Le directeur des émissions d'affaires publiques de la Télévision de Radio-Canada, Pierre Sormany, est en train de payer cher une indiscrétion 2.0. La direction de Radio-Canada a émis hier en fin de journée un communiqué annonçant l'avoir suspendu dès vendredi, après que le chroniqueur politique du Groupe TVA et de Cogeco, Jean Lapierre, ait déposé une poursuit en diffamation contre lui pour des propos tenus sur Facebook.

Le directeur des émissions d'affaires publiques de la Télévision de Radio-Canada, Pierre Sormany, est en train de payer cher une indiscrétion 2.0. La direction de Radio-Canada a émis hier en fin de journée un communiqué annonçant l'avoir suspendu dès vendredi, après que le chroniqueur politique du Groupe TVA et de Cogeco, Jean Lapierre, ait déposé une poursuit en diffamation contre lui pour des propos tenus sur Facebook.

Au lendemain de la diffusion de l'entrevue à Tout le monde en parle du patron de l'Unité anticollusion (UAC), Jacques Duchesneau, alors que plusieurs s'interrogeaient sur l'identité des journalistes accusés de servir l'intérêt des corrompus, Pierre Sormany pointait l'ancien ministre fédéral sur le profil d'une collègue: «Jean Lapierre, ancien politicien et animateur-choc de TVA et LCN, mais qui offre aussi ses services-conseils en relations publiques et qui a parmi ses clients nul autre que son "ami" l'entrepreneur Antonio Accurso».

Figure de proue du secteur de la construction, Antonio Accurso a plaidé coupable à des accusations de fraude fiscale totalisant 4,1 millions de dollars. (phrase modifiée – 7/10/11) Auparavant, les journalistes de La Presse et de l'émission Enquête à Radio-Canada avaient fouillé ses activités en profondeur. Interrogé par La Presse, Jean Lapierre a admis bien connaître l'entrepreneur, mais nie lui avoir servi d'intermédiaire pour nuire aux enquêteurs de l'UAC. Il a donc déposé une poursuite de 250 000 dollars contre Pierre Sormany.

Pour sa part, la direction de Radio-Canada sanctionne celui qui chapeaute notamment l'émission Enquête pour infraction à ses normes et pratiques journalistiques. La société analyse la situation avant d'annoncer sa décision finale. Si le directeur général de l'information, Alain Saulnier, a d'ores et déjà déclaré à La Presse ne pas avoir l'intention de congédier Pierre Sormany, il y a fort à parier que bien des journalistes ont dû recevoir la consigne de réviser leur code de conduite au cours des derniers jours. La plupart ont été modifiés au cours de la dernière année justement pour encadrer l'utilisation des réseaux sociaux.

Déontologie journalistique

Le Guide de déontologie des journalistes du Québec, édité par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), indique: «La nature sociale de ces réseaux implique que chaque propos qui y est échangé peut devenir public, malgré la possibilité de paramétrer les réglages de confidentialité. En conséquence, les journalistes ne doivent pas tenir dans les médias sociaux des propos qu’ils ne tiendraient pas en ondes ou dans leur publication. Ils doivent également s’assurer de toujours être en mesure de protéger leurs sources. Par ailleurs, la vélocité de ces réseaux ne doit pas faire oublier l’obligation de s’assurer de la véracité des faits et de les mettre en contexte.»

Allant dans le même sens, les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada précisent que «l'expression d'opinions personnelles sur des sujets controversés ou d'ordre politique peut miner la crédibilité du journalisme de Radio-Canada et éroder la confiance de notre public». Le Guide de responsabilités des travailleurs de l'information de La Presse enfonce le clou: «Tout ce qui est publié sur les médias sociaux et les blogues personnels peut être diffusé plus largement par un tiers, repris hors contexte et affecter la réputation du journaliste comme celle de son employeur.»

Malgré ces règles strictes, le directeur général de la radio de Radio-Canada, Patrick Beauduin, et l'observateur des nouvelles technologies, Michel Dumais s'inquiétaient en mai de l'«aveuglement technologique» qui habite beaucoup de professionnels de l'information. À l'occasion d'une table ronde portant sur les réseaux sociaux et le journalisme organisée par les Prix Lizette-Gervais, tous deux ont vivement dénoncé le manque de réserve et la naïveté dont beaucoup font preuve sur les réseaux sociaux et ont mis en garde la profession contre un univers où tout est enregistré et peu servir de preuve de partialité. Le service Eureka, qui permet de faire des recherches dans les archives de la presse, archive d'ailleurs les tweets depuis peu.

Michel Dumais a renouvelé sa mise en garde hier à l'émission Dutrizac du 98,5FM. Il a souligné que bien des journalistes utilisent les réseaux sociaux pour exprimer leur opinion sur des sujets qu'ils couvrent alors qu'ils sont pourtant tenus à une réserve stricte pour ne pas prêter flan à des critiques pour impartialité. Une dérive, selon lui, néfaste à la crédibilité de la profession dans un contexte où les groupes de pression pistent tout ce qui se dit sur la toile et où les gouvernements tentent de contrôler de plus en plus l'information, mais aussi où une guerre des médias fait rage.

Comme le faisait remarquer l'animateur Benoît Dutrizac, l'épisode «Lapierre contre Sormany» apparaît en effet comme une nouvelle manifestation de la guerre de se livrent Quebecor et Radio-Canada. Jean Lapierre s'est défendu de jeter de l'huile sur ce brasier, mais pour Michel Dumais «les premières bombes sont lâchées». QMI semble d'ailleurs se réjouir de la suspension de Pierre Sormany, le patron de l'«équipe de reporters de l’émission Enquête [qui] ciblent depuis plus d’un an Quebecor et Le Journal de Montréal, multipliant les entrevues et les démarches de toutes sortes», écrit un journaliste de l'agence de presse interne de Quebecor.

 

Voir aussi:

Duchesneau et l'intimidation médiatique

Les Québécois font-ils confiance aux journalistes?

 

 

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