Par Robert Washburn

Le Guardian a lancé récemment son approche de journalisme ouvert avec en prime une publicité novatrice et pleine d'esprit pour faire la promotion de la production collaborative de la nouvelle. Des salles de rédactions canadiennes importantes se sont aussi appropriées certains aspects du journalisme collaboratif, mais aucune de ces initiatives n'est aussi complète, aussi profonde, que celle du quotidien britannique.

Par Robert Washburn – Texte paru sur J-Source, traduit par Anne Caroline Desplanques

Le Guardian a lancé récemment son approche de journalisme ouvert avec en prime une publicité novatrice et pleine d'esprit pour faire la promotion de la production collaborative de la nouvelle.

Des salles de rédactions canadiennes importantes se sont elles aussi appropriées certains aspects du journalisme collaboratif: le public est invité à soumettre des photos et des vidéos, les journalistes ont désormais des comptes Twitter, les blogues en direct se multiplient, etc. Ces outils font de plus en plus partie du paysage médiatique canadien. Il existe bel et bien une interaction avec le public. Mais aucune de ces initiatives n'est aussi complète, aussi profonde, que celle du quotidien britannique.

La page Open Journalism du site du Guardian offre de multiples fonctions d'interaction et d'engagement. La section Newsdesk live est un espace où l'équipe de reporters nationaux annonce la nouvelle, mais aussi explique les raisons qui motivent les choix de sujets et les angles de couvertures. On voit rarement ce type de transparence ailleurs. La section Reality Check invite les gens à suggérer des sujets de reportages d'enquête, à donner des idées aux journalistes pour améliorer leur couverture. Ce n'est pas l'habituel message cliquable «envoyez-nous-vos-idées». C'est une demande spécifique qui appelle une réponse, essentiellement parce que le sujet est provocateur.

Il y a plusieurs exemples de participation populaire. Les gens peuvent soumettre leurs chansons préférées, discuter de sport, dévoiler leurs bêtes noires, et ainsi de suite. Néanmoins, c'est avec la section Investigate your MP's expenses que l'on constate la profondeur du concept.

Quand le parlement britannique a dévoilé ses dépenses dans un rapport de quelques milliers de pages, le Guardian a mis en ligne une application permettant aux gens de télécharger une portion de leur choix du rapport et d'envoyer leur analyse à la salle de rédaction. Appelez ça du journalisme citoyen, du journalisme pro-amateur, ou ce que vous voudrez, reste que c'est une approche unique appliquée à très grande échelle.

On imagine difficilement des salles de rédaction canadiennes majeures adopter ce type de méthode. En plus, sachant que certains grands journaux envisagent d'ériger des verrous sur leur site dans les prochains mois, difficile de penser qu'ils créent une culture de l'engagement.

Pourtant, c'est ce type d'approches innovantes qui exploitent vraiment les forces du journalisme en ligne. Elles intègrent les avancées technologiques, le matériel et les logiciels permettant de consommer et de distribuer la nouvelle sur de nouvelles plateformes. Elles profitent de la culture de cet environnement où l'information est offerte pour que les gens participent au processus journalistique, comme dit l'éditeur du Guardian, Alan Rusbridger. Elles allient les journalistes au public et non plus aux élites pourvoyeuses d'information. Les relations de pouvoir invisibles disparaissent.

Au 20e siècle, le journalisme était essentiellement basé sur des modèles où le travail du journaliste était d'informer, d'expliquer et d'interpréter. Ce travail a changé. Désormais, un journaliste doit éduquer son public, l'impliquer et lui donner le pouvoir, tout comme le Guardian a décidé de le faire.

 

Robert Washburn est un ancien journaliste de CBC. Il enseigne le journalisme au Loyalist College en Ontario et dirige la section Innovation du vis-à-vis anglophone de ProjetJ, J-Source.