André Gunthert |

Critiquant les méfaits de la gratuité à l’occasion de la discussion sur le projet de loi Hadopi, Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, reprend les arguments tirés de l’évangile du “there is no free lunch”, assortiment d’idées reçues sur l’inévitable marchandisation des échanges culturels diffusé par les lobbies industriels. Sur cette base, il peut paraître logique d’affirmer que «la préférence d’Internet pour la gratuité est en train de faire exploser l’ensemble du système informationnel et culturel». Mais est-il juste d’étendre le modèle de l’industrie de la musique enregistrée ou de la presse payante à l’ensemble des échanges culturels, pour prédire «un désastre annoncé pour la démocratie citoyenne»?

Les économistes ont trop souvent limité leur travail à l’analyse des échanges monnayés, laissant dans l’ombre des pans entiers de nos sociétés, qui ne relèvent que marginalement de ce principe. Pourtant, dans les domaines des arts, des savoirs et des pratiques culturelles, il est facile de montrer que les choix essentiels relèvent de l’usage gratuit et de l’appropriation collective, et que l’avis général est qu’un droit de propriété sans limite serait insupportable pour la collectivité. Quelques exemples.

Le domaine public. On peut lire, et ce qui est plus important encore, citer, discuter et se réapproprier Eschyle, Shakespeare ou Victor Hugo librement, pour un coût d’accès minime ou nul. Comment cela est-il possible? Si le patrimoine culturel de l’humanité était copyrighté comme les films de la Metro Goldwin Mayer, son coût serait beaucoup plus élevé et ses usages strictement limités à l’espace privé. C’est pour éviter cette situation qu’a été inventée la notion de domaine public, que rejoignent toutes les oeuvres de l’esprit 70 ans après la mort de leur auteur. A la différence de la propriété d’une maison ou d’un chateau, qui peut se transmettre sans fin de génération en génération, la propriété intellectuelle, dans ses aspects sonnants et trébuchants, n’est pas un droit indéfini dans le temps. Après un délai raisonnable destiné à protéger les revenus de l’auteur et de sa famille, l’usufruit en revient à tous. Telle est la règle qui nous permet de profiter de la majeure partie de la production artistique et culturelle mondiale, source essentielle pour l’alimentation de la créativité contemporaine.

André Gunthert |

Critiquant les méfaits de la gratuité à l’occasion de la discussion sur le projet de loi Hadopi, Luc Le Vaillant, journaliste à Libération, reprend les arguments tirés de l’évangile du “there is no free lunch”, assortiment d’idées reçues sur l’inévitable marchandisation des échanges culturels diffusé par les lobbies industriels. Sur cette base, il peut paraître logique d’affirmer que «la préférence d’Internet pour la gratuité est en train de faire exploser l’ensemble du système informationnel et culturel». Mais est-il juste d’étendre le modèle de l’industrie de la musique enregistrée ou de la presse payante à l’ensemble des échanges culturels, pour prédire «un désastre annoncé pour la démocratie citoyenne»?

Les économistes ont trop souvent limité leur travail à l’analyse des échanges monnayés, laissant dans l’ombre des pans entiers de nos sociétés, qui ne relèvent que marginalement de ce principe. Pourtant, dans les domaines des arts, des savoirs et des pratiques culturelles, il est facile de montrer que les choix essentiels relèvent de l’usage gratuit et de l’appropriation collective, et que l’avis général est qu’un droit de propriété sans limite serait insupportable pour la collectivité. Quelques exemples.

Le domaine public. On peut lire, et ce qui est plus important encore, citer, discuter et se réapproprier Eschyle, Shakespeare ou Victor Hugo librement, pour un coût d’accès minime ou nul. Comment cela est-il possible? Si le patrimoine culturel de l’humanité était copyrighté comme les films de la Metro Goldwin Mayer, son coût serait beaucoup plus élevé et ses usages strictement limités à l’espace privé. C’est pour éviter cette situation qu’a été inventée la notion de domaine public, que rejoignent toutes les oeuvres de l’esprit 70 ans après la mort de leur auteur. A la différence de la propriété d’une maison ou d’un chateau, qui peut se transmettre sans fin de génération en génération, la propriété intellectuelle, dans ses aspects sonnants et trébuchants, n’est pas un droit indéfini dans le temps. Après un délai raisonnable destiné à protéger les revenus de l’auteur et de sa famille, l’usufruit en revient à tous. Telle est la règle qui nous permet de profiter de la majeure partie de la production artistique et culturelle mondiale, source essentielle pour l’alimentation de la créativité contemporaine.

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