Après Québec en juin, l’exposition du World Press Photo fait un arrêt à Montréal. Depuis ce matin et jusqu’au 29 septembre, les 150 clichés les plus marquants de l’année 2012 sont exposés au Marché Bonsecours. L’objectif: faire connaître le travail extraordinaire des photoreporters au grand public, mais aussi être une source d’inspiration pour les professionnels de la photo de presse, grandes victimes de la crise que traverse les médias

Après Québec en juillet, l’exposition du World Press Photo fait un arrêt à Montréal. Depuis ce matin et jusqu’au 29 septembre, les 150 clichés les plus marquants de l’année 2012 sont exposés au Marché Bonsecours. L’objectif: faire connaître le travail extraordinaire des photoreporters au grand public, mais aussi être une source d’inspiration pour les professionnels de la photo de presse, grandes victimes de la crise que traverse les médias

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Si comme l’affirment les organisateurs, le World Press Photo est censé fournir un instantané de la planète, l’entrée dans la salle d’exposition du Marché Bonsecours n’est pas très réjouissante. La photo sortie grande gagnante de ce concours, l’un des plus prestigieux que compte la profession, ouvre la rétrospective et elle n’est pas des plus optimistes.

Les habitués des réseaux sociaux la connaissent sans doute déjà, mais la voir en imprimé grand format, c’est une toute autre expérience, un tout autre malaise. Difficile de surfer sur autre chose, les corps sans vie de ces deux enfants de Gaza, morts dans la destruction de leur maison par un missile israélien et transportés par un groupe d’hommes, happent le visiteur et le figent.

«Il est vrai que tout ce qui se dit dans les médias sociaux nous fait croire que nous pouvons tous être des internautes vivant dans le cyberespace grâce à nos écrans tactiles, a déclaré Dennis Trudeau, porte-parole de l’exposition, lors de la présentation aux médias. Or, les photos exposées ici racontent une toute autre histoire. La vie est vécue dans le vrai monde, sur la rue ou dans une zone de guerre, en prison ou dans un camp de réfugiés, à la maison ou dans une salle de transit à l’aéroport. Ces photos racontent l’histoire de citoyens du monde, leurs triomphes et leurs luttes, leurs espoirs et leurs désespoirs.»

Parmi les 103 000 photos soumises au jury, les 150 gagnantes sont exposées durant tout le mois de septembre à Montréal. Elles font la part belle aux différents conflits qui jalonnent la planète, la Syrie, les territoires occupés, l’Afghanistan. Aux civils, trop souvent victimes des bombardements. Elles sont aussi le témoin de moments intimes, de tendresse, d’humanité et de colère.

Cet enfant, immortalisé par le serbe Nemanja Pancic, est le seul rescapé d’un suicide collectif. Trois mois plus tôt, il avait sauté avec ses parents du sixième étage de leur immeuble de Belgrade. Sa famille n’arrivait plus à subvenir à ses besoins, empêtrée qu’elle était dans la crise économique qui sévit en Serbie.

Le visiteur s’arrête ensuite devant un reportage en Iran sur une mère et sa fille borgnes et défigurées, victimes d’une attaque à l’acide perpétrée par leur mari et père parce que la femme avait eu le tort de parler de divorce. Puis sur une réserve amérindienne aux États-Unis, dans le quotidien d’une communauté dont 90% des membres sont au chômage. Ailleurs, c’est le sort des homosexuels au Vietnam qui a retenu l’attention d’un autre photographe, ou encore des jeunes filles en Somalie qui risquent leur vie parce qu’elles pratiquent le basket-ball.

«On peut avoir l’impression que c’est une exposition difficile parce qu’il faut bien raconter le monde tel qu’il est, prévient Matthieu Ritz, lui-même photographe et président  de l’édition montréalaise du World Press Photo. Mais il y a cependant une quarantaine de catégories et parmi elles des portraits, du sport, des photos nature, qui sont toute aussi troublantes, mais peut-être plus faciles à appréhender.»

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Celles-là ont souvent une esthétique particulière. Comme la joie de cet homme qui vient de remporter une course de bœufs dans le sud de l’ile de Sumatra en Indonésie.

Ou encore le cliché de ce casoar se délectant de petites baies d’un bleu étincelant. Oiseau très agressif vivant dans la forêt du Queensland en Australie, malheureusement en voie de disparition.

Tout comme les photoreporters?

«C’est certain qu’avec le numérique, les outils se sont démocratisés, répond Matthieu Ritz. Mais cette exposition démontre que le photojournalisme, c’est autre chose que de prendre des photos, c’est raconter une histoire, c’est toute une narration. Ce qui est compliqué, c’est vrai aujourd’hui, c’est le modèle d’affaires.»

Même réponse du côté de Dennis Trudeau.

«C’est plus facile que jamais de prendre une photo et de la publier, acquiesce-t-il. Mais encore faut-il avoir la bonne idée, l’œil, être sur place, voyager et choisir, car telle est bien l’essence du métier de journaliste. Ça l’a toujours été et ça n’a pas changé avec l’arrivée du numérique.»

Au Marché Bonsecours du 4 au 29 septembre 2013. Tous les jours de 10 heures à 22 heures.