À l’heure où de plus en plus de journaux se questionnent sur la pertinence de continuer à sortir au format papier, un nouvel hebdomadaire débarque dans les kiosques français ce matin. Chaque mercredi, Le 1 propose de décortiquer un sujet d’actualité sous tous les angles… et sur une seule page que l’on plie et que l’on déplie.

À l’heure où de plus en plus de journaux se questionnent sur la pertinence de continuer à sortir au format papier, un nouvel hebdomadaire débarque dans les kiosques français ce matin. Chaque mercredi, Le 1 propose de décortiquer un sujet d’actualité sous tous les angles… et sur une seule page que l’on plie et que l’on déplie.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«C’est une expérience de papier original qui n’est pas un papier magazine mais un papier journal très renforcé, très doux, qui ne se déchire pas, explique Éric Fottorino, ancien directeur du Monde et cofondateur du 1 avec Laurent Greilsamer, lui aussi ex du Monde, en entrevue à ProjetJ. Vous savez, la racine latine du verbe «expliquer», ce qui est l’enjeu de ce journal puisque nous avons l’ambition d’expliquer le monde, c’est «explicare», qui veut dire «déplier». Ainsi, avec ce format A4, qui en se dépliant prend la forme d’abord d’un tabloïd, puis celle d’un grand poster, le fond et la forme sont en pleine cohérence.»

Le film du journal "Le 1" par Céline Devaux from Le 1 on Vimeo.

Une explication presque philosophique, cohérente elle aussi avec la raison d’être de ce nouveau journal. L’hebdomadaire Le 1 se donne en effet pour mission de creuser chaque semaine un thème et de l’éclairer d’une lumière originale. Loin de la nouvelle qui déferle à vitesse grand V, tant dans les médias traditionnels que sociaux, ce nouveau titre propose une autre expérience de lecture et de compréhension de l’information. Une appréhension en trois temps.

«Un premier temps lorsque le journal est plié. Le temps de la sensibilité avec toujours un texte d’un grand écrivain ainsi qu’un poème, tout deux liés à la thématique de la semaine, raconte Monsieur Fottorino. Quand on déplie une première fois le journal, on entre dans le deuxième temps, dans un univers d’expertises avec notamment la réponse a une question philosophique. Parce qu’on considère que toute question d’actualité soulève une question philosophique. On propose également du datajournalisme dessiné par un artiste. Et puis des analyses. Ça peut être de la géopolitique, de l’économie, de l’anthropologie, de la statistique, de la psychanalyse, etc. Bref, n’importe quelle discipline, du moment qu’on considère qu’elle est pertinente pour le sujet que l’on traite. Enfin, lorsque l’on déplie le journal une deuxième fois, poursuit le directeur de la publication, on arrive sur un grand poster,  notre troisième temps de lecture. On y trouve des textes, des photos, des cartes, etc., et c’est en réalité une invitation à aller plus loin.»

Regards croisés sur le monde

Un journal avec quelques journalistes tout de même, mais qui ne seront pas majoritaires, les fondateurs du 1 présentant comme une force, le fait de proposer des regards croisés en provenance de l’ensemble de  la société. Un journal de trentenaires également, si l’on excepte les trois personnes à l’origine du nouvel opus, qui font quant à eux partie de la génération des boomers.

«L’important pour nous, c’est de dire que l’information, ce n’est pas un entre-soi, commente Éric Fottorino. Pas un entre-soi journalistique, pas un entre-soi générationnel. Alors, on ouvre les portes, on ouvre les fenêtres vers des savoirs qui viennent consolider l’expérience des journalistes. Même chose du point de vue de la génération. On avait envie d’aller chercher de nouvelles manières de réfléchir. Nos experts sont jeunes et je trouve ça intéressant de faire confiance à la jeunesse pour comprendre la réalité.»

Le numéro en kiosque aujourd’hui est consacré au rêve français, avec cette question en filigrane: est-ce que la France fait encore rêver? Dans les prochaines semaines, l’équipe du 1  se plongera dans une réflexion sur la puissance russe. Des sujets franco-français alterneront avec des dossiers plus internationaux, mais la journal pourra également aller sur le terrain de l’économie, de la société, la technologie, le sport aussi, un numéro sur la Coupe du monde soccer étant déjà prévu au printemps.

À contrecourant

La cible? Les jeunes qui ont envie de comprendre le monde dans lequel ils vivent mais aussi tous les gens qui ont une exigence sur l’actualité, qui veulent l’appréhender en profondeur, qu’ils soient des lecteurs de quotidiens, de magazines, mais aussi de livres, romans, essais, explique Monsieur Fottorino, qui vit par ailleurs parfaitement avec le fait d’être véritablement à contrecourant de ce qui se fait aujourd’hui dans l’industrie des médias.

«Je ne crois pas que la crise de la presse écrite soit une fatalité, affirme-t-il. Je ne pense pas que la presse écrite soit condamnée à cause du papier, mais plutôt parce qu’il y a une crise du contenu, une crise de l’offre éditoriale. Je suis certain qu’au moment où l’on vit une grande vitesse de l’information, une surabondance de nouvelles, une proposition qui consiste à retenir un sujet, à établir de nouvelles hiérarchies et à le faire traiter par différents regards, ça peut intéresser des lecteurs. Et  ça peut les amener à revenir vers un journal en papier.»

Les deux premiers numéros du 1 seront tirés à 250 000 exemplaires. Édité sans publicité, il ne vivra que s’il trouve son lectorat. 30 000 exemplaires devront ainsi être vendus chaque semaine pour parvenir à l’équilibre.

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