qui ne me motive tout simplement plus», écrivait-il dans sa lettre de démission début août. Dans ce contexte, plusieurs membres du comité exécutif du chapitre montréalais ont lancé l’idée de former une nouvelle association de journalistes au Québec.

 

Voir aussi:

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Québec lance une consultation publique sur l'info

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