Les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec se doteront dimanche d’un nouveau président, en l’occurrence très certainement l’animateur de la Facture, Pierre Craig, personne ne s’étant pour l’instant présenté contre lui. L’occasion de revenir sur les moments marquants des quatre années de mandat du président sortant, Brian Myles.

Les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec se doteront dimanche d’un nouveau président, en l’occurrence très certainement l’animateur de la Facture, Pierre Craig, personne ne s’étant pour l’instant présenté contre lui. L’occasion de revenir sur les moments marquants des quatre années de mandat du président sortant, Brian Myles.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

À lire également, l'entrevue bilan de Projet J avec Brian Myles.

C’était le 15 novembre 2009 à Sherbrooke. Pour la première fois en quatre décennies d’existence de la FPJQ, deux candidats s’affrontaient pour prendre la tête de l’association la plus représentative de la profession au Québec. Le conflit de travail au Journal de Montréal s’éternise et le président d’alors, François Bourque, est sorti de sa réserve quelques semaines auparavant, quand les députés provinciaux ont voulu voter le boycott du quotidien en lock-out. Il a exprimé ses réserves, au nom de la liberté de la presse.

Brian Myles est élu après deux petits jours de campagne face à François Cardinal. Le journaliste de La Presse avait surtout le tort d’être le candidat adoubé par l’équipe sortante, quand une partie des membres de la FPJQ ne rêvait que de changement et de prise de parole forte dans un contexte de crise et de négociations difficiles pour le renouvellement de plusieurs conventions collectives.

Deux petits jours de campagne seulement parce que le journaliste du Devoir a dû remplacer au pied levé, le lockouté du JDM, Martin Bisaillon, qui comme l’explique Stéphane Baillargeon, journaliste médias au Devoir, au lendemain de l’élection, «s’est retiré de la course à quelques jours du vote après la révélation de commentaires disgracieux sur ses patrons, glanés depuis des mois dans ses interventions sur des sites de discussion.»

L’ampleur des défis

Dans le Journal du Congrès, Brian Myles revient sur ce fameux dimanche de novembre 2009. Cette journée où les membres de la Fédération lui ont accordé leur confiance.

«Ils se tournaient vers moi pour les représenter et parler en leur nom sur la place publique dans un contexte de tensions exacerbées par la crise des médias et de pénibles conflits de travail», écrit-il, racontant comment du même coup, en rentrant de Sherbrooke et alors que sa petite famille dormait paisiblement dans la voiture, il a pris conscience de l’ampleur des défis qu’il aurait à relever.

Le Lock-out au Journal de Montréal durera encore quinze mois. Quinze mois durant lesquels le président Myles s’est battu sur le terrain législatif, allant en commission parlementaire pour demander la révision de la loi sur les briseurs de grève, selon lui plus adaptée à notre époque. En vain.

Quinze mois durant lesquels la FPJQ s’attèle à publier le dossier noir de l’information municipale, l’une des promesses du candidat Myles. Intimidation, interdiction d’accès des photographes et des vidéastes dans les conseils municipaux, renvois abusifs aux demandes d’accès à l’information, le mémoire liste toutes les entraves au travail des journalistes qui couvrent la scène municipale dans les petites localités comme en ville, et présente ses recommandations au gouvernement. Rien ne bouge dans ce dossier non plus.

Le titre professionnel

Quinze mois aussi durant lesquels Dominique Payette, chargée par la ministre Christine Saint-Pierre lors du congrès de Sherbrooke, de dresser un portrait du journalisme et des médias, sillonne tout le Québec. Le fameux rapport Payette est remis en février 2011 et il tourne autour d’une grande recommandation: la création d’un titre de journaliste professionnel… proposition rejetée neuf ans plus tôt par les membres de la profession, et qui avait d’ailleurs poussé la présidente d’alors, Anne-Marie Dussault, à la démission.

Le contexte semble pourtant différent et la ministre Saint-Pierre décide d’aller de l’avant. Au printemps 2011, les membres de la FPJQ votent en faveur de ce statut, à condition qu’il ne s’agisse pas de créer un ordre, mais que tout le monde s’entende bien sur un projet d’autoréglementation, basé sur le volontariat, et qui ne serait donc pas assorti de privilèges.

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En entrevue la semaine dernière à Projet J, Christine Saint-Pierre a raconté comment elle s’est sentie trahie par ce qu’elle qualifie de volte-face de la FPJQ. Alors que son gouvernement mène des consultations publiques sur le sujet, Brian Myles vient lui dire que la Fédération n’est plus intéressée. Un changement de position que le président sortant dit avoir pris avec la confiance unanime de son conseil d’administration, et après avoir pris le pouls de toute la profession et non uniquement des 600 membres ayant voté lors du référendum. Plusieurs professionnels, surtout les plus expérimentés et les mieux assis au sein d’une grande corporation, voyaient en effet dans ce titre de journaliste professionnel, un moyen pour le gouvernement de s’immiscer dans les affaires des journalistes, en ayant notamment le pouvoir de définir qui pouvait prétendre l’être.

Liberté de la presse

Après presqu’un an de débat, le projet achoppe donc, et c’est dans ce contexte que Brian Myles est réélu. Personne ne se présente contre lui.

Un second mandat plus calme et durant lequel le président peut se pencher sur l’un des grands dossiers qui lui tient à cœur:  la liberté de la presse et la protection des sources. Quelques semaines seulement après sa première élection, il ironisait déjà au micro de Radio-Canada, sur une déclaration du Premier ministre Harper défendant la liberté de la presse.

«En réalité, sous le gouvernement Harper, tous les reporters ne sont pas libres de poser des questions. Les délais dans les demandes de traitement de l’information ont été multipliés. Moi, j'appelle ça mettre des bâtons dans les roues», indiquait-il, soulignant qu’avant le début de son allocution, il avait été précisé que le Premier ministre ne répondrait à aucune question de la presse à la fin de sa présentation.

Cette année, Brian Myles a fait plusieurs fois le déplacement à Ottawa pour dénoncer les projets de loi C-60 et C-461, qui selon de nombreux observateurs, tendraient à remettre en cause l’indépendance de Radio-Canada/CBC à l’égard des pouvoirs publics.

«Petite noirceur»

En entrevue à Projet J, le président de la FPJQ parlait d’atteintes très graves à la liberté d’expression.

«Des tribunaux de juridiction supérieure pourraient décider que certains renseignements sont pertinents et doivent être diffusés. Les gens qui font l’objet d’enquêtes journalistiques pourraient aussi demander les carnets de note, les agendas, les stratégies d’enquête et avoir accès aux informations les concernant avant même la diffusion. Ça va non seulement entrainer l’incapacité de Radio-Canada à protéger ses sources, mais aussi, éventuellement, de mettre des enquêtes en ondes.»

Et c’est avec la même conviction qu’il a fait le voyage à Québec, cette fois, pour défendre le mémoire de la FPJQ, sur la révision de la loi sur l’accès à l’information. Loi qui aurait, selon lui, «mal vieillie», et qui ferait vivre les journalistes sous le joug de la «petite noirceur».

En quatre ans, Brian Myles aura donc été de nombreux fronts et il laisse à son successeur beaucoup de chantiers ouverts. Il part cependant avec le sentiment du devoir accompli et la satisfaction d’être parvenu, malgré des années difficiles dans l’industrie, à faire passer les effectifs de la FPJQ de 1 700 à 2 000 membres.

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