«L'information d'intérêt public ne trouve plus de financement bien qu'elle soit le fondement de nos compétences civiques comme citoyens», a expliqué la professeure Dominique Payette, en présentant ce matin le rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information. Elle recommande donc que le gouvernement du Québec intervienne financièrement pour soutenir la mission d'informer des médias.

«L'information d'intérêt public ne trouve plus de financement bien qu'elle soit le fondement de nos compétences civiques comme citoyens», a expliqué la professeure Dominique Payette, en présentant ce matin le rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information. Elle recommande donc que le gouvernement du Québec intervienne financièrement pour soutenir la mission d'informer des médias.

Une aide publique qui s'inspirerait de celle offerte à l'industrie québécoise du jeu vidéo. Ce secteur bénéficie de crédits d'impôt à l'embauche de près de 40%. Cependant, les professionnels du jeu vidéo sont plus facilement identifiables que les journalistes qui forment un groupe flou non règlementé. Selon le groupe Payette, les journalistes devraient donc se doter d'un statut professionnel.

Un statut professionnel pour les journalistes

Le rapport Payette recommande l'adoption d'une loi sur le statut des journalistes professionnels incluant un chapitre spécifique sur les indépendants. «J'aurais préféré ne pas revisiter ce qui a déjà été une pomme de discorde parmi les journalistes du Québec, mais si je veux que l'État intervienne d'une manière ou d'une autre, je suis obligée de cerner cette intervention sinon je crée un bar ouvert», insiste-t-elle.

Un statut permettrait donc de cibler l'aide de l'État puisqu'il serait conditionnel à l'obtention d'avantages fiscaux. Concrètement, les entreprises de presse devraient embaucher des journalistes professionnels pour bénéficier de crédits d'impôt. De leur côté, pour obtenir et conserver ce statut, les journalistes seraient dans l'obligation de respecter et de se conformer à un code de déontologie mis au point par le Conseil de presse du Québec (CPQ) et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Un Conseil de presse renforcé

Tous les médias ne seraient cependant pas éligibles aux aides publiques. Là aussi, Dominique Payette souhaite mettre des balises afin que le soutien de l'État aille non pas à l'industrie, mais à la qualité et à la diversité de l'information. Elle recommande donc de différencier les entreprises de presse reconnues des autres en s'appuyant sur le CPQ.

Les médias reconnus par cet organisme seraient ceux qui s'engagent à respecter le code de déontologie, à respecter et diffuser les décisions du tribunal d'honneur de la profession, et à employer plus de 75% de journalistes professionnels. Seules ces entreprises pourraient prétendre aux avantages fiscaux à l'embauche de professionnels et aux publicités gouvernementales, ce qui représenterait une enveloppe annuelle de 82 millions de dollars.

Pour l'autorégulation

Tout en réclamant une Loi sur le statut des journalistes professionnels, le groupe Payette souhaite que l'État se reconnaisse incompétent pour régir l'exercice de la profession. Le gouvernement confierait donc aux seules organisations représentatives des journalistes professionnels le soin de définir les conditions de l'octroi du titre, les normes déontologiques et les sanctions pouvant découler des manquements à ces règles.

La gestion du titre serait donc laisser entre les mains des journalistes et ceux-ci seraient libres de réclamer ou non leur carte professionnelle. Celle-ci serait cependant conjuguée à certains avantages incitatifs. En effet, outre les avantages fiscaux aux employeurs, le titre impliquerait notamment la protection du secret des sources des journalistes professionnels et un accès privilégié à l'information gouvernementale ou municipale.

Accueil favorable

Le CPQ a accueilli le rapport avec beaucoup d'intérêt. Par voie de communiqué, le président de l'organisme, John Gomery s'est réjoui que le groupe de chercheurs se soit positionner en faveur de l'autorégulation du milieu journalistique. Selon lui, «Mme Payette semble avoir été guidée par les deux mêmes principes fondamentaux qui animent depuis toujours le Conseil, à savoir le droit du public à une information de qualité et la protection de la liberté de presse».

Même ouverture de la part de la FPJQ qui, sans appuyer la totalité des recommandations (51), juge que les «objectifs restent ceux qu'il faut poursuivre pour aider durablement et en toute liberté l'information du public selon les meilleurs standards du journalisme». La fédération est favorable à la création d'un statut professionnel. Ses membres lui ont d'ailleurs donné en novembre dernier le mandat d'élaborer rapidement une proposition de reconnaissance légale d'un titre de journaliste professionnel

La convergence évacuée

Néanmoins, le président de la FPJQ, Brian Myles, s'est désolé que le groupe Payette ait «balayé sous le tapis le problème de la concentration de la presse». Il n'y a en effet aucune recommandation visant à s'attaquer à ce phénomène. Brian Myles souhaite donc la tenue d'une commission parlementaire à ce sujet afin d'élaborer des solutions réelles pour diversifier le paysage médiatique québécois.

Pour sa part, Dominique Payette a expliqué avoir volontairement choisi de ne pas attaquer de front la concentration de la presse. «Ça fait 40 ans que les rapports disent que c'est ça le problème et ça fait 40 ans qu'il ne se passe rien, nous on s'est dit: cherchons un plan B.» Ce plan est basé sur un double pari: d'une part, miser sur la concurrence en offrant des aides financières aux médias indépendants et régionaux pour qu'ils puissent mieux faire face aux conglomérats; d'autre part, miser sur un code de déontologie qui permettra aux journalistes de servir l'intérêt public même au sein des empires.

 

 

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