Plusieurs athlètes d’élite se sont tournés vers les communications après avoir pris leur retraite de la compétition. Si certains sont devenus commentateurs, analystes, chroniqueurs, animateurs ou juges de télé-réalité, seulement quelques-uns se sont tournés vers le métier de journaliste sportif. Hélène Pelletier et Jacinthe Taillon sont du nombre.

 

Par Samuel Larochelle (@SamuelLarochel)

Au cours des dernières décennies, plusieurs athlètes d’élite se sont tournés vers les communications après avoir pris leur retraite de la compétition. Si certains sont devenus commentateurs/gérants d’estrade, analystes olympiques, chroniqueurs, animateurs ou juges de télé-réalité, seulement quelques-uns se sont tournés vers le métier de journaliste sportif. Du nombre, Hélène Pelletier et Jacinthe Taillon ont accepté de nous résumer leurs parcours jalonnés de rêves, d’embûches, d’apprentissage et de passion.

Joueuse de tennis active sur le circuit professionnel entre 1982 et 1986, Hélène Pelletier a été sacrée championne canadienne à dix reprises, en plus de gagner un titre de la WTA en double. Sa relation avec les communications a commencé à l’époque où elle s’est exilée en Floride pour jouer au tennis à l’année. « Quand j’étais jeune, la ville de Québec possédait seulement deux terrains de tennis intérieurs pour des milliers de joueurs, explique l’ancienne joueuse. Puisque je manquais de temps pour pratiquer, j’ai déménagé en Floride à 16 ans pour m’entraîner 5 à 6 heures par jour. Dans ce temps-là, le meilleur choix pour moi était le circuit de la NCAA, qui me permettait de jouer au tennis et d’obtenir un diplôme universitaire de grande valeur. J’ai fait une majeure en théâtre et une mineur en communications. J’avais un grand désir de poursuivre dans cette direction. »

Transformer sa raquette en micro

En 1986, lorsque la joueuse de tennis a réalisé que ses chevilles ne suivaient plus, elle a été obligée d’accrocher sa raquette. À la même période, les femmes commençaient à être de plus en plus nombreuses en journalisme sportif. Après avoir suivi une formation à Pro-Médias, Hélène Pelletier a fait ses classes à CKAC, aux bulletins de nouvelles du matin, de l’après-midi et au grand rendez-vous de fin de soirée. « Après deux ans d’expérience, j’ai eu l’opportunité de faire le bulletin Bonsoir les Sportifs à 23 h. J’étais nerveuse comme c’est pas possible. Dans ce temps-là, quand on interviewait quelqu’un, on faisait du montage en coupant le ruban avec une lame de rasoir et en recollant les morceaux avec du papier collant. À 23 h moins une seconde, après avoir parti le thème musical, j’ai réalisé que j’avais oublié une de mes piles de nouvelles. Personne ne pouvait m’aider. J’ai fait ma première nouvelle, j’ai mis une clip sonore et j’ai couru vers le bureau. J’étais complétement trempée. Jamais je ne vais oublier ce moment. »

Au cours de ses premières années, Pelletier affirme avoir trimé dur pour apprendre son métier et peaufiner son français. « Je venais de passer les dernières années de ma vie à étudier en Floride et à voyager sur le circuit international, où tout se passait en anglais. J’avais même un accent quand je parlais français. J’ai travaillé fort pour avoir un français respectable, sans faire trop de fautes. J’y pense encore aujourd’hui. »

Jock par excellence

À CKAC comme à RDS, où elle travaille comme journaliste, lectrice de nouvelle et analyste en tennis depuis 1989, Hélène Pelletier doit maîtriser bien plus que son sport. Heureusement pour elle, la curiosité sportive coule dans ses veines. « Quand j’étais enfant, mes parents étaient très sportifs et j’étais la jock par excellence. Je pratiquais tous les sports : hockey, base-ball, football, natation, équitation, tennis, ski nautique, basket-ball et volley-ball. Aujourd’hui, je pourrais couvrir n’importe quel sport sans problème. »

Malgré ses connaissances sportives diversifiées, Hélène Pelletier continue de s’investir corps et âme pour éviter d’avoir l’air de la fille qu’on a placée devant la caméra parce qu’elle a joué sur le grand circuit. « Je me rappelle qu’un patron m’avait conseillé d’appliquer le même désir d’exceller que j’avais en tennis dans mes nouvelles fonctions. Après avoir passé des années à m’entraîner 6 à 8 heures par jour, je consacre la même énergie à lire et à me préparer. J’ai toujours travaillé le plus fort possible. »

Quand vient le temps de commenter le tennis, Hélène Pelletier jouit toutefois d’un grand avantage. « Je me place dans la peau de joueurs en essayant de vivre le match avec eux et d’évaluer leurs sensations. Comme j’ai joué presque tous les tournois, je revis la compétition virtuellement et j’essaie de partager ma passion aux téléspectateurs. Avec le temps, on finit par connaître les joueurs comme le fond de notre poche. On peut presque prévoir leur façon de réagir. »

[node:ad]

De la piscine aux studios de télévision

Nageuse synchronisée pendant 17 ans, championne du monde junior en 1993, membre de la dernière formation canadienne à avoir remporté une médaille olympique dans la discipline (le bronze aux JO de 2000), Jacinthe Taillon est depuis longtemps fascinée par les médias. « J’étais toujours désignée pour faire les entrevues au nom du groupe de nageuses. Comme j’avais fait du théâtre et plusieurs concours oratoires dans ma jeunesse, j’avais de la facilité à m’exprimer et à rendre un message clair. Quand j’ai réalisé à quel point les choses allaient bien, je me suis dit que je pourrais peut-être me diriger en communications après ma carrière sportive. »

Même si elle devait consacrer 45 heures par semaine à l’entraînement, la jeune nageuse a complété un DEC en Arts et Lettres. Désirant devenir journaliste depuis des années, Taillon s’est inscrite en communications et politiques à l’Université de Montréal, afin de prendre une nouvelle direction après les Jeux olympiques. Toutefois, son retour au pays ne s’est pas passé comme elle le prévoyait. « Radio-Canada m’a proposé de faire un screen test peu de temps après les Jeux. J’ai été embauchée et j’ai fait le saut en ondes très rapidement. Au début, j’ai trouvé ça traumatisant. Avec ma formation en synchro, où on ne doit pas montrer ses émotions, je cachais très bien le fait que j’étais désemparée. J’avais l’air tellement sûre de moi que ça m’a joué un tour. »

17 ans avec la tête sous l’eau

L’Olympienne se rappelle encore très bien de sa première expérience en tant que journaliste. « Je devais faire un résumé play by play d’un match du Canadien de Montréal et faire des entrevues dans le vestiaire. C’était une catastrophe. Je ne savais pas ce que je faisais, je ne connaissais pas suffisamment le sport et j’étais vraiment nerveuse. Après ça, plusieurs personnes se sont dit que je n’avais pas ma place. C’est normal, je n’étais pas prête. Ils ne savaient pas à quel point je voulais faire ça depuis toujours. J’ai travaillé très fort pour regagner le respect de mes pairs. Heureusement, mes employeurs ont cru en moi et m’ont laissé du temps. »

Avec le recul, la journaliste atteste que sa faiblesse principale était son manque de connaissances. « Mine de rien, je venais de passer 17 ans avec la tête dans le fond d’une piscine. J’étais très concentrée sur mon sport et je vivais dans une grosse bulle. Je me souviens quand Marianne St-Gelais est passée à Tout le monde en parle et qu’elle ne savait pas qui était Régis Labeaume et Pierre Karl Péladeau. Tout le monde était scandalisé. Mais elle n’est pas la seule athlète comme ça. Bien honnêtement, elle m’a fait un peu penser à moi. Quand j’ai pris ma retraite de la synchro, je partais de loin. J’avais une base en tout, mais je ne maîtrisais pas les sujets en profondeur. J’ai travaillé très fort pour rattraper le temps perdu. Je lisais sans arrêt. »

L’avantage d’une ex-athlète

Depuis qu’elle effectue son travail avec aisance, Jacinthe Taillon remarque que son passé d’athlète lui confère quelques avantages. « Les questions que je pose sont souvent un peu différentes. Peu importe le sport dont je parle, je suis capable de mettre en perspective les bonnes et les mauvaises performances, et d’observer certains patterns. Par exemple, quand je vois les plongeurs marcher sur le bord de la piscine, j’arrive à sentir si les choses vont bien se passer ou non. À Sydney, j’étais aux Jeux avec Alexandre Despatie et Émilie Heymans, et je les ai suivis en tant que journaliste pendant 12 ans. À force de les côtoyer, je connais leur fonctionnement et je me base sur tout ce que j’ai vécu en tant qu’athlète pour les comprendre. »

Bien qu’elle soit la spécialiste de la nage synchronisée à Radio-Canada, Jacinthe Taillon explique que son rapport avec les membres de l’équipe canadienne ont bien changé avec le temps. « Quand j’ai pris ma retraite du sport, j’étais prête à m’investir complètement dans autre chose. J’avais besoin d’une coupure très nette pour faciliter la transition. Comme ma sœur a été entraîneure olympique et que j’étais journaliste, j’avais besoin d’une bonne distance pour être le plus objective possible. Je fais mon travail avec le plus d’honnêteté possible. Certains sont satisfaits, d’autres sont moins contents. Mais de toute façon, je ne connais plus les nageuses personnellement. C’est rare que les filles de synchro participent à plus que deux cycles olympiques. »

Près de 13 ans après ses débuts dans les médias, Jacinthe Taillon est non seulement devenue très solide en tant que journaliste, mais elle participe également à la formation de plusieurs nouveaux journalistes. « Je veux essayer de leur éviter les situations que j’ai vécues à mes débuts. Je pense que je suis une bonne pédagogue. J’ai fait beaucoup de chemin en 13 ans. »